Kevin Parent a témoigné durant toute la matinée, lundi, au palais de justice de Trois-Rivières.

Kevin Parent témoigne: «Je veux que ça cesse»

TROIS-RIVIÈRES — L’auteur-compositeur-interprète, Kevin Parent, a livré un témoignage particulièrement émotif lundi dans le cadre du procès de Renée Toupin, cette femme de Trois-Rivières accusée de harcèlement criminel envers lui.

«Je me présente ici pour ma sécurité, pour ma qualité de vie. Je veux pouvoir dormir en paix et œuvrer dans mes spectacles l’esprit tranquille. Je ne suis pas ici pour la punition. Je ne lui veux pas de mal mais je veux mon bien à moi. Je veux que ça cesse et qu’on passe à autre chose», a-t-il déclaré à la juge Guylaine Tremblay. 

Renée Toupin, 54 ans, est accusée de harcèlement criminel à l’endroit du chanteur gaspésien, âgé de 46 ans. Les événements seraient survenus le 24 juin 2015 à Val-Bélair, le 31 juillet 2016 à la Marina de Carleton-sur-Mer, le 10 février 2017 dans une église de Shawinigan et enfin, le 14 juillet 2017 à Joliette.

Au cours de ces quatre événements, la groupie, dont le nom de son idole est tatoué sur le cou, aurait agi de façon à ce qu’il se sente harcelé en le suivant de trop près. La procureure de la Couronne, Me Catherine Lacoursière, veut en effet démontrer que Renée Toupin a eu un comportement menaçant à répétition avec l’artiste, en tenant compte du contexte antérieur et des nombreuses interventions policières menées contre elle.   

Aux questions de Me Bertrand Jacob, l’avocat de Renée Toupin, Kevin Parent a certes admis qu’elle ne lui avait pas proféré des menaces. Il n’en demeure pas moins qu’il craint pour sa sécurité. Le problème réside dans l’accumulation des épisodes de harcèlement qui vont bien au-delà de sa carrière puisque la suspecte, domiciliée à Trois-Rivières, a carrément violé son intimité en s’introduisant dans sa maison à deux reprises et en s’installant dans son village en Gaspésie. 

Depuis une première rencontre en 2003, cette femme dont il qualifie le regard de «troublant, vide, empreint de désarroi et de tristesse» ne cesse de le poursuivre avec acharnement et agit comme s’ils formaient un couple. Elle lui a notamment envoyé plusieurs lettres d’amour. «C’était bien plus que des lettres de fans habituelles. Il était question de mariage, de finir nos jours ensemble. Elle a même envoyé une bague», a-t-il raconté. 

Toujours en 2004, elle s’est présentée à sa résidence personnelle, a sonné et est entrée pendant que l’artiste appelait le 911. Elle a été arrêtée et condamnée à trois mois de prison. L’artiste pensait ensuite avoir la paix. Loin de là. Il a continué de la revoir fréquemment dans ses spectacles et dans sa vie personnelle en Gaspésie. 

En 2007, la suspecte s’est introduite une nouvelle fois dans sa maison, cette fois-ci au beau milieu de la nuit. Lorsqu’il s’est réveillé, elle était assise à ses côtés sur son lit. «J’ai crié! Ça faisait la deuxième fois mais là, elle était dans ma chambre à coucher, sur mon lit. Pour elle, c’était comme si c’était normal mais pas pour moi. J’étais nu et je ne voulais pas me réveiller avec cette femme-là», a-t-il raconté. 

Une autre plainte a été portée mais Renée Toupin a été déclarée non-criminellement responsable. Du coup, son manège a continué. Elle est notamment retournée chez lui et a notamment fait peur à sa conjointe de l’époque, au point que cet événement a entre autres contribué à mettre fin à leur relation amoureuse. 

À quelques reprises au cours de son témoignage, le chanteur a d’ailleurs eu peine à retenir ses larmes. Il soutient avoir tout essayé pour raisonner Renée Toupin, la compassion, la douceur, la pitié, la patience, le recours aux autorités policières mais en vain. Elle s’en tirait avec des engagements de type 810 ou des probations lui interdisant d’approcher le chanteur. 

En 2012-2013, quelle ne fut pas sa stupeur d’apprendre que Renée Toupin s’était installée dans le village où il demeure en Gaspésie. «Son comportement devenait de plus en plus insistant et agressant. Je ne voyais plus de logique à tout ça. On ne parle pas juste de mes spectacles mais aussi de ma vie intime, de mes amis, de ma famille», a-t-il déploré.

C’est dans un tel contexte que le 24 juin 2015, il dit l’avoir aperçue au premier rang d’un spectacle à Val-Bélair. «Ça nuit aux spectacles, à la qualité de mon travail», a-t-il précisé. Il avait alors demandé à son directeur de tournée de faire appel aux policiers afin de l’expulser.

En 2016, elle se serait pointée à la Marina de Carleton-sur-Mer pour lui demander de prendre un verre. Il l’a repoussée avec fermeté. Même chose lors d’un spectacle-bénéfice à l’église de Saint-Georges-de-Champlain à Shawinigan en 2017 lorsqu’il l’a vue en train de se faufiler parmi les enfants pour s’approcher de lui. Il a alors mis fin plus rapidement que prévu à ses activités. 

Finalement, le dernier événement est survenu lors d’un spectacle à Joliette en 2017. Renée Toupin serait entrée sans invitation et sans cogner dans sa loge pour lui dire sur un ton agressif. «Là, il faut qu’on se parle.» Il l’a expulsée mais celle-ci aurait malgré tout insisté et frappé dans la porte. 

Visiblement bouleversé par tous ces événements, Kevin Parent soutient qu’il fait maintenant ses spectacles «sur la paranoïa» ne sachant pas ce qui peut arriver. Il avoue aussi se sentir dépassé, vidé et agressé. «Je veux juste pouvoir faire mon métier en paix. Le but n’est pas de réprimander mais de me protéger», a-t-il mentionné la voix tremblotante.

Son témoignage a été suivi par celui de Jacques Foulem, un ancien directeur de tournée qui a lui aussi vu Renée Toupin à des spectacles. Par la suite, ce fut au tour de Mélissa Normandin Roberge de témoigner. C’est elle qui avait organisé le spectacle-bénéfice à Saint-Georges-de-Champlain. Elle se rappelle que Renée Toupin s’était montrée insistante parce qu’elle voulait s’approcher du chanteur mais devant la réaction de panique de celui-ci, elle lui avait demandé de partir. 

Le procès va se poursuivre mercredi.

Renée Toupin