La remontée principale avec télécabines était immobilisée jeudi à Bromont, montagne d’expériences à la suite d’un bris majeur qui a entraîné son évacuation manuelle mercredi soir.
La remontée principale avec télécabines était immobilisée jeudi à Bromont, montagne d’expériences à la suite d’un bris majeur qui a entraîné son évacuation manuelle mercredi soir.

Jusqu’à quatre heures entre ciel et terre

Marie-France Létourneau
Marie-France Létourneau
La Voix de l'Est
Certains ont l’impression d’avoir vécu une expérience « historique », d’autres posent un regard plus critique sur la procédure mise en œuvre. Les commentaires étaient nombreux au lendemain de l’évacuation manuelle de quelque 200 skieurs mercredi soir, à la suite d’un bris majeur de la remontée l’Express du Village, à Bromont, montagne d’expériences.

Dans l’opération, certains clients sont demeurés immobilisés dans une chaise ou une télécabine pour une période allant jusqu’à quatre heures. Alors que la remontée mécanique s’est arrêtée peu après 19 h, la dernière télécabine a été évacuée à 23 h 45, a affirmé jeudi le directeur marketing et communication à la station de ski, Marc-André Meunier. 

Lors de l’évacuation, les chaises ont été priorisées, les skieurs étant plus exposés au froid et au vent, souligne le porte-parole de la station.

N’empêche, la soirée a été longue pour tous ceux qui sont demeurés prisonniers de l’Express du Village. C’est entre autres le cas du Granbyen Jean-Philippe Duval, qui était en compagnie d’un collègue de travail. Ils sont demeurés près de deux heures et demie perchés en hauteur. 

« On comprend que ce sont des choses qui peuvent arriver, mais aucune communication n’a été faite. On ne connaissait pas le plan. (...) Ils sont venus nous voir au bout d’une demi-heure pour nous dire qu’ils travaillaient sur une évacuation mécanique d’urgence, mais on est resté deux heures après sans que personne nous dise ce qu’il se passait. On était dans le brouillard », déplore M. Duval qui, bien qu’il ait eu froid, n’a pas souffert d’engelure. Il se réjouit d’ailleurs que le mercure n’ait pas glissé davantage sous le point de congélation.

Si lui et son ami ont attendu d’être évacués par l’équipe de patrouilleurs de la station, ce n’est pas le cas de six personnes qui se trouvaient un peu plus bas dans la remontée. Jean-Philippe Duval dit les avoir vu sauter de leur chaise pour se sortir de cette situation.

Selon lui, les autres skieurs qui prenaient place dans la chaise avec lui sont demeurés calmes, mais tous ont néanmoins ressenti une certaine frustration de se retrouver dans cette situation.

Des enfants patients

La longue pratique du professeur de yoga à Granby Charles-Alexandre Mercure lui a permis de rester zen durant la période d’attente, affirme-t-il. Accompagné de sa conjointe et de sa fille Charlotte, sept ans, il se réjouit d’avoir été coincé dans la même chaise que deux moniteurs de ski. « Ils avaient une bonne attitude. Ils chantaient des chansons. Ils faisaient des exercices pour se réchauffer », raconte-t-il.

C’est finalement à 21 h 45 que M. Mercure et sa famille ont touché le sol. Le paternel ne cache d’ailleurs pas sa fierté face à la patience, voire le courage, dont a fait preuve sa fille, qui a su garder le moral tout au long de la soirée. 

Celui qui était déjà de retour sur les pentes jeudi matin estime néanmoins que le délai a été long avant que la procédure d’évacuation soit lancée mercredi soir. À l’instar d’autres skieurs, il se demande aussi si le dédommagement offert, soit un billet de courtoisie (ou un rabais à la boutique ou à la location) et un chocolat chaud, est suffisant. 

David Côté, de Saint-Paul-d’Abbotsford, s’est pour sa part rendu à la montagne avec sa fille Daisy, six ans, avec l’objectif de faire deux descentes. Ils auront plutôt passé plus de trois heures, entre ciel et terre, dans une télécabine. 

Sa situation était cependant beaucoup plus enviable que ceux qui étaient coincés dans les chaises, dit-il. Une « chance » qu’Isabelle Cordeau, une autre skieuse de Granby avec qui La Voix de l’Est s’est entretenue, estime aussi avoir eue. L’attente a été plus facile à supporter dans les circonstances, assurent-ils. 

David Côté affirme pour sa part être « content » d’avoir vécu cette opération d’évacuation qu’il qualifie « d’historique ». Il salue d’ailleurs le professionnalisme de l’équipe qui a procédé aux manœuvres. Chose certaine, Daisy avait toute une expérience à raconter en classe jeudi matin...

La procédure d’évacuation était exceptionnelle, relève le directeur marketing et communication de Bromont, montagne d’expériences, Marc-André Meunier.

Post mortem

Le directeur marketing et communication à BME, Marc-André Meunier, souligne que l’évacuation manuelle de la remontée, où un skieur à la fois est descendu par un système de harnais et de câbles, est un événement «exceptionnel». La dernière fois où une telle action a été réalisée remonte à 2006.

Toutes les options ont été évaluées mercredi soir avant de prendre la décision, à 20 h 30, de recourir à cette procédure, dit M. Meunier. Une trentaine de patrouilleurs étaient sur place et une vingtaine d’autres ont été appelés en renfort in extremis. 

Des problèmes ont été éprouvés autant avec le moteur principal que le moteur auxiliaire de la remontée mécanique. Le fabricant était sur place jeudi pour identifier le problème, qui n’a rien à voir avec les arrêts de la remontée observés l’an dernier, alors qu’elle était encore en période de rodage, selon M. Meunier. 

Selon lui, les commentaires reçus au sujet des communications jugés insuffisantes par certains durant l’opération, ou la nature du dédommagement offert, feront sûrement l’objet du « post mortem » qui sera réalisé une fois la situation revenue à la normale.

« Il n’y avait pas de compensation additionnelle qui était prévue (dans la procédure) pour ce type de cas là, étant donné que c’est un événement extraordinaire. Mais c’est quelque chose qu’on va réévaluer à l’interne », indique Marc-André Meunier. 

Celui-ci tient malgré tout à féliciter l’important travail réalisé par l’équipe de patrouilleurs. Personne n’a été blessé durant l’opération, se réjouit-il.