Si Jean Pilote quitte le Capitole, il n’a pas encore rendu sa chemise de producteur. «J’aimerais encore faire Tom Jones, un artiste incroyable».
Si Jean Pilote quitte le Capitole, il n’a pas encore rendu sa chemise de producteur. «J’aimerais encore faire Tom Jones, un artiste incroyable».

Jean Pilote: le showbiz à la québécoise

«On a amené du glamour qui n’existait pas à Québec». Retour sur les 30 ans de carrière de Jean Pilote comme propriétaire et concepteur du théâtre Capitole de Québec.

«Vous n’êtes jamais rentrée? Il faut que vous alliez à l’intérieur, vous êtes obligée. Vous ne pouvez pas faire un papier sans ça!», s’exclame Jean Pilote, devant l’établissement de la place d’Youville. C’est ainsi que notre rencontre d’une vingtaine de minutes se transforme en visite guidée d’une heure. Le 25 juin dernier, l’homme d’affaires à annoncé le rachat de ses actions par ses partenaires, une semaine après la vente de son théâtre à Québecor.

Ce bâtiment qui a 117 ans, il le connaît sous toutes ses coutures. Jean Pilote se déplace avec aisance dans ce grand labyrinthe, des cuisines jusqu’aux chambres, en passant par la grande salle de spectacle en saluant les employés au passage. Il peut dire l’histoire de chaque poutre, de chaque mur de ce lieu qui existait bien avant lui. «C’est comme si tu partais de chez tes parents et que tu t’en retournes chez vous. Tu vois tes frères, tes sœurs. C’est un sentiment qui va toujours rester, je pense», dit-il esquissant un sourire nostalgique. 

Il faut dire que le Capitole n’a pas toujours été la salle de spectacle, l’hôtel et la table qu’il est aujourd’hui. Quand Jean Pilote en fait l’acquisition en 1990 avec ses partenaires, le bâtiment était abandonné depuis une dizaine d’années. «Quand on l’a acheté, il y avait trois pieds d’eau gelée ici», explique-t-il, en montrant le hall de la salle. «Il y avait des stalactites de glaces et de jeunes punks avec leurs chiens et leurs furets». À l’époque, deux banquiers passionnés acceptent de lui prêter 9 millions de dollars pour son projet un peu fou. Quelques années plus tard, le Capitole devient le théâtre de variété le plus populaire de la province : le Broadway de Québec, comme Jean Pilote l’appelle. 

«On a fait des premières comme ça ne s’était jamais fait au Québec. On a fait des tapis rouges incroyables pour la première des Misérables, pour les multiples premières d’Elvis, de Night Fever, comme ça se fait à New York», raconte-t-il fièrement. Il se rappellera toute sa vie du spectacle d’ouverture avec Céline Dion en 1992. «Il y avait tous les artistes de partout au Québec qui était là pour la soirée d’ouverture. On s’était couché à 5h du matin».

Les grands noms

Jean Pilote a loué sa salle pour de nombreux évènements d’envergure, mais ce qu’il préfère, c’est la production. La piqûre, il l’a à 16 ans, alors qu’avec sa compagnie Production numéro 1, il organise son premier spectacle dans une salle de banquet de l’hôtel Montagnais à Chicoutimi. C’était celui du groupe rock progressif Maneige. «On a rempli la salle de 1000 places. J’avais fait 4000 $ de profit. Le lendemain, je me rappelle, je suis allé acheter pour 800 $ de vêtements au La Baie. À l’époque, j’en avais pour deux ans». 

Depuis, il a produit et reçu des spectacles d’envergure. Il se souvient évidemment de tous les grands de la chanson française comme Bécaud, Aznavour, Trenet qui sont passés au Capitole, mais la réelle locomotive de la salle pendant 20 ans reste Elvis Story. «Sans ce spectacle, on n’aurait pas pu tenir au début», indique-t-il. «On a aussi fait Paul Anka, Kenny Rogers, Ray Charles». Si Jean Pilote quitte le Capitole, il n’a pas encore rendu sa chemise de producteur. «J’aimerais encore faire Tom Jones, un artiste incroyable». 

Dans tout ce star-système, si on demande à Jean Pilote qui a le plus marqué sa carrière, c’est le nom de Martin Fontaine, son associé, son «Elvis» pendant plus de 20 ans, qui ressort en premier. «C’est lui qui a porté le spectacle sans jamais manquer un seul soir», souligne-t-il. «Tu sais, c’est une famille le Capitole».