«À 47 ans, je pense être à la bonne place. Honnêtement, je ne crois pas que j’aurais été prêt pour un défi comme celui-là à 30, 35 ou même 40 ans. Et de la pression, il n’y en a pas. Le challenge de vouloir être meilleur à tous les jours, ça oui», explique Jean-Charles Lajoie.

Jean-Charles: les détours qui ont mené au succès

Je vais vous le dire franchement : je n’ai jamais aimé écrire sur Jean-Charles Lajoie. Parce que, comme plusieurs le savent, c’est mon beau-frère, le grand frère de ma femme. Et écrire sur son beau-frère, sur ses activités, son équipe de hockey ou son festival, c’est plutôt… délicat.

Donc, Jean-Charles est mon beau-frère… et même le parrain de mon p’tit dernier, pour tout vous dire. Pour ceux qui ne le savaient pas, c’est dit. Ce qui me permet de vous jaser librement de lui et de vous en parler sous un autre angle : celui de l’homme qui en a bûché un méchant coup avant d’atteindre le statut de star du monde des médias.

« Une star, c’est un peu fort, lance-t-il dans un café du Plateau-Mont-Royal, quelques heures avant d’entrer en ondes pour JiC, son émission quotidienne présentée à TVA Sports à 17 h. Anyway, ça veut dire quoi, être une star ? Et ça donne quoi de se complaire là-dedans ? Savourer son succès plus de deux minutes par jour, c’est inutile, ça empêche d’avancer. J’ai pas le temps pour ça… »

N’empêche que ce succès, qui est bien réel, il en a rêvé longtemps.

« Ce dont j’ai rêvé, en fait, c’est de gagner ma vie dans l’univers du sport professionnel. J’y suis arrivé et j’en suis fier, c’est vrai. J’en rêvais quand je lisais La Voix de l’Est lorsque j’étais ti-cul sur la rue Charlevoix à Granby, quand je décrivais les matchs de hockey-bottine de mes oncles contre la famille Paré sur la rue Fréchette, quand je travaillais pour les Bisons comme préposé à l’équipement à 14 ans et quand j’ai animé ma première émission de sport à la télé communautaire à 15 ans et demi. Tout ça m’a préparé à ce que je vis aujourd’hui. Mais ça ne te prépare pas nécessairement aux coups durs de la vie et aux jambettes qu’on te fait parfois… »

Car des coups durs, il y en a eu. Des jambettes aussi. Il en parlera dans le détail au beau-frère, mais pas au journaliste. Et des détours avant d’arriver là où il est aujourd’hui, il y en a eu un et puis un autre.

« Oublie ça, j’suis fini ! »

« En 1994, j’étais animateur dans une station musicale de Rouyn-Noranda quand l’occasion de revenir dans la région, avec un beau contrat à la radio, s’est présentée, raconte-t-il. Mais ça n’a pas marché parce que je me suis fait couillonner par un collègue. J’avais alors 23 ans et je me suis dit : “C’est fini ! Oublie ça, j’suis fini !” Et j’ai fait autre chose pendant une bonne dizaine d’années. J’ai fait des relations publiques, j’ai travaillé dans le monde de la politique, j’ai produit des shows, je remplaçais de temps en temps à la radio et à la télé, y’a rien que j’ai pas fait. J’étais pris dans une spirale et j’essayais simplement de faire vivre ma famille. Et je me disais : “Ta vie, c’est ça”. »

Mais voilà qu’en 2005, alors qu’il est dans l’organisation de Musique en Vue, il met sur pied CFMR, station qui est en ondes le temps du festival. Et il retombe en amour avec la radio, qui aura toujours été sa grande maîtresse.

« J’animais l’émission du matin et j’avais cette totale liberté que j’aimais tant. Si je voulais faire jouer Les jardins du Luxembourg avec un bruit de popcorn qui éclate au début et à la fin, je pouvais le faire. C’était le bonheur avec un grand B. Et là, j’ai réalisé que j’étais venu au monde pour faire ça : pour faire de la radio, pour parler au monde dans un micro. »

Quatre mois plus tard, il est invité par son ami Yves Bombardier à tenter sa chance à Sport Académie, concours présenté à CKAC qui permettra au gagnant d’hériter d’un job à la station. Et bien sûr, il l’emporte.

« J’ai remis mon démo cinq minutes après l’heure de tombée, mais ça a passé quand même. Je parlais des problèmes du Canadien. Et son plus gros problème, d’après moi, c’était le fromage plein de trous qu’il y avait devant le filet : le Théo Dort. Ils ont aimé ça, j’pense… »

The rest is history, comme on dit : après CKAC, il y a eu CKAC Sport, 110 %, des remplacements ici et là à la télé, un premier passage dans un rôle secondaire à TVA Sports, puis 91,9 Sport et son ancêtre Radio 9. Dans l’ordre, ou à peu près.

« À 47 ans, je pense être à la bonne place. Honnêtement, je ne crois pas que j’aurais été prêt pour un défi comme celui-là à 30, 35 ou même 40 ans. Et de la pression, il n’y en a pas. Le challenge de vouloir être meilleur à tous les jours, ça oui. Mais j’ai la prétention de penser que je sais ce que les gens aiment et c’est ce que je veux leur donner. »

Heureux

Jean-Charles Lajoie affirme qu’il est heureux. Dans sa vie professionnelle comme auprès de sa belle Marie-Manon et de ses trois grands gars Jean-Maxime, Pier-Gabriel et Charles-Olivier.

« Mon plus grand plaisir, c’est de voir évoluer ceux que j’aime, dit-il. Professionnellement, l’idée de pouvoir maintenant choisir mes projets, sans avoir à me soucier de l’hypothèque à la fin du mois, ça me plaît beaucoup. C’est un grand, grand privilège. Ceci dit, j’ai acquis la conviction que je vais travailler jusqu’à la fin de mes jours. »

Présentement, il partage son temps entre sa magnifique résidence située dans la montagne de Shefford et son condo à Montréal. Mais la région a été, est et restera toujours son point d’ancrage, clame-t-il.

« C’est à Granby que je me suis bâti, c’est là que tout a commencé. C’est aussi là que j’ai été blessé souvent, c’est vrai. Mais ça reste mon chez-nous. Dans la région, je suis bien, comme on est bien dans ses vieilles pantoufles. Jamais je ne renierai mes origines. »

Mais même s’il le voulait, il ne pourrait pas. Car ils sont juste assez nombreux à se rappeler de ses entrevues avec les joueurs des Bisons à la télé communautaire alors qu’il n’avait pas encore de poils au menton et qu’il pesait 150 livres, gros max.

« C’était… mauvais. Mais avoue, le beau-frère, que le cœur était là ! », me lance-t-il.

Et il est encore là. Et ça fait partie du succès de l’homme.