Camil Picard a annoncé son départ de la commission en matinée jeudi à la suite de la publication d'un article dans La Presse concernant des agressions sexuelles qu'il aurait commises dans les années 1980.

Inconduite sexuelle: l'ex-président de la Commission des droits de la personne plaide son innocence

Camil Picard plaide son innocence, après avoir démissionné jeudi de la présidence par intérim de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) en raison d'allégations d'inconduite sexuelle.

Il avait annoncé son départ de la commission en matinée jeudi à la suite de la publication d'un article dans La Presse concernant des agressions sexuelles qu'il aurait commises dans les années 1980. M. Picard avait succédé à Tamara Thermitus, qui était elle-même éclaboussée par des allégations sur son style de gestion et le climat de travail à la commission.

Jeudi soir, il a diffusé un communiqué pour «réaffirmer avec force et détermination [son] innocence». Il y rappelle qu'il avait fait l'objet d'une enquête policière, mais qu'aucune accusation formelle n'avait été déposée. «C'est, je crois, une démonstration qu'aucun acte répréhensible n'a été commis», écrit-il.

M. Picard revient aussi sur la poursuite civile qui avait été intentée contre lui et le règlement qui était intervenu en 2010, soit le versement de 50 000 $ au plaignant.

«Encore une fois, rien dans cette procédure ne permet de conclure que j'ai pu agir de façon inappropriée avec qui que ce soit», plaide-t-il.

Il dit s'interroger sur les intentions des personnes qui ont fourni les informations pour l'article «sensationnaliste» qui a entraîné sa chute.

L'ex-président déchu explique qu'il quitte néanmoins la commission «afin de ne pas être une source de distraction supplémentaire pour cette institution qui connaît une période difficile».

Enfin, il fait savoir qu'il n'accordera aucune entrevue.

C'est un autre vice-président de la CDPDJ, Philippe-André Tessier, qui a été nommé par le gouvernement pour prendre la relève.

Confiance ébranlée

En point de presse jeudi matin, la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a indiqué que des faits n'avaient pas été divulgués par M. Picard lors de son habilitation de sécurité et que cela affectait la confiance que le gouvernement lui porte.

«Même si une personne n'est pas reconnue coupable, la perception est importante, tout aussi importante que les faits, et dans cette situation, les faits révélés auraient mené à une décision tout autre [que la nomination de M. Picard à la présidence]», a-t-elle déclaré.

Mme Vallée a expliqué que les candidats aux emplois supérieurs doivent compléter un questionnaire élaboré et qu'il arrive que certains soient écartés en raison des renseignements colligés.

Mais dans ce cas, les informations n'ont pas été divulguées par M. Picard et si elles l'avaient été, le secrétariat aux emplois supérieurs aurait tiré la sonnette d'alarme dès 2013 lors de son arrivée à la commission, selon la ministre.

M. Picard avait fait l'objet d'une enquête policière en 2007 et des vérifications sont effectuées quant à savoir pourquoi l'habilitation de sécurité n'a pas rapporté cette information.

La ministre de la Justice a reconnu qu'«il y a une situation problématique» à la CDPDJ, mais qu'elle fait «entièrement confiance en la capacité de Me Tessier».

«Il y a un plan qui a été présenté, qui est ambitieux, mais réaliste, pour redonner à la commission ses lettres de noblesse, a-t-elle poursuivi. L'arrivée de Me Tessier a amené un vent de fraîcheur.»

Par contre, elle a reconnu que Mme Thermitus, qui est en arrêt de travail actuellement, peut revenir à tout moment et reprendre son poste.

Mme Vallée a rappelé que la présidente en titre conteste devant la Cour supérieure une enquête de la Protectrice du citoyen, qui porte sur des plaintes d'abus d'autorité, de mauvaise gestion et de manque de respect envers le personnel.

La ministre entend combler rapidement les postes de vice-présidents laissés vacants par ces bouleversements.

Dans une mêlée de presse en soirée à Montréal, le premier ministre Philippe Couillard a affirmé que des «vérifications» seraient faites sur le processus.

«On va faire les vérifications. On veut voir le flot d'informations», a indiqué le premier ministre, disant vouloir déterminer «qui a demandé quoi à qui», et «qui aurait omis de mettre l'information dans le réseau».

«Ce qui est important, c'est d'agir rapidement pour maintenir le lien de confiance entre cette organisation impartiale, nommée par l'Assemblée nationale, et la population. On a maintenant un président qui est en place. Il y a des mandats importants pour la commission des droits. Et pour le reste, on verra la suite des choses», a ajouté le premier ministre.