Mike Milloy était le représentant syndical des employés d’OC Transpo quand un ex-collègue est entré, armé, dans le garage du boulevard Saint-Laurent et a abattu quatre personnes. Malgré toutes ces années, M. Milloy n’a rien oublié.

Il y a 20 ans, l’effroi dans le garage d'OC Transpo

Le 6 avril 1999, l’horloge affichait 14 h 40 lorsqu’un ex-employé fait irruption dans le garage principal d’OC Transpo puis abat quatre personnes. Vingt ans se sont écoulés depuis ce qui encore à ce jour demeure la pire tuerie de masse à survenir dans la capitale fédérale. Et malgré le temps qui passe, les douloureux souvenirs ne s’effacent pas.

À la retraite depuis 2010, le représentant syndical Mike Milloy en sait quelque chose. À la demande du Droit, le Gatinois a accepté de se confier et de replonger dans cet épisode traumatisant à l’occasion de ce sombre anniversaire.

Attablé dans sa cuisine, il sort une mallette dans laquelle il conserve précieusement des dizaines et des dizaines de coupures de journaux, des photos, de vieilles cartes d’affaires, le rapport final du jury du coroner ainsi que ses 77 recommandations, une cassette VHS et d’autres documents, certains confidentiels. C’est dire, il a même déjà songé à écrire un livre sur le sujet.

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« Tu ne peux pas l’oublier cette journée-là, c’est impossible. [...] Bien franchement, je vis encore ça. Je ne fais que claquer des doigts et je suis encore là. Moi, lors de l’enquête du coroner, j’ai eu accès à des choses, comme des photographies, que personne ne peut et ne veut voir. J’ai tout vu de A à Z. Je te parle et je vois les gars par terre », s’exclame-t-il non sans un brin d’émotion dans la voix. 

Il y a deux décennies, Pierre Lebrun stationnait sa Pontiac Sunfire pour en sortir avec son fusil de chasse, avant d’entrer dans le garage sis au 1500, boulevard Saint-Laurent puis de tuer froidement quatre employés, soit Clare Davidson, Brian Guay, David Lemay et Harry Schoenmakers, avant de retourner l’arme contre lui dans un petit local au sommet d’un escalier. 

Deux autres hommes ont aussi été blessés par des éclats de balles.

Dans une lettre, le tireur fou avait ciblé quatre personnes qu’il prévoyait abattre, mais une seule de celles-ci était présente sur les lieux au moment où le drame s’est joué. Elle s’en est sortie indemne. 

M. Milloy, qui se trouvait dans un bureau de l’autre côté de la rue, se rappelle comme si c’était hier de cette journée d’horreur qui aurait pu être encore plus dramatique si ce n’était de certaines circonstances. 

« Un gars m’a appelé et j’entendais les coups en arrière. Il m’a dit : Lebrun se promène avec un gun et est en train de tuer du monde. [...] Les quatre étaient au mauvais endroit au mauvais moment, c’est arrivé tellement vite. C’est une tragédie, mais ça aurait pu être pire, et ça je vais le dire jusqu’à ce que je sois dans ma tombe. Il lui restait 28 cartouches et il y avait aussi de la construction dans le garage, ça il l’ignorait », raconte-t-il.

Il se souvient également que lorsqu’il a appris l’identité du suspect, il aurait voulu aller lui faire entendre raison, car il l’avait côtoyé dans les deux années précédentes lorsque l’employeur l’avait congédié puis avait été forcé de le réembaucher par la section locale 279 du Syndicat uni du transport. Il a plus tard démissionné avant de commettre l’irréparable trois mois plus tard. 

« Si j’avais essayé de le raisonner, je ne serais pas ici pour raconter cette histoire aujourd’hui. Il était dans sa bulle, dans un élan de rage », lance l’ancien employé d’OC Transpo.

Fierté et espoir

Vingt ans plus tard, le grand-papa de quatre petits-enfants tente de voir le verre à moitié plein et se dit fier des changements qui ont été apportés depuis la tragédie, à commencer par la mise en œuvre dans les années suivantes de la quasi-totalité des recommandations (seule l’instauration d’un bureau de l’ombudsman n’a pas été acceptée). 

« Ils ne sont pas morts pour rien, car les événements ont causé beaucoup de changements, et pas juste ici, mais dans tous les syndicats à travers le pays et même internationalement. Ç’a changé les choses de façon positive dans plusieurs sociétés de transport, je le crois dur comme fer. [...] Aujourd’hui, c’est beaucoup plus sécuritaire. La clôture installée autour de la propriété me rend fier aussi, car j’étais comme un pitbull à l’époque, je leur répétais que n’importe qui pouvait entrer sur le site. Ça aura pris de la pression. Dans ces années-là, le public pouvait marcher au beau milieu des garages, entre les autobus qui reculaient »

Aussi, à la suite de l’enquête du coroner dans cette affaire, le gouvernement fédéral avait modifié le Code du travail pour y inclure le harcèlement psychologique au travail.

Un geste comme celui posé par Pierre Lebrun le 6 avril 1999 est-il pardonnable ?

« Non, c’est impossible. Il y a des hommes qui sont allés travailler dans une shop et qui ne sont jamais revenus. Pour moi, ce n’était pas juste des membres, c’était des amis. On jouait au hockey ensemble quand on travaillait de minuit à huit heures, on avait à peu près tous la même ancienneté, on se suivait », conclut-il, ajoutant qu’heureusement, avec la nouvelle génération qui fait sa place chez OC Transpo, « le souvenir du 6 avril va tranquillement s’en aller ».

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LES QUATRE VICTIMES DE LA TRAGÉDIE

  • Clare Davidson, 52 ans
  • Brian Guay, 56 ans
  • David Lemay, 45 ans
  • Harry Schoenmakers, 44 ans