Le palais de justice de Québec

Il nie avoir menacé sa femme de l’immoler et l'accuse d'être «profiteuse»

Le chauffeur de taxi Souhaib Dhouib nie avoir menacé sa femme de l’immoler parce qu’elle refusait le divorce. C’est plutôt la jeune femme qui l’a utilisé pendant trois ans et a vécu à ses crochets, proteste-t-il.

Difficile de trouver débat plus contradictoire que celui qui oppose un jeune couple d’origine tunisienne. L’épouse, âgée de 29 ans, a porté plainte contre son mari, Dhouib, 32 ans, pour menaces de mort et harcèlement. Elle affirme que son mari, irrité qu’elle refuse le divorce, lui aurait lancé que, dès qu’il aurait sa citoyenneté, il lui ferait «la même chose qu’à sa cousine», en référence à la jeune femme brûlée par son conjoint dans le quartier Saint-Sauveur.

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Souhaib Dhouib, sans antécédent judiciaire, est détenu durant les procédures, Il nie la menace, qu’il trouve carrément illogique. Le chauffeur de taxi a déposé sa demande de citoyenneté à la mi-juillet 2019. Il sait que le processus prendra entre 12 et 18 mois. «Je ne pourrais jamais tenir une menace comme ça pendant tout ce temps-là», dit-il.

Dhouib travaillait le soir de la tentative d’immolation et a vu les policiers chercher celui qui allait être accusé, le chauffeur de taxi d’origine tunisienne Frej Haj Messaoud. Le drame de la rue Arago a rendu Dhouib très triste pour sa femme, cousine éloignée de la victime et du conjoint accusé.

Demande de divorce

Au cours de l’été, les relations du couple se sont envenimées, convient Dhouib. Le mari a demandé à sa femme de l’aider à payer les factures. Elle a refusé, dit-il. «Elle m’a dit, t’es un homme, tu payes tout et tu n’as pas le droit de prendre mon salaire», soutient l’accusé.

C’est son épouse qui a évoqué le divorce par le passé, quand elle était mécontente qu’il sorte avec ses amis et prenne de l’alcool. Mais Souhaib Dhouib dit qu’à partir de la mi-août, il a décidé de demander lui-même le divorce. Il avait même pris rendez-vous avec son avocat.

Mais avant de faire les démarches, le jeune homme dit vouloir faire une ultime tentative pour sauver sa famille et présente ses conditions à sa femme. Il lui demande de payer la moitié des factures et de faire certaines tâches comme les repas et repasser ses chemises de travail.

L’épouse aurait refusé. «On n’est pas des Québécois pour que je t’aide à payer la moitié de l’épicerie!» aurait lancé la jeune femme, selon son mari.

Le 26 août, les deux époux se sont violemment chicanés devant leur jeune enfant de deux ans et demi et les parents de Dhouib. L’accusé convient avoir crié et frappé le cadre de porte, mais nie avoir menacé d’enlever son enfant ou avoir dit : «tu vas voir ce que je vais faire de ta vie», tel qu’allégué par la plaignante.

Il menace plutôt de concrétiser le divorce et de porter plainte à l’immigration contre sa femme. Il dit avoir en main des enregistrements sonores qui montrent qu’elle a profité de lui pour étudier et vivre à ses frais.

Les avocats vont plaider jeudi. Le juge Alain Morand de la Cour du Québec devra ensuite évaluer la crédibilité de la plaignante et de l’accusé et décider si la Couronne a prouvé les infractions hors de tout doute raisonnable.