Advenant le cas que Cédric Maïorana remette les pieds au Québec, il sera automatiquement conduit en prison pour y purger sa peine.
Advenant le cas que Cédric Maïorana remette les pieds au Québec, il sera automatiquement conduit en prison pour y purger sa peine.

Huit mois de prison pour un coiffeur en cavale

SHAWINIGAN — Cedric Maïorana, un coiffeur français qui a fui la justice canadienne après avoir été reconnu coupable d’agressions sexuelles sur deux jeunes femmes à Shawinigan, vient d’être condamné à une peine de huit mois de prison.

Même en l’absence du coiffeur, qui n’a donné aucun signe de vie depuis son départ soudain pour la France à l’automne 2019, le juge Jacques Trudel a expliqué que les dispositions de la loi lui permettaient d’imposer une peine. Clairement, selon lui, cet individu a refusé de se responsabiliser et d’assumer des gestes qui ne sont pas banals, de sorte que le risque de récidive demeure présent. L’une des victimes, présente à la cour pour témoigner sur les impacts des délits sexuels, a elle-même déploré l’absence de son abuseur. «Aujourd’hui, j’aurais juste aimé ça qu’il soit là et entende les conséquences de ses gestes même si, pour lui, c’est banal», a-t-elle indiqué.

D’ailleurs, la sentence de huit mois prononcée par le tribunal mardi matin est non seulement plus élevée que les 90 jours de prison réclamés par l’avocat de la Défense, Me Serge Milette mais également supérieure aux six mois suggérés par la procureure de la Couronne, Me Catherine Vincent.

Le juge a rappelé que les agressions sexuelles perpétrées par Cedric Maïorana n’étaient certes pas les plus graves dans le domaine mais que le coiffeur a néanmoins abusé, profité et manipulé des personnes vulnérables. Le mandat d’arrestation qui avait été émis contre lui a donc été remplacé par un mandat sur déclaration de culpabilité. Tout porte à croire que le coiffeur ne sera pas rapatrié au Québec, surtout qu’il a été déclaré coupable sur des infractions portées par voie sommaire. Par contre, advenant le cas qu’il remette les pieds au Québec, les agents des services frontaliers seront en mesure de faire appliquer le mandat de sorte que l’individu sera automatiquement conduit en prison pour y purger sa peine. Le cas échéant, il devra ensuite se soumettre à une probation pendant deux ans avec l’interdiction de contacter les deux victimes. Il sera également inscrit au Registre des délinquants sexuels à perpétuité.

Cedric Maïorana n’était ni citoyen canadien ni résidant permanent. Il s’est néanmoins installé à Shawinigan et a fait l’achat du salon de coiffure Alonzo. En septembre 2017, il a entrepris des démarches pour recruter du personnel. Il a alors été mis en contact avec les deux victimes par le biais d’une cliente.

Cédric Maïorana

Il a ainsi fait appel à l’une d’elles pour lui proposer d’être mannequin dans le cadre d’un défilé qu’il organisait. Or, bien qu’il savait pertinemment qu’il n’allait pas l’engager en apercevant des cicatrices sur son corps, il lui a malgré tout demandé de se déshabiller, d’enlever son soutien-gorge et a ensuite insisté pour prendre ses mensurations avec un ruban à mesurer en métal. Le juge n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler, mardi, que le témoignage du coiffeur avait été «farfelu» lors du procès. La victime n’avait ensuite plus eu de nouvelles de lui.

Sa sœur a également été victime de Cedric Maiorana. Il lui a offert un poste de réceptionniste dans son salon de coiffure. Du coup, il lui a proposé un massage du cuir chevelu lors de l’entrevue d’embauche. Il en a plutôt profité pour lui toucher les seins et la vulve.

Lors d’une entrevue accordée précédemment au Nouvelliste, cette dernière se rappelait avoir figé.

«Je paniquais! Je lui ai demandé d’arrêter mais je n’ai pas su quoi faire. J’ai ensuite texté ma sœur pour la mettre en garde contre cet homme. J’ai plus tard décidé de porter plainte. Et compte tenu de ce qu’il avait fait à ma sœur, elle a également porté plainte» avait-elle raconté.

Dans les deux cas, les plaignantes regrettaient d’avoir été manipulées de la sorte. Les conséquences ont d’ailleurs été importantes. Celle qui a subi les attouchements aux seins et aux parties génitales a raconté, mardi, avoir subi un choc post-traumatique après cet événement. Pendant plusieurs semaines, elle a été incapable de sortir de chez elle, elle a abandonné l’école, elle a fait une dépression et ses troubles alimentaires se sont aggravés au point où elle a dû être hospitalisée pendant huit jours. Elle a aussi été obligée de s’absenter du travail pendant trois mois.

La jeune femme a précisé qu’elle se cachait pour ne pas le voir ou le croiser à Shawinigan et qu’elle avait beaucoup de difficulté à passer devant son salon de coiffure. Elle a cependant admis, à une question de Me Milette, qu’elle avait craché sur la vitrine de son commerce à une reprise alors qu’elle avait consommé de l’alcool.

Encore aujourd’hui, elle a de la difficulté à faire confiance, souffre d’anxiété et fait des cauchemars.