Porté par des gardes républicains, le cercueil a fait son entrée dans la cour des Invalides au son d'une oeuvre musicale traditionnelle, Dle Yaman, jouée au duduk, un instrument à vent arménien.

Hommage à Aznavour, monument de la chanson et «visage de la France»

PARIS — «Ils sont venus, ils sont tous là...» Personnalités politiques, artistes, autorités arméniennes, admirateurs et proches de Charles Aznavour ont rendu vendredi matin à Paris un hommage national à un «visage de la France» dont les chansons figurent au «patrimoine commun», selon les mots du président Emmanuel Macron.

Devant plus de 2000 personnes dans la cour ensoleillée des Invalides, le président français a salué le lien profond que le chanteur mondialement connu, décédé lundi à 94 ans, a tissé avec les Français.

«Au fil des années, cette présence, cette voix, cette intonation reconnaissable entre toutes s'est installée dans nos vies, quelle que soit notre condition, quel que soit notre âge», a déclaré le président, visage grave, devant le cercueil drapé de bleu-blanc-rouge, à côté duquel se trouvait une composition florale aux couleurs du drapeau arménien.

Nikol Pachinian, le premier ministre arménien, l'autre pays du chanteur, a rendu hommage au «cher maître» que «tout Arménien perçoit comme un proche parent» et qui a donné une «nouvelle couleur et un nouvel élan à la fierté arménienne».

L'ensemble de la cérémonie a été marquée par la double culture de Charles Aznavour. Né Shahnourh Varinag Aznavourian à Paris en 1924 de parents arméniens, Charles Aznavour était l'un des représentants les plus symboliques de la diaspora du petit pays avec lequel il a entretenu des liens étroits tout au long de sa vie.

Incarnation de la chanson française

Le président arménien Armen Sarkissian était aussi présent à cette cérémonie, également largement suivie en Arménie, notamment sur un grand écran installé sur la place centrale d'Erevan.

À la télévision publique arménienne, l'ensemble des programmes ont été modifiés pour être exclusivement consacrés vendredi et samedi au chanteur.

En France, pas moins de cinq chaînes françaises ont retransmis en direct la cérémonie d'adieu à cet infatigable pourvoyeur de chansons à succès qui a accompagné des générations de français sur près de sept décennies.

«Il incarnait la chanson française», a commenté une autre figure de cet art, Mireille Mathieu, à l'issue de la cérémonie.

Porté par des gardes républicains, le cercueil a fait son entrée dans la cour au son d'une oeuvre musicale traditionnelle, Dle Yaman, jouée au duduk, un instrument à vent arménien, devant une assistance où se voyaient des personnalités politiques comme les anciens présidents français, Nicolas Sarkozy et François Hollande, ou la finaliste de la présidentielle française Marine Le Pen, et des personnalités du spectacle, comme Jean-Paul Belmondo.

Le cercueil est ressorti de la cour au son d'une de ses plus célèbres chansons : Emmenez-moi.

Cet hommage empreint d'une grande solennité n'a pas eu la dimension populaire de celui rendu en décembre 2017 à un autre géant de la chanson française, Johnny Hallyday, en présence d'une immense foule dans les rues parisiennes.

Enterré non loin de Paris

L'Élysée avait précisé que la famille avait voulu un hommage républicain et officiel, avec le président de la République mais aussi des autorités arméniennes.

Au lendemain de ce dernier rendez-vous avec son public, Charles Aznavour sera enterré samedi après-midi à Montfort-l'Amaury (à l'ouest de Paris). Il reposera dans le caveau familial, aux côtés de ses parents et de son fils Patrick, décédé à l'âge de 25 ans.

Avant cela, une cérémonie religieuse est prévue en la cathédrale arménienne Saint-Jean-Baptiste, à Paris, mais l'accès sera uniquement réservé à la famille, aux proches et aux officiels.

La disparition du chanteur, surnommé outre-Atlantique «le Sinatra français», a été pleurée dans le monde entier, d'Hollywood Boulevard à Erevan, en passant par Beyrouth et Buenos Aires.

Le chanteur se rendait souvent à Erevan pour honorer la mémoire des victimes du génocide arménien et il devait y retourner dans les jours qui viennent avec le président Macron, pour le Sommet de la Francophonie.

«Son absence fera un vide immense» à ce sommet, a commenté le président français.