Une fusillade survenue à une synagogue de Pittsburgh, en Pennsylvanie, a coûté la vie «à plusieurs personnes innocentes» au cours d’une cérémonie religieuse.

Haine et horreur dans une synagogue de Pittsburgh

PITTSBURGH — Un homme, qui aurait répandu son fiel antisémite sur les réseaux sociaux, a ouvert samedi le feu pendant une cérémonie religieuse qui se déroulait dans une synagogue de Pittsburgh, en Pennsylvanie, tuant 11 personnes et en en blessant six autres, dont quatre policiers.

La tragédie est survenue à la synagogue de la congrégation Tree of Life située dans le quartier Squirrel Hill.

Le suspect, Robert Bowers, a échangé des coups de feu avec des policiers. Atteint de plusieurs projectiles, il était hospitalisé et son état de santé était considéré comme bon. On s’attend à ce qu’il fasse face à plusieurs accusations relatives à des crimes haineux.

«Sachez que, dans ce cas, la justice sera prompte et sévère», a averti le procureur général fédéral pour l’ouest de la Pennsylvanie, Scott Brady. Il a décrit l’assaut comme un «terrible et inqualifiable acte haineux».

L’attaque survient quelques jours après qu’un homme, soupçonné d’avoir envoyé des colis piégés à plusieurs personnalités s’opposant au président américain Donald Trump, eut été arrêté.

L’attaque a rallumé l’interminable débat entourant la possession d’armes à feu aux États-Unis. Le président Donald Trump s’est empressé d’affirmer que le bilan aurait été différent si des gardes armés avaient protégé la synagogue tandis que le gouverneur de l’État de Pennsylvanie, Tom Wolf, un démocrate, a fait observer que «des armes avaient encore une fois mis en danger la vie des concitoyens».

Selon le responsable du FBI de Pittsburgh, l’agent spécial Bob Jones, des membres de la communauté «ont été brutalement assassinés par un tireur qui les a visés simplement à cause de leur foi». Il a averti que l’ensemble des motifs du tueur n’étaient pas encore connus.

Le suspect, un résidant de Pittsburgh, était en possession d’un fusil d’assaut et de trois armes de poing, a indiqué le FBI. Selon l’agent Jones, l’individu n’était pas connu des policiers et aurait agi seul.

Le suspect, Robert Bowers, a échangé des coups de feu avec des policiers.

«C’est la pire scène de crime que j’ai vue (en 22 ans de carrière)», a-t-il déclaré au cours d’une conférence de presse.

Le drame a eu lieu pendant une cérémonie juive, qui vise à donner un nom à un bébé, a indiqué le procureur général de la Pennsylvanie, Josh Shapiro.

Le directeur de la sécurité publique de Pittsburgh, Wendell Hissrich, a précisé qu’aucun enfant ne figurait parmi les victimes.

«Aujourd’hui, un cauchemar a frappé la ville de Pittsburgh», s’est-il exprimé.

La synagogue est sise à l’intersection des avenues Wiklins et Shady. Le quartier résidentiel de Squirrel Hill, le coeur de la communauté juive de Pittsburgh, est situé à environ 10 minutes du centre-ville.

Jeff Finkelstein de la Fédération juive du grand Pittsburgh a déclaré à la station de radio WPXI que le responsable de la sécurité de l’organisation avait avisé toutes les synagogues de la situation.

«(Les synagogues locales) se sont beaucoup exercées à réagir en cas de présence d’un tireur. On essaie de renforcer la sécurité des installations le plus possible.»

Selon Jonathan Greenblatt, directeur général de la Ligue anti-diffamation, il s’agirait de l’attaque antisémite la plus meurtrière de l’histoire des États-Unis.

La synagogue peut accueillir jusqu’à 1250 personnes.

Son ancien responsable, Michael Eisenberg, demeure tout près de l’endroit. Il se préparait à assister à une célébration lorsqu’il a été appelé par un membre de la congrégation travaillant au Service d’urgence de Pittsburgh l’avertissant des événements.

«J’ai couru sans me changer et j’ai vu la rue qui était bloquée par des véhicules de police. La scène était surréaliste. Quelqu’un a crié: ‘déguerpissez!’ J’ai réalisé qu’il s’agissait d’un policier placé sur le côté de la maison. Je suis certain de connaître tous ces gens, tous ces morts. J’attends de savoir», a-t-il témoigné.

Il a ajouté qu’à sa connaissance, la synagogue n’avait fait l’objet d’aucune menace avant l’attaque. Des employés d’entretien ont vérifié toutes les sorties d’urgence et les portes pour s’assurer qu’il n’y a pas d’obstruction et qu’elles fonctionnaient bien.

«J’ai parlé à un employé d’entretien qui était dans l’immeuble lorsque les coups de feu ont été tirés. Il a été capable de s’enfuir par l’une des sorties de secours latérales dont on s’était assuré de son bon fonctionnement.»

Le président Donald Trump a condamné l’attaque, la décrivant comme «un assaut contre l’humanité». Il a exhorté le peuple américain «à s’unir pour vaincre la haine». Il a fait part aux journalistes qui l’accompagnaient à un rassemblement électoral dans l’Illinois de son intention de se rendre à Pittsburgh, sans fournir de plus amples renseignements.

Réactions étrangères

Plusieurs politiciens canadiens ont offert leurs condoléances aux Américains, samedi après-midi, le premier ministre Justin Trudeau qualifiant le drame «d’attaque antisémite». Dans un message transmis sur Twitter, M. Trudeau a déclaré que les Canadiens étaient solidaires avec la communauté juive.

Le ministre canadien de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a affirmé sur Twitter que «si le Canada peut aider, il le fera».

Sa collègue des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, dit avoir été «horrifiée» par le drame, ajoutant qu’il fallait faire «front commun contre toute cette haine, cette intolérance, cet antisémitisme et cette violence».

Certains premiers ministres des provinces avaient également réagi, samedi.

Le premier ministre du Québec François Legault a parlé d’une «scène d’horreur» et a offert ses condoléances au nom de tous les Québécois. «Soyons unis contre la haine et le racisme», a-t-il ajouté.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a déclaré qu’il fallait travailler ensemble «pour défaire l’antisémitisme et l’intolérance de toutes sortes.»

Le chef du NPD fédéral, Jagmeet Singh, a lui aussi condamné l’attaque.

«J’ai le coeur brisé pour la communauté juive de Pittsburgh, après l’horrible attaque antisémite à la synagogue durant la prière. Nos pensées accompagnent les familles des personnes tuées ou blessées. Nous nous tenons debout et unis face à la haine et contre ceux qui l’alimente», a-t-il dit sur son compte Twitter.

La police régionale de York, au nord de Toronto, et d’Ottawa ont dit accorder une surveillance accrue au centres communautaires juifs et aux synagogues par mesure de précaution.

Ce n’est pas le cas à Montréal où le SPVM juge que le danger contre les activités juives ne s’est pas accru en raison de la tragédie survenue à Pittsburgh.

De son côté, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a exprimé sa solidarité avec les États-Unis et les victimes d’une attaque «antisémite horrible».

«Nous sommes solidaires avec la communauté juive de Pittsburgh. Nous sommes solidaires avec le peuple américain face à cette violence antisémite horrible», a déclaré M. Netanyahu dans une vidéo publiée sur son compte Twitter.

Le président français Emmanuel Macron a déclaré samedi dans un tweet qu'il «condamne avec force cet acte d'antisémitisme à Pittsburgh» en Pennsylvanie, dans le nord-est des États-Unis. «Mes pensées pour les victimes et mon soutien à leurs proches», a ajouté M. Macron dans son bref message.

«Nous tous devons nous élever avec détermination contre l'antisémitisme. Partout», a affirmé la chancelière allemande, Angela Merkel, selon une brève déclaration postée sur Twitter par le porte-parole du gouvernement allemand.