Muhammad Khan a partagé sa gratitude à l'égard de Kelly Bryan qui a accepté de son vivant de donner plus de la moitié de son foie.

Gratitude pour un «ange» qui a donné de son vivant plus de la moitié de son foie

TORONTO — Muhammad Khan, qui aurait reçu le premier don vivant de foie en Amérique du Nord, est reconnaissant envers son «ange», la personne qui a décidé de donner une partie de son organe à un étranger.

L'homme de 54 ans originaire de Mississauga, en Ontario, a partagé sa gratitude à l'égard de Kelly Bryan, de Peterborough, qui a accepté de son vivant de donner plus de la moitié de son foie.

À son tour, la femme de M. Khan, Hina, a donné plus de la moitié de son foie à un autre étranger.

L'histoire a été dévoilée par l'hôpital général de Toronto, où les patients et les médecins se sont réjouis du potentiel cette intervention, qui pourrait sauver des vies.

«Kelly a été un ange pour moi», a confié M. Khan, mardi, alors que les détails des quatre interventions chirurgicales étaient rendus publics pour la première fois.

«C'est le plus gros cadeau que j'aurais pu recevoir, de me faire sauver la vie par un étranger.»

Les quatre chirurgies, qui ont eu lieu simultanément, se sont déroulées le 9 juillet 2018 et ont duré 12 heures, selon le programme de transplantation du Réseau universitaire de santé. Elles ont mobilisé quatre salles d'opération, ainsi que 28 employés et chirurgiens. Quelque 100 employés et médecins ont examiné les couples avant, pendant et après les chirurgies. Et maintenant, les quatre patients vont bien, ajoute-t-on.

Muhammad Khan a reçu un diagnostic de cirrhose non alcoolique du foie en 2017, et il croit qu'il n'aurait pas survécu si Mme Bryan ne s'était pas manifestée. Le groupe sanguin de la dame, le rare O négatif, lui permet de donner du sang à n'importe qui.

La femme de M. Khan, Hina, ne pouvait pas faire de don à son mari, alors elle s'est liée à un autre receveur compatible. Cette personne a choisi de rester anonyme.

Les interventions ont requis d'importantes ressources, ainsi que des semaines de préparation, que le chirurgien David Grant a comparées à un «entraînement pour un marathon».

«Très peu d'institutions ont la capacité de remplir quatre salles d'opération pour effectuer de telles chirurgies, a souligné le docteur Grant. Et bien sûr, il n'y a pas tant de gens qui se manifestent pour être un donneur anonyme.»

Aucun regret malgré tout

Kelly Bryan a subi des complications à la suite de son intervention : un blocage intestinal l'a forcée à rester plus longtemps à l'hôpital. Mais elle est retournée travailler comme ambulancière trois mois après la chirurgie et elle dit n'avoir aucun regret.

Le foie revient à environ 75 % de sa grosseur d'origine six semaines après l'intervention, a souligné le docteur Grant. Il regagne ensuite du volume pour revenir à sa taille normale en l'espace d'un an.

«Les risques et la récupération sont difficilement un sacrifice lorsqu'il est question de sauver la vie de quelqu'un», a témoigné Mme Bryan, qui a donné 70 % de son foie.

«Et je crois que c'est important que les gens sachent qu'il est possible de faire un don de son vivant; ce n'est pas seulement des organes de personnes décédées que les gens reçoivent, et il y a un si grand besoin.»

Un donneur anonyme - quelqu'un qui accepte de donner à une personne qu'il ne connaît pas - peut aider deux patients, selon le docteur Grant.

De 50 à 100 personnes meurent chaque année en attente d'une greffe de foie en Ontario, a souligné le médecin. Presque 300 personnes sont sur une liste d'attente pour recevoir un foie dans la province.

L'un des problèmes est qu'il n'y a pas assez de donneurs décédés, selon le spécialiste.

«Dans un monde idéal, nous n'aurions pas à opérer Kelly. Si nous avions plus de donneurs décédés, nous n'aurions jamais à opérer des personnes en santé et à mettre leur vie à risque pour aider d'autres.»

Débat éthique

Une discussion éthique a surgi lorsqu'il a été question de déterminer à qui irait le généreux don de Mme Bryan.

M. Khan croit qu'il n'aurait jamais reçu son foie si sa femme n'avait pas fait elle-même un don.

«C'est une liste très longue», a souligné M. Khan, un médecin de famille qui enseigne la médecine à l'Université de Toronto.

«J'étais très malade, mais pas si malade en même temps. Mais mon foie devenait défaillant et je pouvais sentir que je devenais très faible, je ne pouvais pas manger convenablement.»

Pour le docteur Grant, le défi est d'assurer un équilibre entre «donner les organes aux plus malades, versus les donner à ceux qui en bénéficieront le plus».

«Dans ce cas, cela voulait dire qu'on enlevait deux personnes de la liste d'attente pour des donneurs décédés, alors notre éthicien nous a dit que c'était un choix raisonnable, a-t-il expliqué. Le receveur de Hina était très malade.»

Mais cela ne signifie pas pour autant que M. Khan n'était pas un receveur légitime, plaide le docteur Grant. «Tout le monde sur notre liste d'attente est à risque de mourir, c'est pourquoi ils sont sur la liste d'attente.»