Le député Gérard Deltell (à gauche) a fait valoir que les récents événements «ont complètement changé la donne» et que «les attaques personnelles du président n’ont pas leur place dans ce type de négociations-là».

G7: les conservateurs changent de ton

OTTAWA — Les critiques ont fait place à la solidarité à Ottawa, au lendemain des attaques du président américain Donald Trump contre le premier ministre Justin Trudeau.

Les députés ont adopté à l’unanimité une motion soumise par les néo-démocrates pour s’opposer «fermement aux tarifs douaniers illégitimes» imposés par l’administration Trump, approuver les représailles canadiennes, soutenir la gestion de l’offre dans son intégralité et rejeter les attaques personnelles «désobligeantes faites par des responsables américains».

«J’espère que le premier ministre va continuer à garder une approche polie, mais très ferme et je pense qu’en ce moment, tout le monde est derrière le gouvernement dans le but de protéger les emplois canadiens, de protéger la stabilité mondiale et de résister à ces espèces d’effort de «bullying»», a dit la députée néo-démocrate Hélène Laverdière.

Les conservateurs appuient donc maintenant leur adversaire libéral et désapprouvent les propos de Donald Trump, eux qui critiquaient il y a à peine une semaine la façon dont le gouvernement Trudeau s’y prenait pour négocier l’ALÉNA.

«Il y a des événements qui sont survenus en fin de semaine qui ont complètement changé la donne, a fait valoir le député conservateur Gérard Deltell. Les attaques personnelles du président n’ont pas leur place dans ce type de négociations-là et on est Canadien d’abord et avant tout.»

Le président américain a taxé Justin Trudeau de «malhonnête» et de «faible» sur Twitter samedi soir tout en rejetant le communiqué final du G7.

Lors d’entrevues télévisées dimanche, son entourage en a rajouté en déclarant que M. Trudeau avait «poignardé dans le dos» la délégation américaine et qu’il y avait «une place spéciale en enfer pour tout dirigeant étranger qui fait preuve de mauvaise foi diplomatique avec le président Donald J. Trump».

Lorsque les tarifs américains sur l’aluminium et l’acier sont entrés en vigueur le 31 mai, le porte-parole conservateur en matière d’Affaires étrangères, Erin O’Toole, a soutenu que le Canada pourrait apaiser Donald Trump en adhérant au bouclier antimissile balistique des États-Unis. Les élus conservateurs sont maintenant à la recherche d’autres solutions.

Le député Alain Rayes a demandé au gouvernement en chambre s’il allait imposer ses propres tarifs sur des produits américains dès maintenant au lieu d’attendre le 1er juillet et si des sommes avaient été prévues pour aider les gens des secteurs de l’aluminium et de l’acier touchés par les droits de douane américains.

«On veut tous trouver une solution», a-t-il indiqué en faisant référence à la grande famille conservatrice.

«On va travailler conjointement avec le gouvernement canadien pour voir qu’est-ce qu’on peut faire pour soutenir nos travailleurs et travailleuses et l’ensemble de la population canadienne. C’est dans l’intérêt de personne, tant au Canada qu’aux États-Unis, qu’on n’en arrive pas à un accord dans l’ALÉNA», a-t-il ajouté.

Le sénateur conservateur Leo Housakos n’est manifestement pas du même avis. Dans une série de gazouillis envoyés au cours du week-end, il fustige Justin Trudeau, l’accusant de provoquer les États-Unis.

«Ça prend un premier ministre qui serait capable de négocier avec les Américains dans l’intérêt du Canada et pas se chicaner avec le président des États-Unis juste pour le bénéfice politique domestique», s’est-il justifié en entrevue.

Parmi les autres partis d’opposition, seul le Bloc québécois n’a pas voulu afficher sa solidarité avec le gouvernement Trudeau, ce qui n’a toutefois pas empêché les députés bloquistes d’appuyer la motion néo-démocrate.

«Je suis solidaire avec les décisions qui vont être bonnes pour notre monde, chez nous», a affirmé le député Simon Marcil, en faisant référence à la protection de la gestion de l’offre qui est dans la mire de l’administration Trump.

Il craint que Justin Trudeau ne finisse par céder aux pressions américaines. Le premier ministre doit d’ailleurs rencontrer l’association qui représente les producteurs laitiers du pays mardi après-midi.

Bombardés par les partis d’opposition, plusieurs ministres libéraux ont défendu la gestion de l’offre durant la période des questions.

«Nous sommes le parti qui s’est battu pour introduire le système de gestion de l’offre et je peux assurer mes collègues que nous sommes le parti qui va le défendre», a répété le ministre de l’Agriculture, Lawrence MacAulay.

La position bloquiste contraste avec celle de Québec debout, qui s’est dit solidaire du gouvernement Trudeau face aux pressions américaines.

«Tant et aussi longtemps que le premier ministre va se tenir debout et qu’il va faire entendre la voix du gros bon sens pour défendre notre monde et notre économie, on sera à ses côtés», a indiqué le député Luc Thériault en énumérant toutes les industries canadiennes — du papier à l’aluminium en passant par l’aéronautique — auxquelles Donald Trump s’est attaqué depuis son entrée en fonction il y a un an et demi.