Des victimes des Frères du Sacré-Coeur de partout au Québec, sauf celles visées par la poursuite initiale à Granby, peuvent intégrer le recours collectif.
Des victimes des Frères du Sacré-Coeur de partout au Québec, sauf celles visées par la poursuite initiale à Granby, peuvent intégrer le recours collectif.

Frères du Sacré-Coeur: le juge autorise le second recours

Les deux recours contre les Frères du Sacré-Cœur (FSC) peuvent aller de l’avant. Alors qu’un procès est en voie de s’amorcer dans la poursuite contre la congrégation religieuse à Granby, le juge de la Cour supérieure, Christian Immer, vient d’autoriser la seconde action collective qui regroupe toutes les autres victimes d’agressions sexuelles par les membres de l’organisation dans l’ensemble du Québec.

À la lumière des arguments des deux parties, le juge considère que « la demande contient des faits palpables dans les allégués sur : le grand nombre d’agresseurs, l’importance de la période couverte par les dénonciations et le nombre d’endroits où seraient survenues les agressions.»

«La demande comporte une cause défendable. [...] Les défenderesses, qui constituent tous des visages différents de l’Institut, participent à maintenir la culture du secret entourant la commission des actes et commettent, de ce fait, une faute civile directe qui les rend solidairement responsables des actes commis par les frères et pères FSC», peut-on lire dans le jugement.

Ainsi, le demandeur qui représentera l’ensemble des victimes alléguées, que l’on nomme «F», est âgé de 55 ans. «Entre l’âge de 15 et 16 ans, soit en 1978 et 1979, [il] a été agressé sexuellement à plusieurs reprises par le Frère Léon Maurice Tremblay — aussi connu sous le nom du Frère Germain » — (le « Frère Tremblay »), alors qu’il fréquentait un camp de vacances connu à cette époque sous l’appellation du Manoir Seigneurial des Éboulements», mentionne-t-on dans la requête déposée au début de 2019.

Le groupe inclut «toutes les personnes qui ont été agressées sexuellement au Québec par un religieux des Frères du Sacré-Coeur dans tout établissement de formation, école, collège, établissement de loisir, centre d’animation, camp, résidence, paroisse, lieu de culte, ou tout autre endroit au Québec». Sont exclues toutes les personnes agressées par des religieux FSC à Granby, visées par le premier recours, dont le requérant se nomme «A».

Les intimés sont les Frères du Sacré-Cœur, les Œuvres Josaphat-Vanier, la Corporation Maurice-Ratté et le Fonds Jules-Ledoux, tous établis à Sherbrooke. Le requérant réclame des dommages-intérêts de 450 000 $ pour «compenser toute sa douleur, sa souffrance, ses angoisses, sa perte d’estime de soi, sa honte, son humiliation, ses abus de drogues et d’alcool, ses inconvénients, ses difficultés relationnelles».

Il demande également 500 000 $ pour ses pertes pécuniaires, incluant les déboursés pour ses thérapies passées et à venir. Pour le compte des membres du recours collectif, «F» réclame 15 millions de dollars en dommages-intérêts punitifs et exemplaires.

Selon la liste dévoilée par les procureurs des requérants, du Cabinet Kugler Kandestin, des enfants auraient aussi été agressés par des frères pédophiles à Sherbrooke, Saint-Hyacinthe (école Casavant), Montmagny, Montréal, Drummondville, Chertsey, Causapscal, East Broughton, Les Cèdres, Vaudreuil, Victoriaville, Verdun, LaSalle, Saint-Laurent, L’Ancienne-Lorette et Rosemère.

« Il est donc manifeste que les dénonciations reçues à ce jour ne sont que la pointe de l’iceberg et il est fort probable que plus d’une centaine de personnes ont été agressées sexuellement partout au Québec par des Religieux FSC », évoque-t-on dans la demande d’autorisation du recours collectif.