Le Félix remporté dimanche soir par Fred Pellerin au gala de l’ADISQ a maintenant sa place au bureau de poste de la municipalité et ce, tant que le public voudra le voir et le toucher.

Fred Pellerin: le plus beau Félix

TROIS-RIVIÈRES — On l’a vu par son attitude en recevant son Félix: Fred Pellerin était comblé dimanche soir par le titre de meilleur album folk de l’année remporté par son opus Après. Pourtant, il était en nomination dans deux autres catégories, pas moindres en importance: meilleur vendeur mais aussi interprète de l’année, un honneur qui lui a toujours échappé malgré sa quinzaine de Félix remportés au cours des années.

«Album folk, c’est vraiment ma catégorie, celle dans laquelle je veux qu’on me classe. Ce que je trouve ben l’fun dans ce prix-là, c’est que c’est une catégorie collective parce que ça récompense plein de monde qui ont travaillé au même album. Mon nom est en gros sur la pochette, mais je ne suis qu’un parmi toute une gang en partant de Jeannot (Bournival) à la réalisation en passant par les auteurs, compositeurs et jusqu’aux filles qui travaillent aux communications.

Autre intense motif de plaisir, c’est que ce dernier album lui ressemble beaucoup. «Avec Silence, c’est l’album le plus proche de moi, le plus conforme à où j’ai envie d’aller. C’est pas mal le plus dépouillé, avec Silence. Pendant qu’on le faisait, la question qui revenait tout le temps avec Jeannot, c’était: «Qu’est-ce qu’on peut encore enlever?» C’est ça que j’aime, là où j’ai envie d’aller et on est allés très proche de là où je suis bien.»

Pour le prestigieux mais insaisissable Félix d’interprète de l’année, il semble n’entretenir aucun regret. «Ça m’aurait étonné de le gagner parce qu’il me semble que ça ne me revient pas. C’est une catégorie qui implique, pour la moitié, le vote du public et on n’a jamais fait d’effort pour le stimuler. Je ne dis pas que d’autres l’ont fait ou que j’en ai contre ceux qui le font, pas du tout, mais moi je n’ai jamais eu envie de le faire. Je suis même très content que ce soit Loud qui ait gagné. J’aime voir arriver des jeunes qui bousculent les affaires un peu.»

C’est avec la maîtresse de poste Sonia Audette que Fred Pellerin partage maintenant son Félix remporté pour avoir créé le meilleur album folk de l’année.

Dans la troisième catégorie, pas de surprise non plus puisque le meilleur vendeur est basé sur des chiffres connus depuis bien avant le gala. Son Silence a dû se vendre à près de 60 000 copies, selon son estimation bien approximative puisqu’elle se base simplement sur le fait que lui et son équipe ont obtenu un disque d’or (40 000 copies) en décembre dernier.

«Ce qui me rend le plus fier dans tout ça, c’est qu’il y a quelque chose de plus grand que les trophées eux-mêmes: le prix me rappelle que mon parcours dure. Je sais à quel point les carrières en musique sont trop souvent éphémères et je prends comme un immense privilège que mes affaires s’inscrivent dans la durée. C’est énorme: je le savoure et j’essaie de l’honorer chaque jour.»

Ce que tout le Québec sait depuis hier soir, c’est que son Félix trône au bureau de poste de la municipalité, une première pour un de ses trophées. «J’ai mis certains trophées à d’autres endroits au village comme un Gémeau qui est allé chez Réjean à l’épicerie mais j’avais arrêté de faire ça. J’ai aussi exposé un Félix dans le passé mais comme tout le monde l’a vu, je me disais que ce n’était plus nécessaire. Reste que ce n’est pas donné à tout le monde d’en prendre un dans ses mains. Là, la madame du bureau de poste, elle le donne aux gens pour qu’ils le touchent pis à la fin de la journée, elle va le mettre dans le coffre-fort du bureau de poste. Il y a des gens de Donnacona qui ont appelé aujourd’hui pour s’assurer qu’il était bien là et ils sont venus exprès pour le voir. Je vais le laisser là jusqu’à temps que le monde ne le taponne plus.»

La situation au village a donné une nouvelle lecture à ce qu’il a dit sur l’importance de partager des honneurs, ce dont convient le conteur/chanteur: «J’aurais sans doute dit la même chose dans un autre contexte. Mettre le Félix au bureau de poste est un geste pour animer la vie du village mais ce n’est pas une nouvelle façon de faire. Quand j’ai fait Saint-Élie de légendes, je ne suis pas passé par le conseil municipal. Pareil pour mes soirées littéraires ou les autobus pour transporter les élèves de l’école au Salon du livre de Trois-Rivières ou à un spectacle de marionnettes géantes à la Dame de cœur.»

«Ce sont des initiatives moins visibles. Le fonds fou (qui finance ces activités) ne veut pas de publicité, il ne cherche pas à se faire de capital de rien. Je lance ces initiatives et c’est important que ce soit en concordance avec mes motifs initiaux. Quand les organisations sont plus lourdes, tu fais quelque chose avec une intention X mais au final, ce n’est pas forcément ça qui en sort.»

«Aujourd’hui, j’ai récupéré mes projets et je vais aller les porter moi-même à destination; comme ça, je sais que ce sera fidèle à mes intentions. Je ne fais pas ça contre qui que ce soit. Ne pas renouveler un contrat avec la municipalité n’a pas fait en sorte que je mette ne serait-ce qu’une heure de moins de mon temps dans des activités à Saint-Élie.»