Fred Pellerin a reçu un doctorat honoris causa de l’UQTR, samedi matin.

Fred Pellerin, docteur en son pays

Trois-Rivières — La cérémonie de la collation des grades que tenait l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) samedi matin passera à l’histoire pour avoir été celle où l’institution trifluvienne a décerné son 100 000e diplôme. Or, elle demeurera présente dans l’esprit des gens qui y assistaient pour la façon élégante, poétique, drôle et émouvante dont Fred Pellerin a reçu le doctorat honoris causa dont on l’a gratifié.

Celui dont le verbe magnifie tout ce qu’il observe a réussi le tour de force de relater son passage à l’UQTR, dont il a obtenu un baccalauréat en 1999, avec le conte de la chasse-galerie comme toile de fond. Si les rires ont fusé à plusieurs moments lors de son allocution de remerciements, le conteur a aussi fait briller les regards, retenant lui-même parfois quelques sanglots, en parlant de fierté et d’émancipation. En évoquant le pouvoir de la tradition orale et la nécessité d’en finir avec ces parties de notre histoire et de notre culture trop souvent reléguées aux oubliettes de la honte.

Présenté par le recteur Daniel McMahon comme «une figure incontournable de l’histoire artistique et culturelle du Québec», Fred Pellerin, fraîchement vêtu de son épitoge de docteur, a projeté sa lumière sur la foule. Dès ses premiers mots, en évoquant «la chose doctorante», docteur Fred a mis le parterre dans sa poche et leur a relaté, tout en images, son passage dans les murs de l’institution d’enseignement supérieur trifluvienne. Il a remercié, de façon très personnelle, de nombreux professeurs et chargés de cours qui ont marqué son parcours.

Le conteur rend notamment grâce au professeur Luc Ostiguy de l’avoir fait «paraître brillant» quand il a eu affaire, des années plus tard, au personnel du Petit Robert, alors qu’il faisait du «lobbying» pour la reconnaissance de certains québécismes par les auteurs du dictionnaire, lui dont le nom figure dans le même ouvrage depuis 2013. «J’me demandais bien à quoi ça servait la linguistique», relate le Caxtonnien avec humour, en se remémorant les cours du professeur Ostiguy.

Fred Pellerin a également remercié les professeurs qui lui ont laissé dresser des verbatims de contes de son village pour leur appliquer les grilles d’analyse de Freud, plutôt qu’avoir à se pencher sur les classiques de la littérature. C’est ainsi qu’Eugène Garand, personnage mythique de son «Caxton», rencontre le père de la psychanalyse, dans un discours de remerciements plus grand que nature.

Le nouveau docteur relate aussi les discussions interminables qu’il a eu avec Patricia Powers sur la véritable prononciation des lettres t-o-i. La chroniqueuse, qui lui a notamment enseigné dans le cadre d’un cours sur la chanson québécoise, défendant le «toi», Fred prenant le parti du «toé». La principale intéressée essuyait encore ses larmes après le discours, émue que le conteur ait eu la délicatesse de saluer ceux qui lui ont enseigné et parlant du conteur comme d’un «pilier de la culture québécoise».

Celui qui a d’abord fait son entrée à l’université en administration des affaires, «parce que c’était en haut dans la liste alphabétique», soutient-il, rend aussi hommage à une préposée du registrariat, anonyme. Celle-ci aurait fait une entorse au règlement et lui aurait permis de changer d’orientation malgré l’échéance d’une date butoir.

Le conteur a terminé son allocution — 10 courtes minutes — en embarquant Eugène Garand dans son canot et en déclarant rapporter le doctorat qu’il reçoit à Saint-Élie-de-Caxton pour le partager avec les siens. «On sera nombreux à en être fier», assure-t-il.

S’il collectionne les hommages, le Caxtonnien le plus célèbre soutient que chaque reconnaissance vient avec son histoire et que l’émotion ne s’émousse jamais. En parlant de son deuxième doctorat honorifique — il en détient un de l’Université Laval — docteur Fred Pellerin se dit fier de «rentrer là par la petite histoire du conte». L’honneur est doublé du fait qu’il lui est rendu dans sa cour arrière. «Je reviens chez nous, je suis reconnu par les miens, ça ajoute un étage de plus», relate celui qui aura finalement interrompu des études de maîtrise en l’an 2000 pour se consacrer à une carrière en pleine ascension. Une pause d’un an, qui dure encore.