Bien connu des milieux policiers, Xavier Bellemare, 23 ans, de Shawinigan a été formellement accusé de délit de fuite causant des lésions corporelles et de délit de fuite.

Frappé par un chauffard: «J’ai eu très peur»

SHAWINIGAN — Une rue paisible bordée de jolies maisons. Pourtant, du sang sur la chaussée détonnait dans le paysage, jeudi matin, et surtout témoignait du drame qui s’est joué à cet endroit, mercredi, en fin d’après-midi, sur la rue de l’Union, dans le secteur Grand-Mère, à Shawinigan. En plein travail, un livreur de circulaires de Publisac s’est fait heurter par un chauffard. Selon la Sûreté du Québec, l’homme dans la quarantaine était toujours dans un état critique jeudi.

Après avoir heurté le piéton, l’automobiliste a poursuivi sa route jusqu’à la 4e Rue. Réjean Samson était assis devant sa maison lorsqu’il a vu le véhicule se diriger droit vers lui. Il a eu peur pour sa vie.

«J’ai vu venir l’auto à toute vitesse. J’étais assis dehors et s’il n’avait pas tourné, il rentrait en plein dans mon loyer. Je suis parti à courir. J’ai eu peur qu’il arrive sur moi, j’ai eu très peur», raconte-t-il. La voiture a tourné in extremis. «Il a pogné la bande de trottoir. Il a pogné la 4e [Rue] et s’en est allé vers la 7e», ajoute-t-il.

Guylaine Larivée était dans son entrée lorsqu’elle a remarqué deux voitures qui roulaient plus rapidement que la normale. Après avoir entendu une collision et la sirène des pompiers, elle s’est avancée vers le lieu de l’accident. «J’ai vu la voiture avec la valise ouverte et les publisacs dedans. Le chariot de Publicsac était complètement défait. Le monsieur était couché par terre. Toute sa figure était ensanglantée», raconte la Shawiniganaise.

La victime était accompagnée d’une jeune collègue. Mme Larivée a tenté de la réconforter. «Je suis allée m’asseoir avec elle. Elle était vraiment en état de choc.»

Peu avant ce drame, le chauffard aurait heurté un véhicule sur l’avenue de Grand-Mère, près du pont. Il aurait poursuivi sa route jusqu’à la rue de l’Union où il aurait heurté le livreur. Il était alors suivi par l’automobiliste victime du premier accident. Ce dernier s’est arrêté pour porter secours au piéton et pour aider les policiers à mettre le grappin sur le suspect. L’individu a finalement été arrêté au coin de la 7e Avenue et de la 8e Rue. Il s’agit de Xavier Bellemare, 23 ans, de Shawinigan. Bien connu des milieux policiers, il a été formellement accusé de délit de fuite causant des lésions corporelles sur le livreur de circulaires et de délit de fuite en lien avec la collision survenue quelques minutes auparavant. Il est également accusé de bris de probation pour avoir omis de garder la paix et pour avoir consommé des drogues.

Guylaine Larivée était bouleversée par l’accident qui a blessé gravement un livreur de circulaires. À côté d’elle, on peut voir les marques laissées par la Sûreté du Québec qui indiquent le lieu du drame.

Du même coup, des accusations de possession de résine de cannabis et de méthamphétamine ont été portées contre lui. Compte tenu des crimes qui lui sont reprochés, de leur gravité et de ses antécédents judiciaires, la procureure de la Couronne Me Catherine Vincent s’est objectée à sa remise en liberté. À la demande de l’avocate de la défense Me Karine Bussière, l’enquête sur caution a été reportée au vendredi 21 septembre.

Le suspect était sorti de prison depuis deux jours seulement lorsque les délits ont été commis. Il devait cependant respecter une probation pendant deux ans. En juillet 2018, il avait notamment écopé de trois mois de prison en lien avec diverses infractions comme entrave, méfait et drogue.

En 2015, il avait aussi été condamné à trois ans de prison pour une série d’introductions par effraction, des vols et recel d’armes. Dans la liste de ses délits, il s’était notamment introduit dans la résidence privée d’un policier à Shawinigan et s’y était emparé d’armes servant à la chasse.

D’autre part, les résidents du secteur où le piéton a été happé déplorent que la rue de l’Union est souvent utilisée comme un raccourci par les automobilistes. Malgré la présence de jeunes familles, plusieurs n’hésitent pas à peser sur l’accélérateur.

«C’était prévisible qu’un jour il arrive quelque chose parce que les voitures circulent très vite», mentionne Mme Larivée.

«C’est une petite rue, mais elle est très passante. La prévention n’est pas là. C’est une petite piste de course», déplore Louis-Pierre Pichette.

Cet accident a évidemment causé une commotion dans le quartier. Mme Larivée était bouleversée. «C’est désolant comme scène dans un petit quartier tranquille. Comment cela peut-il encore se produire en 2018? Tu réalises que la vie ne tient qu’à un fil.»