Environ 5000 manifestants étaient présents à la manifestation sur la rue Elgin à Ottawa.

Francophonie ontarienne: mobilisation monstre à Ottawa

Une marée de vert et de blanc a envahi le terrain de l’hôtel de ville d’Ottawa, samedi après-midi, pour dénoncer les politiques du gouvernement ontarien en matière de services en français.

C’est une bruyante et énergique foule d’environ 5000 personnes qui a voulu lancer un message clair au premier ministre, Doug Ford, répétant à l’unisson le slogan «Nous sommes, nous serons». Dans la première heure du rassemblement, l’essaim de Franco-Ontariens ne faisait que grandir, comme l’a constaté le conseiller de Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, durant son discours.

«On commence à manquer de place. On se tient debout dans la francophonie d’Ottawa! », des propos qui n’ont pas manqué de soulever la foule.

Ces gens sont indignés que le gouvernement Ford ait décidé de reporter l’ouverture de l’Université de l’Ontario français, contrairement à ce qui avait été promis durant la dernière campagne électorale. L’abolition du Commissariat aux services en français de l’Ontario suscite également la grogne, malgré la promesse d’allouer des ressources supplémentaires au Bureau de l’ombudsman pour accomplir ce mandat.

Il n’y avait pas seulement des manifestations au centre-ville d’Ottawa. Dans plus de 40 événements à travers la province, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) soutient qu’il y avait plus de 14 300 personnes, ce qui deviendrait le plus grand rassemblement franco-ontarien de l’histoire. Le précédent record était les 11 000 personnes réunies pour l’inauguration du cinquième Monument de la francophonie en 2007, sur le terrain de l’école Charlotte-Lemieux.

« C’est une journée incroyable. Dans mes rêves les plus fous, je ne pensais pas que les gens allaient sortir comme ça », soutient le président de l’AFO, Carol Jolin.

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Le chroniqueur du Droit Denis Gratton coanimait une émission spéciale en préparation de la journée de mobilisation, de 10h à 13h, sur les ondes d'Unique FM (94,5 FM) avec Michel Picard.

En entrevue avec Le Droit, ce dernier a tenu à remercier tous ceux qui se sont déplacés, samedi, puisque leur mobilisation lui donne de solides arguments dans le cadre de ses négociations en cours avec le gouvernement Ford.

En coulisses, on a pu observer des représentants de l’AFO se donnant des « high-fives », visiblement heureux de la tournure de cette mobilisation qui s’organisaient depuis quelques jours à peine.

D’ailleurs, M. Jolin insiste que ce n’est que la phase 1 de la mobilisation franco-ontarienne. Si le gouvernement ontarien ne revient pas sur ses positions, l’AFO promet d’autres moyens de pression.

« Ça, ce n’est qu’un début de ce qu’on pourrait faire », avertit la députée provinciale d’Orléans, Marie-France Lalonde, en entrevue avec Le Droit.

Discours enflammés

La marée de Franco-Ontariens n’a pas manqué d’opportunités de s’enthousiasmer durant les deux heures qu’aura duré l’événement. De nombreux discours les ont amenés, spontanément, à s’époumoner.
Quand la députée fédérale d’Ottawa-Vanier, Mona Fortier, a annoncé que les petits-enfants de grands noms de la francophonie étaient présents, par exemple. Des géants aujourd'hui décédés comme Jean-Robert Gauthier, Mauril Bélanger et Pierre de Blois.

« Ce qui me fascine et ce qui m’encourage, c’est de voir que toutes les générations sont présentes. On est très fiers de dire qui on est, de le crier, le chanter, le danser », a expliqué Mme Fortier.

L’avocat Ronald Caza qui a célèbrement remporté la cause Montfort a également réussi à enflammer la foule. « On espère ne pas avoir besoin de se rendre devant les tribunaux, mais si nous devons y aller, attachez vos tuques avec de la broche! »

Carol Jolin a fait écho à cette déclaration quelques minutes plus tard. « M. Ford, ne traitez pas la francophonie comme un boulet. Nous ne répondrons pas par la bouche de nos canons, mais par la bouche des tribunaux! [...] Mes chers amis, nous irons jusqu’au bout avec vous! »

La ministre des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly, « ce qu’on fait aujourd’hui, c’est défendre une vision de notre pays. Une vision qui fait en sorte que les francophones ont leur place depuis 151 ans. À travers le pays, aujourd’hui, on est tous Franco-Ontariens! »