André Abran et Gilles Kègle entourent la photo de Jean Abran, l’une des 43 personnes décédées qui ont eu droit vendredi à des funérailles dignes à l’église Saint-Roch.

Fondation Gilles Kègle: à la mémoire de Royal, Jean et les autres

Royal Bellemare vivait seul dans une chambre. L’homme de 75 ans a toujours vécu à l’écart de la société et de ses proches. Gilles Kègle, l’infirmier de la rue, le visitait régulièrement. Il est décédé en février, victime de graves problèmes respiratoires. Bien que démuni, il a eu droit à un hommage funèbre dans la dignité. À lui seul, il incarne l’utilité de l’œuvre de M. Kègle.

Vendredi se tenait à l’église Saint-Roch une cérémonie religieuse commune à la mémoire de 43 personnes décédées depuis octobre.  Deux fois l’an, Gilles Kègle organise des funérailles pour les personnes défavorisées. Sans lui, la plupart quitteraient cette terre dans l’anonymat.

C’est pour des personnes comme M. Bellemare que Gilles Kègle a lancé un appel à l’aide jeudi dans les pages du Soleil. Il expliquait que la hausse anormalement élevée du nombre de personnes pour qui il devait payer les frais funéraires menaçait les liquidités de la fondation et qu’il pensait couper certains services.

La journée même, il recevait 12 000 $ de dons privés et le gouvernement Legault a promis de lui venir en aide. Celui qui préfère se faire appeler un «missionnaire de la paix» a besoin de 100 000 $ supplémentaires, sans quoi les prochaines funérailles prévues à l’automne sont compromises. De plus, il ne voudrait surtout pas cesser d’offrir quelque 150 repas par mois qu’il apporte aux personnes seules lors de ses visites.

L’église Saint-Roch était bondée vendredi. Devant l’autel trônait une photo de chaque défunt, enfin presque. Certains sont tellement isolés qu’il a été impossible de trouver une photographie, encore moins un ami, un membre de la famille qui aurait permis à M. Kègle de glisser un mot sur eux dans son hommage funèbre. Des 43 personnes, 15 étaient fin seules.

David Jean est le fils biologique de Royal Bellemare. Comme sa sœur, il a été adopté. Ils ont grandi dans des familles différentes. Il a retracé son père il y a six ans seulement. Malgré les sentiments mitigés, ils étaient présents pour les funérailles. M. Jean avait apporté une photographie de son père prise lors de sa première rencontre avec lui. 

Sa sœur et lui y ont vu pour la première fois un des frères de leur père, Alain Bellemare, et d’autres membres de la famille. «Royal aura au moins permis ça. J’espère qu’on va se revoir. On a le même sang», lance M. Bellemare au sujet de ces retrouvailles.

Le fondateur en deuil

La cérémonie revêtait un caractère plus triste qu’à l’habitude pour M. Kègle. La 43e personne nommée dans son hommage funèbre est Jean Abran. L’homme de 64 ans décédé le 14 décembre était le colocataire de Gilles Kègle depuis 18 ans. Il oeuvrait aussi pour la fondation

«Il accompagnait Gilles dans ses tournées. Il m’a déjà raconté qu’il demeurait parfois à l’extérieur parce qu’il trouvait ça trop difficile», raconte son frère, André Abran.

«J’espère que le gouvernement va l’aider comme il l’a promis. Il n’a jamais demandé d’argent. Il fait tellement de bien autour de lui», poursuit M. Abran.

Raymond Lizotte, décédé d’un cancer le 27 février à 60 ans, est un autre exemple concret du soutien de la Fondation Gilles Kègle. Il avait demandé que les 2500$ octroyés par la régie des rentes pour ses obsèques soient remis à la fondation.

«C’était vraiment une belle cérémonie. Jamais on n’aurait pu faire ça pour Raymond. C’était plus que ce que j’espérais», lance Micheline Lizotte, sœur du défunt, visiblement satisfaite, tout comme l’épouse de M. Lizotte, Lucie Drolet.

Pour la cause

La publicité entourant l’oeuvre menée depuis 33 ans par M. Kègle a aussi touché Juliette Jacques, une jeune femme de Québec de 18 ans. «Ma mère est propriétaire de Mlle Cupcake et elle en offre parfois à la fondation», indique-t-elle. 

À l’époque où elle étudiait à Jésus-Marie, elle avait choisi la Fondation Gilles Kègle pour y faire les heures de bénévolat qu’exigeait son programme. 

«J’avais rencontré M. Kègle et des bénévoles. J’avais été impressionnée par le bien qu’il apporte», raconte-t-elle. Maintenant étudiante au cégep, elle n’a pas oublié. Elle a été émue par l’appel à l’aide de M. Kègle. Son objectif est de récolter 10 000 $. Vous pouvez donner à l’adresse https://www.gofundme.com/1lpz4ql62o ou directement à la fondation au gilleskegle.org.