Henri Provencher, grand-père de Cédrika Provencher, recueillera des dons pour sa fondation lors des activités organisées pour la Journée mondiale de prévention des enlèvements d’enfants.

Fondation Cédrika Provencher: sensibiliser avec des moyens limités

TROIS-RIVIÈRES — Chaque année, le 31 juillet marque un tragique anniversaire, soit celui de la disparition de Cédrika Provencher, enlevée à Trois-Rivières en 2007, puis assassinée. Cette année, dans le cadre de la Journée mondiale de prévention des enlèvements d’enfants, la Fondation Cédrika Provencher présentera pour la première fois au grand public les projets de sensibilisation sur lesquels son équipe travaille depuis plusieurs mois, voire des années, mais qui ne peuvent se réaliser sans une aide financière.

Portail regroupant des organismes du monde luttant contre les enlèvements d’enfants, jeu de société présentant les règles de sécurité à adopter, application mobile pour signaler rapidement les disparitions...Les projets s’accumulent sur le bureau d’Henri Provencher, président de la fondation et grand-père de Cédrika. Toutefois, la majorité d’entre eux ne peuvent se concrétiser, du moins pour l’instant. «Malheureusement, ça tarde à se réaliser. C’est toujours faute de sous», dit-il.

C’est que plusieurs projets ont été mis sur la table il y a plusieurs années, mais n’ont pu voir le jour en raison de manque de ressources humaines et financières, situation qui est incompatible avec la volonté d’Henri Provencher de changer les choses. «Je vois toujours l’urgence d’agir dans tout ça, dit-il. S’il y en a 2, 3 qui se font enlever pendant les 3, 4, 5 ans que ça prend, on aurait pu éviter ça.»

Les différentes initiatives de la fondation seront présentées au grand public cette fin de semaine, lors des activités organisées au centre commercial Les Rivières, du 2 au 4 août. «Ça s’adresse aux enfants, aux parents, à la population en général, c’est vraiment le public qui va être à la une. Nous, on ne fait que présenter ce qu’on fait et on veut avoir le son de cloche des gens qui vont passer», explique M. Provencher, qui tentera d’ailleurs prochainement de faire reconnaître la Journée mondiale de prévention des enlèvements d’enfants (JMPEE) à l’UNESCO par le biais d’une pétition qui circulera lors des événements d’en fin de semaine.

«Qu’ils ne touchent plus à nos enfants»

La priorité des activités de cette fin de semaine sera de sensibiliser les enfants et les parents aux comportements sécuritaires qui peuvent éviter des enlèvements. «C’est ça qui m’anime, d’essayer d’empêcher que ça arrive à des enfants et à des parents», affirme le grand-père de Cédrika.

Ce dernier dit vouloir tenter par différents moyens de faire comprendre aux enfants l’importance d’être prudents. «L’idée, c’est de trouver des véhicules pour faire passer ces messages-là. Moi, ce que je veux essayer d’établir, ce sont des réflexes naturels chez l’enfant», dit-il.

D’ailleurs, grâce à un partenariat entre la fondation et la Ligue des Héros, les enfants pourront notamment discuter avec des personnages comme la Reine des neiges ou Superman des mesures de sécurité à adopter avec les inconnus qui les abordent.

Henri Provencher souhaite également poser un geste significatif en fin de semaine, soit celui d’une chaîne humaine représentant la volonté de toute une population marquée par l’enlèvement de Cédrika d’empêcher que cela se reproduise. «À l’improviste, on se donne la main avec les enfants, puis on montre aux prédateurs que les enfants ne sont pas seuls, que les parents sont là, que tout le monde est là. Qu’ils ne touchent plus à nos enfants», explique M. Provencher. «Ce sont des situations qui changent la vie des gens, et pas à peu près. Ça a changé ma vie, la vie de mon fils de façon magistrale, de mon épouse, ma fille, mes petits-enfants, ma famille et la famille de mon épouse.»

Un manque de ressources

M. Provencher espère également que de potentiels partenaires soient de la partie lors de cette fin de semaine, et que certains décident d’investir dans des projets qui y seront présentés. «J’aimerais tellement qu’il y ait des financiers qui disent, ‘‘On le prend en main, ce projet-là.’’»

En 2018, la Fondation Cédrika Provencher avait lancé une campagne de financement en sollicitant des dons d’un dollar, qui n’a pas eu les résultats espérés. «J’attends encore, pourtant ce n’est pas grand-chose», dit-il. Le public pourra faire des dons pour la fondation dans une cruche d’eau installée à cet effet lors de l’événement pour la JMPEE, alors que ceux-ci permettent à l’organisme de survivre. «Parfois, ça me coûte de l’argent, lance M. Provencher. Pour moi, ce n’est pas la priorité [le financement], mais c’est la priorité pour réaliser les projets.»

Les difficultés de financement empêchent également le grand-père de Cédrika d’embaucher une équipe pour travailler à temps plein sur les différents dossiers de la fondation, qui a pour mission de contrer les enlèvements, disparitions et fugues. «Il faudrait que je fasse tout moi-même, c’est impossible. J’ai encore de l’énergie, mais ça dure moins longtemps, il faut que je recharge mes batteries», dit-il.

Le grand-père de Cédrika est inquiet pour le futur de la fondation, lui qui espère que la présentation des projets lors des activités de cette fin de semaine aura un impact positif sur l’organisme. «L’avenir de la fondation ira selon la répercussion que ça va avoir. Puis j’espère avoir une belle répercussion.»

Cédrika Provencher a été vue pour la dernière fois au parc Chapais, à Trois-Rivières, en 2007, alors qu’elle était âgée de 9 ans. Des ossements ont finalement été retrouvés le 11 décembre 2015, dans un secteur boisé, près de la sortie Saint-Maurice de l’autoroute 40. Personne n’a été accusé dans ce dossier.