Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon

Fitzgibbon «surpris» que Desjardins n’embarque pas dans les coopératives des journaux de GCM

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, s’est dit «surpris» mardi de la décision du Mouvement Desjardins de ne pas embarquer dans la Coopérative des employés du Groupe Capitales Médias.

«Je vais me restreindre de faire des commentaires trop acerbes», a d’emblée lancé le ministre en mêlée de presse à l’Assemblée nationale. «Mon rôle n’est pas de leur dire quoi faire», a-t-il poursuivi. Mais M. Fitzgibbon dit toutefois trouver «paradoxale» la décision de Desjardins alors qu’elle même est une coopérative.

Le ministre de l’Économie a relaté que le président et chef de la direction de Desjardins, Guy Cormier, l’a appelé pour lui dire qu’il trouvait le plan des coopératives pour la relance de journaux régionaux «trop risqué». 

Il s’est dit également étonné que Capital régional et coopératif Desjardins qui est là pour aider les régions ne soit pas de la partie alors que l’organisme bénéficie de crédit d’impôts. 

«Je respecte ça, mais je me serais attendu pour être honnête, c’est que Desjardins s’assoie avec la direction de [Groupe] Capitales Médias et la coopérative [d’employés], ce qui, je pense, n’a pas été fait», a regretté M. Fitzgibbon qui estime que le plan d’affaires de la coopérative est bon, même s’il y a des améliorations à apporter. 

«Je m’attends à ce que les gens du milieu se prennent en main, a déclaré M. Fitzgibbon. Le modèle est-il parfait ? Probablement pas. Mais travaillons avec ce qu’on a. Il n’y a pas meilleur organisme au Québec que la coopérative d’employés pour reprendre en main cette business-là.»

Le ministre dit souhaiter de tout cœur que les six journaux de GCM survivent. Il est «ouvert» à remettre un peu d’argent pour conclure le projet avec d’autres investisseurs, mais il a été clair sur un point : si Desjardins ferme la porte à sa participation, le gouvernement ne prendra pas à son compte le financement. 

«Nous avons toujours des partenaires dans ce genre de projets. Il serait illogique que le gouvernement du Québec soit le créancier principal d’une nouvelle structure, alors que nous avons mis en place […] des crédits d’impôt qui vont financer à peu près 50 % à 60 % des pertes de Groupe Capitales Médias. Le gouvernement a fait sa part», a-t-il insisté. 

GCM comprend Le Soleil à Québec, Le Quotidien de Saguenay, Le Nouvelliste de Trois-Rivières, La Tribune de Sherbrooke, La Voix de l’Est de Granby et Le Droit d’Ottawa. Le projet de coopératives des six journaux a obtenu l'aval du tribunal le 21 novembre alors que le juge Daniel Dumais de la Cour supérieure a autorisé le plan d'arrangement avec les créanciers.  Avec Olivier Bossé

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Deux administratrices de Québecor au c.a.

Le gouvernement Legault soulève des doutes sur le rôle d’une administratrice de Québecor dans les difficultés du sauvetage des journaux du Groupe Capitales Médias .

C’est «un dossier très politisé», selon les mots lancés par le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, en mêlée de presse mardi après-midi.

Il était appelé à commenter le refus de Desjardins d’investir dans les coopératives de travailleurs qui veulent relancer les journaux de GCM.

Quand il a été questionné sur l’indépendance du conseil d’administration de Capital régional et coopératif Desjardins (CRCD), qui aurait pu accorder les fonds, M. Fitzgibbon a alors recommandé aux journalistes d’aller voir qui y siège.

Or, la vice-présidente du conseil de Québecor, administratrice en chef et présidente du conseil de Groupe TVA, Sylvie Lalande, de même qu’une administratrice de Québecor, Chantal Bélanger, siègent au c.a. de CRCD. Québecor est un concurrent des journaux de GCM et son patron, Pierre Karl Péladeau, a fréquemment dénoncé la décision du gouvernement d’investir des fonds dans le sauvetage de GCM il y a quelques années.

M. Fitzgibbon a dit que Mme Lalande était «compétente», mais a refusé de s’exprimer sur son indépendance.

«Alors elle n’est pas indépendante?» a demandé un journaliste, ce à quoi le ministre a répliqué : «Répondez à votre question», en ajoutant que c’était une question de «jugement».

À l’évocation de potentiel conflit d’intérêts, il a répondu : «peut-être».  La Presse canadienne