Un magasin Toys R Us d’Alhambra, en Californie

Fin de Toys R Us aux États-Unis, un acheteur se manifeste au Canada

NEW YORK — La chute du géant Toys R US enverra à travers les États-Unis une onde de choc qui en fera trembler plus d'un, des fabricants de jouets aux consommateurs en passant par les propriétaires des locaux où était installé le détaillant.

La compagnie fondée il y a 70 ans semble devoir mettre fin à ses activités américaines, ce qui met en péril quelque 30 000 emplois et verra disparaître un nom connu des petits comme des grands.

La fermeture des 740 magasins américains de la compagnie au cours des prochains mois mettra fin à l'agonie d'une chaîne qui avait été mise à genoux par des facteurs comme le poids de sa dette, les achats en ligne et les jeux vidéo.

Les fabricants de jouets et les propriétaires qui dépendaient d'elle devront chercher ailleurs.

Le patron de Toys R US, David Brandon, a déclaré mercredi aux employés que la compagnie avait l'intention de liquider tous ses magasins aux États-Unis, selon un enregistrement audio de la rencontre obtenu par l'Associated Press.

M. Brandon a dit que Toys R US essaierait de trouver preneur pour environ 200 magasins, auxquels seront ajoutés ses magasins canadiens. La boutique américaine virtuelle de la compagnie demeurera disponible pendant encore quelques semaines, dans l'éventualité où un acheteur s'y intéresserait.

Toys R Us risque aussi de liquider ses activités en Australie, en France, en Pologne, au Portugal et en Espagne, selon l'enregistrement. La compagnie avait déjà entrepris de mettre la clé sous la porte au Royaume-Uni. Il ne lui resterait donc des magasins qu'au Canada, en Europe centrale et en Asie, où elle pourrait trouver des acheteurs.

Toys R Us comptait environ 60 000 employés à temps plein et à temps partiel l'an dernier.

M. Brandon déclare sur l'enregistrement que la compagnie enclenchera rapidement le processus de faillite.

«Nous avons fait tout ce qu'il était possible de faire pour retourner la moindre pierre», a-t-il déclaré aux employés.

La compagnie s'était placée à l'abri de ses créanciers l'automne dernier et avait alors promis de rester ouverte, malgré une dette astronomique de 5 milliards $US qui l'empêchait de lutter pour retenir des clients qui l'abandonnaient au profit de mastodontes comme Amazon et Walmart.

M. Brandon a toutefois confié aux employés que les ventes pendant la saison des Fêtes avaient été catastrophiques. Les consommateurs et des fournisseurs frileux se sont sauvés en courant — ce qui a rendu ses prêteurs encore plus hésitants à investir. Toys R US avait annoncé en janvier la fermeture d'environ 180 magasins d'ici quelques mois, n'en conservant qu'environ 700.

Les problèmes de la compagnie ont eu des répercussions chez les fabricants de jouets Mattel et Hasbro, qui comptent parmi ses principaux fournisseurs. La liquidation probable de la chaîne fera beaucoup plus mal aux petits fabricants qui dépendaient d'elle pour leurs ventes. Plusieurs, inquiétés par la survie du géant, ont cherché à se diversifier au cours des derniers mois.

Matraquée par les portables

Toys R Us a été matraquée par l'émergence des appareils portables qui accaparent maintenant l'essentiel du temps consacré aux loisirs. Mais l'effondrement de ses ventes pendant les Fêtes et la période qui a suivi lui a asséné le coup de grâce, selon l'analyste Jim Silver.

M. Silver estime que la compagnie n'a pas exprimé assez clairement qu'elle était en train de se réorganiser, et non de couler. Ce problème de perception a éloigné les clients qui craignaient d'être incapables de retourner leurs achats.

Les 11 milliards $US de ventes annuelles que générait toujours Toys R Us tomberont maintenant entre les pattes de détaillants comme Amazon, croient des analystes. D'autres chaînes, constatant que le titan vacillait, sont passées à l'offensive : J.C. Penney a ouvert une section des jouets dans 875 magasins l'automne dernier; Target et Walmart ont élargi leur offre de jouets; et même Party City s'est mise de la partie.

Toys R US a dominé le secteur des jouets dans les années 1980 et 1990, mais il a ensuite perdu du terrain face à des détaillants à bas prix comme Walmart et Target, puis face à Amazon, lorsque même les parents les plus nostalgiques ont commencé à regarder ailleurs. La firme GlobalData Retail estime qu'environ 14 % des ventes de jouets ont eu lieu en ligne l'an dernier, soit deux fois plus qu'il y a cinq ans.

Toys R Us dispose toujours néanmoins de centaines de magasins et elle générerait 20 % des ventes de jouets aux États-Unis, selon des analystes.

Au-delà de la concurrence d'Amazon à laquelle Toys R Us n'a jamais trouvé de riposte efficace, la compagnie a été entraînée vers le fond par la dette astronomique qu'elle traînait depuis que le fonds de capital-investissement Bain Capital, KKR & Co en a fermé le capital en 2005, dans le cadre d'une transaction de 6,6 milliards $US.

La faiblesse de ses ventes a empêché le fonds de ramener la compagnie en Bourse et une telle dette privait Toys R US de la flexibilité nécessaire pour réaliser de nouveaux investissements. La compagnie avait même fermé il y a environ deux ans son magasin le plus connu, celui de Times Square, où on retrouvait une roue géante.