La Sherbrookoise Annick St-Hilaire craint que la fermeture, sans préavis, du bureau d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada à La Havane repousse dans le temps ses retrouvailles avec son mari Osmel Lopez Bonne.

Fermeture du bureau d'immigration à la Havane : des unions rendues difficiles

EXCLUSIF / Le Canada a fermé « sans préavis » son bureau d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté de son ambassade à La Havane. Tous les dossiers seront désormais traités à l’ambassade du Canada à Mexico. Cette décision inquiète des centaines de couples canado-cubains mariés qui attendent que leur dossier de réunification familiale soit finalisé pour « enfin » vivre ensemble au Canada. Les coûts et les délais risquent d’augmenter avant les retrouvailles.

« C’est une bombe et personne n’en parle. Un pays ne se retire pas comme ça en laissant les époux et les épouses dans une situation impossible. Moi qui travaille au quotidien avec le consulat canadien à Cuba et le consulat cubain à Montréal, je n’étais pas au courant de cette fermeture, alors je peux vous dire qu’elle n’était pas prévue ni annoncée », s’exclame Johanne Boivin-Drapeau, conseillère réglementée en immigration canadienne, qui compte 180 dossiers actifs de couples canado-cubains.

Il est question de couples formés de Cubains ou Cubaines qui, après un mariage avec un Canadien ou une Canadienne, sont en attente de leur visa pour se rendre au Canada et obtenir leur résidence permanente canadienne dans le cadre du programme de réunification familiale. « Il s’agit d’un programme de parrainage qui implique que le citoyen canadien est responsable de subvenir aux besoins essentiels de sa conjointe ou son conjoint cubain et ce pour trois ans », mentionne la conseillère, précisant que les besoins essentiels incluent nourriture, vêtements, hébergement, soins dentaires, soins de la vue et autres soins médicaux non couverts.

Le gouvernement demande aux Cubains ou Cubaines qui sont mariés avec des Canadiennes ou Canadiens de fournir des données biométriques. « Les Cubains ou Cubaines doivent faire prendre leurs empreintes digitales, mais maintenant il n’y a plus de centre en mesure de le faire à Cuba. Ces derniers devront donc désormais sortir du pays pour obtenir des données biométriques et les centres les plus près se situent à Trinité-et-Tobago ou à la Guyane », déplore la conseillère précisant qu’avec un salaire 20 ou 40 $ par mois, l’achat de billets d’avion est quasi impossible pour un Cubain.

La conseillère en immigration et ses clients craignent que cette décision retarde les retrouvailles des couples canado-cubains mariés.

« On parle d’un délai de 12 mois normalement. De mon côté, 27 de mes 180 dossiers auront atteint en mai le délai de douze mois. Et on ne sait même pas où se trouve leur dossier, alors inévitablement les délais seront dépassés », note Mme Boivin-Drapeau.

Outre la réunification des couples canado-cubains mariés, cette décision aura un impact sur les visites des Cubains au Canada. Mme Boivin-Drapeau donne l’exemple d’une grand-mère vivant à Cuba qui voudrait rendre visite à son petit-fils vivant au Canada. « Elle devra d’abord se rendre en Guyane ou Trinité-et-Tobago pour ses empreintes digitales. À son retour à Cuba, elle devra attendre la réponse de l’ambassade du Canada au Mexique. Si elle est positive, elle devra se rendre à La Havane dans un comptoir DHL pour envoyer son passeport à Mexico. Ensuite, elle attendra, peut-être deux à quatre semaines, que le passeport revienne », énumère la conseillère, estimant que la fermeture aurait dû être annoncée haut et fort.

« Vendredi, Justin Trudeau s’est entretenu avec le président cubain, Miguel Diaz-Canel. Le lundi suivant, le bureau d’immigration de l’ambassade du Canada à La Havane était fermé et les gens qui s’y rendaient étaient refusés sans explication. Deux jours plus tard, l’annonce est officielle. Est-ce que les deux événements sont liés? Pourquoi les Canadiens ne sont pas informés? », demande Mme Boivin-Drapeau.

Fermeture d’une durée indéterminée

La ministre fédérale Marie-Claude Bibeau confirme la fermeture du bureau d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) à La Havane, mais précise qu’elle est temporaire, sans être en mesure de donner d’échéance.

« C’est une question de santé et de sécurité de nos employés. Une portion d’entre eux devra être rapatriée », indique la ministre et députée de Compton-Stanstead, déplorant que les Cubains doivent désormais se rendre à l’extérieur de leur pays pour ce qui est des données biométriques.

Selon une déclaration d’Affaires mondiales Canada datant de janvier, quatorze employés, conjoints et personnes à charge canadiens avaient été touchés par « des symptômes de santé inhabituels ».

« Aucune cause n’a été déterminée jusqu’à présent », lisait-on dans la même déclaration qui annonçait que le personnel canadien en poste à La Havane serait réduit de moitié environ sans préciser que le bureau d’IRCC serait fermé.

« Le Canada continuera d’avoir une ambassade à La Havane, à Cuba, dirigée par un ambassadeur. Tous les services consulaires seront offerts aux Canadiens à Cuba. Toutefois, certains autres programmes pourraient être ajustés au cours des prochaines semaines », lisait-on dans la déclaration.

La fermeture du bureau d’IRCC fait donc partie des ajustements non détaillés prévus. Un ajustement rendu officiel mercredi.

Une Sherbrookoise déplore la gestion du gouvernement canadien

 Annick St-Hilaire s’inquiète pour son dossier de réunification familiale. Mariée à un Cubain depuis février 2018, elle espère que l’émission du visa de son mari, théoriquement prévue dans deux semaines, ne sera pas trop retardée. 

La Sherbrookoise tient aussi à dénoncer la façon dont sont traités les Cubains par l’ambassade du Canada à La Havane.

« La semaine passée, des Cubains ont reçu un courriel les invitant à se présenter à l’ambassade du Canada à La Havane au cours de la semaine suivante. Ces Cubains ont pris congé et certains ont fait 16 heures de route pour se rendre à La Havane pour se faire dire que le bureau d’Immigration était fermé par l’agent de sécurité. Ça n’a pas de sens », souligne Mme St-Hilaire, qui a rencontré son mari en avril 2016.