Selon Vittoria Esposito, le travail dans les ressources intermédiaires est méconnu, et par conséquent non reconnu à sa juste valeur par le gouvernement québécois..
Selon Vittoria Esposito, le travail dans les ressources intermédiaires est méconnu, et par conséquent non reconnu à sa juste valeur par le gouvernement québécois..

Exode de préposés vers les CHSLD: «On doit éviter la catastrophe»

Vittoria Esposito est en réflexion à propos de son avenir. Propriétaire de quatre ressources intermédiaires établies à Granby et Cowansville accueillant une clientèle ayant des troubles de comportement, notamment des autistes, elle est au bord du gouffre. Jamais elle ne sera en mesure d’encaisser l’exode de ses préposés aux bénéficiaires vers des CHSLD en raison de l’alléchante offre du gouvernement. Et ça la prend aux tripes.

Travailler auprès d’une clientèle vulnérable est une véritable vocation pour Vittoria Esposito. Mais sans son équipe, tout s’effondre. Cette crainte viscérale la pousse à lancer un cri du coeur.

«En 13 ans, j’ai bâti quelque chose de solide parce que je crois que ce que l’on fait est important. Oui, les gens qui sont dans nos ressources sont parfois agressifs. C’est loin d’être facile. Mais il n’est pas question de les laisser tomber. Je ne peux pas. C’est déstabilisant de voir que tout pourrait bientôt [basculer]. Le gouvernement doit réagir. On doit éviter la catastrophe.»

Les quatre établissements que possède Mme Esposito accueillent 30 usagers. Plusieurs d’entre eux ont des déficiences intellectuelles. Certains sont agressifs. Mais la stabilité que leur apportent la vingtaine d’intervenants qui les encadrent, principalement des préposés aux bénéficiaires, fait toute la différence. «J’ai des employés qui sont fidèles depuis 13 ans. Ce sont des gens passionnés. Et il faut l’être pour faire ce qu’ils font jour après jour», a confié celle qui est à la tête de l’organisation.

Mais, cette fidélité a ses limites et commence à s’effriter. «Le gouvernement offre des conditions et un salaire bien au-delà de ce que je peux donner à mes intervenants. Je n’ai pas les moyens de payer 26$/h. Alors, j’ai déjà un employé qui m’a dit qu’il part pour aller dans un CHSLD. Je ne peux pas lui en vouloir, a concédé Mme Esposito. Et je sais que plusieurs autres veulent faire la même chose. C’est un stress énorme pour moi.»

Reconnaissance

Selon Vittoria Esposito, alors que l’on entend parler sur toutes les tribunes de la situation explosive dans les CHSLD, le travail dans les ressources intermédiaires est méconnu, et par conséquent non reconnu à sa juste valeur par le gouvernement québécois.

«Tout est une question de perception. Et je ne veux rien enlever au personnel qui travaille dans les CHSLD. Ce que les préposés font dans ces établissements est très important. Et on doit les payer correctement. Mais, clairement, le programme proposé par le gouvernement pour recruter des préposés va vider les ressources intermédiaires, a-t-elle fait valoir. Et le public doit le savoir.»

En fait, Mme Esposito peut actuellement compter sur une subvention de Québec pour accroître de 4 $/h les salaires des préposés dans son équipe. Or, cette prime, dévoilée en avril dernier par le gouvernement Legault, devrait devenir caduque à la fin août, à moins d’une prolongation par le ministère de la Santé.

En tenant compte de cette bonification «temporaire», la propriétaire de ressources intermédiaires dit payer ses employés autour de 18$/h. Encore bien en deçà des 26$/h, avec un horaire à temps complet, promis à ceux qui optent pour le travail en centres d’hébergement pour y contrer la pénurie de main-d’oeuvre.

Vittoria Esposito, propriétaire de quatre ressources intermédiaires dans la région, craint que son personnel quitte ses établissements en raison des meilleurs salaires en CHSLD.

Victimes

Non seulement l’exode anticipé de son personnel cause bien des maux de tête à Vittoria Esposito, mais le recrutement qui en découle serait un nouvel obstacle de taille.

«Depuis des années, j’essaie d’avoir de nouveaux intervenants. Mais je ne reçois aucun C.V. Le gouvernement doit faire quelque chose. On doit avoir des [incitatifs] au niveau des salaires et des conditions pour attirer des candidats», a mentionné la chef d’entreprise.

Par ailleurs, Mme Esposito souligne à grands traits que les principales victimes collatérales d’un éventuel départ massif d’effectifs en ressources intermédiaires sont les usagers.

«Notre clientèle a besoin d’une routine, de stabilité pour bien fonctionner. S’ils perdent leurs repères, ça ne fonctionne plus. On doit tout faire pour éviter que ça se produise. Le gouvernement a le pouvoir de changer les choses en [subventionnant] une partie des salaires de nos intervenants. Et j’espère de tout coeur que le message sera entendu.»