Depuis la rentrée scolaire 2018, tous les élèves québécois de la première année du primaire à la cinquième secondaire reçoivent sur une base annuelle entre 5 et 15 heures de cours d’éducation à la sexualité.

Exemptions au cours d’éducation à la sexualité: la CSPO dit oui à 90 % des demandes

D’un bout à l’autre de l’Outaouais, la presque totalité des demandes d’exemption acceptées pour le nouveau cours d’éducation à la sexualité dispensé dans les écoles du Québec proviennent de la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSPO).

Au total, 192 des 197 dérogations accordées dans la région l’ont été pour des écoliers fréquentant des établissements de la CSPO, qui accueille 18 500 élèves. Globalement, 214 exemptions ont été sollicitées par des parents d’élèves fréquentant cette commission scolaire.

À la Commission scolaire des Draveurs (CSD), dont la clientèle est comparable (18 000), deux des trois demandes reçues ont été acceptées ; alors que trois dérogations ont été accordées à la Commission scolaire Western Québec (CSWQ), où deux demandes sont actuellement en cours d’évaluation.

Vérification faite par Le Droit, ni la Commission scolaire au-Cœur-des-Vallées (CSCV) ni la Commission scolaire des Hauts-Bois-de-l’Outaouais (CSHBO) n’ont reçu de demande d’exemption pour ce cours.

Depuis la rentrée scolaire 2018, tous les élèves québécois de la première année du primaire à la cinquième secondaire reçoivent sur une base annuelle entre 5 et 15 heures de cours d’éducation à la sexualité, avec des thèmes qui varient selon le niveau scolaire.

La CSPO a été invitée à rendre des comptes au ministre de l’Éducation Jean-François Roberge puisque 80 % des dérogations à travers toute la province ont été accordées dans l’une de ses écoles, a indiqué dans une déclaration écrite son attaché de presse, Francis Bouchard.

« Les exemptions [...] ne doivent se donner que dans de très rares cas, notamment pour les enfants victimes d’agressions sexuelles. Autrement, ces contenus sont obligatoires. À notre sens, les motifs religieux ne peuvent pas être invoqués pour se dispenser du cours d’éducation à la sexualité. Ces contenus ne sont une attaque à aucune religion », affirme-t-il, spécifiant que le programme a été validé par plusieurs experts et que « ces contenus sont essentiels au bon développement de l’enfant ».

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M. Bouchard ajoute qu’une fois que la CSPO aura fourni des explications, « s’il appert qu’il devait exister une faille dans les balises mises en place par le précédent gouvernement », celles-ci seront resserrées.

La CSPO n’a pas commenté la situation, affirmant être en attente de précisions de la part du ministère pour confirmer les chiffres publiés lundi par le Journal de Montréal, même si chaque commission scolaire compile ces statistiques.

Malgré plusieurs demandes, le ministère de l’Éducation n’avait pas été en mesure non plus de valider les chiffres de la CSPO au moment d’aller sous presse. Il s’est contenté d’indiquer que pour être exempté de ce cours, il faut que l’activité ou le contenu puisse causer à l’élève un tort psychologique ; ou encore qu’il puisse porter atteinte à une liberté ou à un droit fondamental garantis par les chartes canadienne et québécoise.

Après une demande formelle d’exemption par écrit, une vérification du caractère sérieux du motif est ensuite effectuée par la direction de l’école, qui peut exiger la production d’un avis fourni par un professionnel ou encore une déclaration sous serment du parent.

Des groupes de pression ?

Sans prétendre que ce pourrait être la cause du nombre élevé de demandes d’exemption dans le cas spécifique de la commission scolaire voisine, le président de la CSD Claude Beaulieu a pris la balle au bond en abordant l’influence croissante que pourraient avoir des groupes de pression advenant l’abolition prochaine des commissions scolaires avec le projet de loi 40.

« Avec ce projet de loi là, il va y avoir de plus en plus de groupes de pression qui vont prendre le contrôle de certaines écoles. Avec l’élection d’un conseil d’administration, s’il y a des gens qui ont des intérêts particuliers, il s’agit juste qu’un tel groupe s’installe et il va prendre le pouvoir. C’est ça, le danger. Présentement, les gens qui sont élus représentent toutes les sphères de la région », dit-il.

M. Beaulieu soutient que les balises actuelles au sujet du cours d’éducation d’éducation à la sexualité, mais qu’il faut donner aux commissions scolaires « les moyens de résister » aux groupes de pression.

« On doit à nos jeunes une éducation sexuelle de qualité. On ne peut pas se permettre de faillir à la tâche », ajoute-t-il.

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UNE «PRESSION SUR LES PROFS» DÉPLORÉE PAR LE SYNDICAT

Ne voulant pas spéculer sur les causes derrière le plus grand nombre de dérogations accordées par la CSPO en lien avec le cours d’éducation à la sexualité, parlant d’un « droit individuel autant pour les parents que les profs », la présidente du Syndicat d’enseignement de l’Outaouais, Suzanne Tremblay, dénonce pour sa part que certains enseignants subissent beaucoup de pression pour enseigner « ce contenu sensible ». 

« Il y a des profs qui décident effectivement de ne pas le dispenser et c’est prévu que ça peut être enseigné par d’autres corps d’emploi. Sauf qu’on est forcé d’intervenir quand même souvent, car malheureusement il y a de la pression mise sur les profs pour qu’ils l’enseignent quand même et on veut que ce droit soit respecté. Il y a un manque de formation. Plusieurs ne se sentent pas prêts, pas assez outillés. Il ne faut pas oublier que les profs sont déjà débordés et qu’on est venu ajouter du contenu à un verre qui est déjà plein. La tâche est très lourde. L’an dernier, ils ont appris qu’ils auraient à enseigner ce cours à la fin juin, alors que tout était effectif dès septembre », se désole-t-elle.

Par ailleurs, Mme Tremblay soutient qu’au-delà des opinions individuelles sur ce cours, les cas d’exemption peuvent devenir un casse-tête à l’intérieur des murs des écoles. 

« Le problème que ça pose, c’est la gestion des élèves. Parfois, on met leur bureau à l’extérieur de la classe, parfois on les envoie à la bibliothèque, etc. Ça devient toute une gestion », note-t-elle.