La styliste Marie-Claude Pichette se dit attristée que ses conseils de mode aient été perçus comme «antiféministes».

Éviter le «mode séduction»: conseils de mode mal reçus à l'UQO [VIDÉO]

Devant des critiques formulées notamment par des membres du corps professoral, l’Université du Québec en Outaouais (UQO) a décidé de retirer une vidéo de sa chaîne YouTube.

La vidéo s’intitulait Les conseils de style gagnants et comprenait des réponses de la styliste Marie-Claude Pichette à la question « Y a-t-il une façon de se vêtir lorsqu’on sert une clientèle étudiante ?».

Mme Pichette y recommande aux professeurs d’éviter des vêtements de « mode séduction », donc « les décolletés plongeants, la bretelle spaghetti, les pantalons trop taille basse et la minijupe ».

La trésorière du Syndicat des professeurs de l’UQO (SPUQO), Louise Briand, soutient que ces conseils visent surtout les femmes, un propos qui fait écho à plusieurs commentaires sur les médias sociaux par d’autres membres de la communauté universitaire.

Programme E3

Dans un court communiqué en réaction à la polémique, l’UQO indique qu’il y avait « un intérêt manifesté par des employés pour la question vestimentaire » et que le programme E3 vise justement à donner la parole à des experts de nombreux domaines « selon les intérêts manifestés par des employés pendant l’élaboration de ce programme ».

« L’objectif du programme et des outils n’étant pas de semer la controverse, mais plutôt d’offrir des sources d’inspiration pour les employés dans leur travail, l’UQO a choisi de retirer la vidéo », annonce-t-on par voie de communiqué en prenant soin de préciser que « les gens sont libres de porter ce qu’ils veulent » et « qu’il n’y a pas de code vestimentaire à l’UQO ».

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Cette vidéo a été produite dans le cadre du programme « Expérience étudiante exceptionnelle » (E3). Le recteur, Denis Harrisson, soulignait que le programme est « un projet important de la planification stratégique 2016-2020 » de l’UQO lors de son dévoilement, au début de l’année.

L’adjointe au recteur et membre du comité qui a élaboré ce programme, France Fouquette, ajoutait que l’objectif était « d’instaurer une vision institutionnelle des services ».

« Si on est en train de me dire que l’expérience étudiante passe par mon habillement, j’ai un sérieux problème », affirme Mme Briand. 

La professeure membre de l’exécutif du SPUQO croit que le programme E3 rate la cible à plusieurs égards et déplore qu’on dépense des fonds publics dans cette initiative. Selon les informations fournies par l’UQO, la production de cette vidéo a coûté 1006,33 $.

« On est en train de faire ce que j’appelle du maquillage. La vraie expérience étudiante, elle se passe dans les cours. Ça passe par une offre de programme et un horaire de cours qui est intéressant pour les étudiants », peste Louise Briand.

La vidéo a été envoyée aux employés de l’UQO dans une infolettre le 24 mai dernier. Cette édition de l’infolettre du programme E3 « met en lumière vos initiatives et des pratiques de service innovantes qui rendent l’expérience étudiante à l’UQO rien de moins qu’exceptionnelle », peut-on lire dans ce message transmis au personnel.

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ATTRISTÉE D'ÊTRE PERÇUE COMME UNE «ANTIFÉMINISTE»

Aspirée malgré elle dans un tourbillon de critiques dirigées à l’endroit de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), la styliste Marie-Claude Pichette se dit attristée que ses conseils de mode aient été perçus comme «antiféministes».

«Avoir su que ça créerait un tollé comme ça, peut-être que j’aurais évité d’associer un vêtement X au “mode séduction”. Ce n’est pas tout à fait ce que je voulais dire. Effectivement, ce n’était pas un bon mot», explique celle qui se dit féministe.

Approchée il y a plus d’un mois par une firme embauchée par l’UQO, Mme Pichette a eu toute une surprise ce matin en voyant qu’une vidéo dans laquelle elle offre son avis d’experte a fait l’objet d’une controverse dans la communauté universitaire.

«Mon propos demeure le même. Pour moi, se vêtir de façon convenable quand on est dans un milieu professionnel, c’est important», soutient la styliste.

Marie-Claude Pichette croit que la vidéo a pu être mal reçue en raison d’une mauvaise perception chez certains qui ont pu y voir une tentative de l’UQO d’imposer un code vestimentaire à ses employés.

«Ce n’était pas l’intention, c’était vraiment juste d’outiller les gens intéressés par la question, affirme Mme Pichette. C’est juste une chronique d’opinion destinée à ceux qui sont intéressés, sinon on continue comme on faisait avant.»