Depuis deux mois, c’est une scène qui se répète au quotidien à l’Aluminerie de Bécancour alors que les lockoutés assurent une présence continuelle sur la ligne de piquetage, dans l’espoir d’une reprise véritable des négociations.

Entre espoir et réalisme

BÉCANCOUR — Deux mois exactement après le déclenchement du lock-out à l’Aluminerie de Bécancour, les deux parties vont se retrouver autour d’une même table, jeudi, en présence du conciliateur. Si le rendez-vous tant attendu représente une lumière au bout du tunnel pour plusieurs syndiqués, leur représentant préfère plutôt aborder le face-à-face avec réalisme.

«On ne sait pas du tout avec quelle attitude ils vont arriver. Le médiateur m’a dit que l’employeur voulait faire une mise au point. On y va de façon positive à la rencontre, mais prudente en même temps pour ne pas créer de faux espoirs au niveau de nos membres», a confié le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse.

Or, tant l’employeur que le syndicat se présenteront à l’hôtel Delta de Trois-Rivières avec leur comité de négociation, ce qui ne semblait pas être le cas initialement. «J’ai l’impression que ça va être une rencontre où on va d’abord établir les positions, non pas dans le sens traditionnel de négocier, mais de voir où on en est, et de quelle façon on entend continuer à travailler là-dessus», croit le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois.

Selon lui, on doit passer du paradigme de l’affrontement à celui de la coopération. «La seule chose qui me préoccupe, c’est de quelle façon les deux parties vont réussir à trouver une façon intelligente de faire de l’aluminium à Bécancour pendant les 25 prochaines années. C’est juste ça que je souhaite», a ajouté le premier magistrat.

Par ailleurs, celui-ci ne cache pas son inquiétude par rapport aux menaces de Donald Trump de taxer l’aluminium. «C’est le genre d’affaire que je souhaite le moins. On a déjà assez d’avoir un conflit ici à l’interne. On n’a vraiment pas besoin de ça. Je m’en serais passé», a-t-il avoué tout en disant attendre les nouvelles avant de prendre une position officielle avec ses homologues de Baie-Comeau et Deschambault.

Pour le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, la rencontre de jeudi est un pas dans la bonne direction pour «partir sur de nouvelles bases». «C’est encourageant. Je ne pense pas que les conditions d’emploi soient un gros problème dans la négociation. Ce que je souhaite, c’est qu’on partage un même objectif de voir à la viabilité de l’entreprise à long terme, c’est quoi les besoins des travailleurs et de la compagnie. Au-delà de tout ça, il faut rétablir le lien de confiance qui, à mon avis, a été extrêmement contaminé», a-t-il commenté.

«Ce sont des gens intelligents des deux côtés, ils vont arriver à des solutions, mais il faut absolument éliminer cette méfiance mutuelle entre les deux parties. Le lien de confiance, il faut qu’il soit rétabli», insiste le représentant de la CAQ.

À ses yeux, beaucoup de facteurs sont à considérer dans le dossier d’ABI, comme la menace d’une taxe américaine, le départ à la retraite de plusieurs employés dans les prochaines années et le besoin de modernisation de l’entreprise.

«C’est dans ce contexte qu’il faut regarder les choses. Il y a une période cruciale dans les prochaines années. C’est une bonne usine, il y a des bons employés, il faut rétablir la confiance et ensemble, comme des partenaires, se donner un plan de match pour réussir», renchérit M. Martel.

De son côté, le député fédéral de Bécancour-Nicole-Saurel, Louis Plamondon, rappelle que tous les intervenants politiques et économiques souhaitaient la reprise des pourparlers.

«La compagnie a compris que ce conflit devait se régler et le syndicat va se présenter à la table de bonne foi. Personne n’a à gagner à poursuivre ce conflit-là», soutient le doyen à la Chambre des communes, qui parle néanmoins de cet «obstacle avec les États-Unis». D’ailleurs, le groupe des sept parlementaires, qui ne veulent plus travailler sous la gouverne de Martine Ouellet, s’apprêtent à «défendre les intérêts du Québec» dans le dossier de la taxe américaine sur l’aluminium.

Pendant ce temps, les appuis envers les lockoutés s’accumulent et le dernier en liste provient d’Unifor. Alors qu’il était à Saguenay au début de février dans le cadre de sa tournée régionale annuelle, le directeur québécois Renaud Gagné a lancé un défi aux sections locales de son organisation. Il leur a ainsi demandé de faire un effort afin que la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean manifeste son soutien aux membres de la section locale 9700 des Métallos.

«Dans un conflit de travail, le nerf de la guerre, c’est l’argent. Il est primordial de se montrer solidaires. Juste ici, régionalement, on se souvient très bien de la générosité exprimée par les syndiqués de la section locale 9700 des Métallos qui ont soutenu sans réserve les travailleurs de Silicium Bécancour lors de leur conflit de travail en 2013 de même que celles et ceux de Delastek dont la grève perdure toujours», a expliqué M. Gagné.

C’est ainsi que plus d’une dizaine de sections locales du secteur de la forêt et de l’aluminium se sont mises ensemble pour récolter la somme de 11 150 $. Dans toutes les autres rencontres régionales de sa tournée, un appel similaire a été lancé et d’autres contributions sont en train de se récolter.

Après le rejet de l’offre finale, les 1030 salariés d’ABI auront été mis en lock-out par leur employeur dès la nuit suivante, le 11 janvier. Depuis ce temps, une seule des trois lignes de production est en fonction.