La coroner Andrée Kronström préside l’enquête publique sur la mort de Lyndia Hamel.

Enquête sur la mort de Lyndia Hamel: une expulsion qui divise le personnel

Trois-Rivières — La jeune Lyndia Hamel aurait-elle dû être expulsée de la Maison Carignan et retournée directement à la prison le soir du 26 décembre 2016, après que les intervenants eurent constaté qu’elle avait consommé des stupéfiants à l’intérieur des murs du centre de thérapie, contrevenant ainsi à l’ordonnance de la cour la concernant? C’est une des principales questions qui a été soulevée mardi, à l’ouverture de l’enquête publique du coroner sur la mort de la jeune femme de 21 ans, le 27 décembre 2016. Une question qui, visiblement, a également divisé les intervenants sur place, à en croire le témoignage de l’un d’eux, Anthony Dessureault.

L’intervenant était en service le 26 décembre lorsqu’un résident est venu lui indiquer que Lyndia Hamel avait admis avoir consommé des stupéfiants, elle qui était rentrée d’une permission de sortie de 24 heures la veille, lui permettant d’aller voir sa mère qui venait de subir un AVC et qui était hospitalisée. Accompagné de sa collègue Fannie Lampron, les deux intervenants ont rencontré la jeune Lyndia afin de lui faire admettre qu’elle avait consommé des stupéfiants.

Après avoir obtenu ses aveux, les deux intervenants ont convenu d’attendre après l’heure du coucher, vers 22h, pour la rencontrer et discuter avec elle. Par la suite, Fannie Lampron serait restée avec elle alors qu’Anthony Dessureault est retourné appeler sa supérieure, la coordonnatrice clinique Audrey Alarie, pour discuter du cas. Selon le témoignage de M. Dessureault, il aurait plaidé en faveur de contacter directement les policiers et d’enclencher le processus d’expulsion, ce qui aurait toutefois été contredit par sa supérieure. Toujours selon son témoignage, Audrey Alarie aurait soutenu «qu’on n’allait pas appeler les policiers un 26 décembre au soir», que l’équipe en rediscuterait ensemble le lendemain, et qu’il n’était pas non plus nécessaire de fouiller sa chambre étant donné que tout le monde était couché et que ça risquerait de réveiller l’aile où dormaient les résidentes du centre.

Il a toutefois été convenu entre M. Dessureault et Mme Alarie de changer Lyndia Hamel de chambre et de la faire dormir avec une autre résidente. Or, une erreur aurait été commise au moment du transfert, alors qu’on aurait plutôt transféré l’autre chambreuse dans la chambre de Lyndia Hamel, chambre qui n’avait pas été fouillée. M. Dessureault s’est questionné, au cours de son témoignage, à savoir si elle n’aurait pas pu avoir accès aux stupéfiants qu’elle cachait dans sa chambre si elle avait été transférée de chambre, tel qu’il avait été convenu.

Le témoin est par moments devenu très émotif, au point qu’il a dû prendre une longue pause pour reprendre son souffle. «J’ai l’impression de mettre du monde dans le trouble», a-t-il lancé à la coroner Andrée Kronström, qui préside les audiences. La coroner a toutefois rappelé à M. Dessureault que l’exercice ne visait en aucun cas à trouver de coupables, mais plutôt à émettre des recommandations pour éviter que de tels scénarios ne se reproduisent.

Le témoin a aussi indiqué s’être rendu à la rencontre de Lyndia Hamel, alors qu’elle pleurait. Elle disait s’inquiéter pour les conséquences qui allaient se produire le lendemain, mais l’intervenant dit avoir fait tout en son possible pour la rassurer et tenter de désamorcer la crise. En aucun temps, selon M. Dessureault, Lyndia Hamel n’aurait manifesté d’intention suicidaire auprès de lui.

Notons par ailleurs que la journée s’est clôturée avec le début du témoignage de Fannie Lampron, l’autre intervenante, qui aura l’occasion ce mercredi de livrer sa version des faits sur cet épisode. Ce sera également le cas pour les coordonnatrices cliniques Audrey Alarie et Marie-Danielle Vézina.

«Remplie de bonnes intentions»

L’oncle de la jeune femme, Alain Hamel, est venu témoigner de sa rencontre avec Lyndia le 24 décembre 2016, soit un peu plus de 48 heures avant sa mort. La jeune femme avait reçu une permission de sortie afin de visiter sa mère à l’hôpital.

Selon M. Hamel, sa nièce lui est alors apparue comme «remplie de bonnes intentions». Lyndia avait trouvé très dur d’apprendre ce qui était arrivé à sa mère et, selon son oncle, avait manifesté son intention de reprendre sa vie en main, de s’en sortir et de venir s’installer de nouveau avec sa mère. À aucun moment, elle ne lui est apparue comme étant dépressive ou suicidaire, a déclaré Alain Hamel.

Le 28 décembre, au lendemain du décès de Lyndia Hamel, c’est lui qui a eu la tâche de se rendre à la maison de thérapie afin de récupérer ses effets personnels. Selon Alain Hamel, l’ambiance était morbide à l’intérieur des murs de la ressource, et tout le monde semblait «sans connaissance» de ce qui s’était produit. Il a alors pu rencontrer le directeur général de l’époque, Alain Poitras, mais n’a pas été mis en contact avec aucun autre intervenant de la maison de thérapie.

Selon une déclaration faite par le surveillant de nuit qui était en fonction à ce moment, c’est une résidente de la ressource qui est venu l’aviser que la jeune femme avait été trouvée inanimée dans son lit le 27 décembre au matin, et il a automatiquement composé le 911 pendant qu’une autre résidente tentait des manœuvres de réanimation sur sa co-chambreuse. Un défibrillateur a également été utilisé, avant que les ambulanciers ne prennent le relais. Son décès a par la suite été constaté à l’hôpital.

La journée a également pu permettre d’entendre le témoignage de deux enquêteurs chargés des deux enquêtes qui ont été menées dans cette histoire et qui, rappelons-le, n’ont menée au dépôt d’aucune accusation criminelle.

Par ailleurs, le docteur Martin Laliberté, spécialiste en toxicologie du Centre universitaire de santé McGill est venu témoigner que la cause du décès de Lyndia Hamel était fort probablement attribuable à la consommation d’hydromorphone, un opioïde cinq fois plus puissant que la morphine. Selon les analyses réalisées après son décès, une dose de Naloxone lui aurait été administrée par les techniciens ambulanciers lors de leur intervention, ce qui n’a toutefois pas pu lui sauver la vie.