Le confinement semble avoir stimulé les gars de QW4RTZ (dans l’ordre: François Dubé, Louis Alexandre Beauchemin, Philippe C. Leboeuf et François Pothier Bouchard) qui multiplient les apparitions créatives sur les réseaux sociaux.
Le confinement semble avoir stimulé les gars de QW4RTZ (dans l’ordre: François Dubé, Louis Alexandre Beauchemin, Philippe C. Leboeuf et François Pothier Bouchard) qui multiplient les apparitions créatives sur les réseaux sociaux.

En isolement avec QW4RTZ: réinventer la vie de groupe

C’est trompeur, un confinement. On se dit que c’est pénible pour tout le monde puis on tombe sur la page Facebook de QW4RTZ et on découvre que le bonheur, lui, n’est enfermé nulle part.

Le quatuor a trouvé dans les médias sociaux un canal privilégié dont les quatre garçons dans le ton semblent tirer le meilleur. Non seulement pour le contenu diffusé mais surtout parce que ce qu’on y retrouve du groupe trahit sa nature profonde. C’est de la musique, de l’humour, un côté bon enfant et surtout, un sens aigu du plaisir. Peut-être même du bonheur.

QW4RTZ fait du bien.

Or, malgré les apparences, ils ont du mérite : les quatre cavaliers de la vocalise sont aussi confinés que n’importe quel plouc depuis plus de deux mois mais leur art est, par définition, collectif. Les technologies de communication ne remplacent pas la chair et les os d’un autre représentant de l’espèce humaine mais peuvent faire illusion.

«Le confinement nous a appris des choses essentielles, dit Philippe C. Leboeuf sur le ton d’une profonde réflexion philosophique. On a appris à mixer!» Ah... bon! Le confinement n’a pas atteint leur sens de l’humour.

N’empêche : ce sont des artistes de scène et l’incertitude qui plane sur leur boulot pèse un peu. «On se tient très occupés comme toujours, poursuit Philippe, mais comme trésorier du groupe, j’observe la colonne des revenus et elle reste vide. Heureusement, on était en assez bonne posture au moment du confinement et on s’en sort encore bien, mais si ça devait durer un an, ça ne fonctionnerait plus.»

«Plein de gens autour de nous ont beaucoup de difficulté, ajoute Louis Alexandre Beauchemin. Ceux qui ont les reins un peu moins solides peuvent difficilement regarder l’avenir.»

L’avenir, il est rendu en janvier 2021. Les spectacles de QW4RTZ prévus à l’automne ont commencé à être reportés à l’année prochaine.

Malgré l’illusion de leurs nombreuses performances sur les réseaux sociaux, le groupe n’a pas chanté véritablement ensemble depuis le 12 mars. Ça leur manque. «J’ai calculé ça récemment et nous vivons la plus longue période sans se voir depuis dix ans, explique François Pothier Bouchard. On a beau se parler, faire des rencontres Zoom, ce qui manque, c’est de ne pas goûter l’a capella. C’est très plaisant de faire des vidéos (il a notamment enregistré un motet à 40 voix qu’il interprète toutes!), de monter des choses chacun de notre côté, mais le direct, c’est de loin ce qui nous procure le plus grand plaisir.»

«On répète toujours chacun de notre côté pour apprendre nos partitions, convient François Dubé, mais le kick d’une scène devant public avec un bon système de son bien équilibré, il n’y aura jamais rien pour battre ça.»

Ils s’interrogent forcément sur le retour. «On va être tellement fébriles, dit Philippe. Et, normalement, la fébrilité, ça veut dire qu’on risque de tous chanter un peu plus haut et d’accélérer les tempos sans s’en rendre compte. La première de notre plus récent spectacle avait duré 1 h 45 alors que par la suite, la représentation durait toujours au moins 2 h 05.»

«Je lisais que les sportifs sont un peu inquiets de leurs performances au retour à la compétition, ajoute la voix de beu. Je dirais que je me sens comme ça. Ça va faire quatre ou cinq mois qu’on n’aura pas chanté ensemble au retour : j’ai un petit stress!»

D’ici à ce que ça arrive, ils s’éclatent sur leur page Facebook avec un quiz en direct tous les vendredis soirs (21 h, notez-le pour être des quelque 500 personnes à les suivre à chaque fois). Au terme du quiz, pour lequel chaque membre arrive avec ses questions inconnues des autres, celui qui récolte le moins de points doit relever un défi musical qui sera reproduit sur la même page Facebook plus tard dans la semaine.

«En plus, on a des projets de plus longue haleine comme la capsule où on parodie la bande sonore du film Aladdin. Juste ça, c’est pas moins d’un mois de travail. Sans Isabelle Larouche, notre coordonnatrice de production, et notre sonorisateur Éric Tessier, on n’y arriverait pas. Ils continuent de travailler avec nous à temps plus que plein.»

Créer leur fait du bien, mais c’est aussi un actif pour le groupe. Une capsule réalisée sur un coup de tête avec un simple téléphone tout juste avant le confinement avec la courte chanson Je me lave les mains aurait été vue tout près de 2 millions de fois. C’est des fois ça, madame.

«Je pense qu’on peut dire qu’on tire le meilleur de cette période difficile, confie Louis Alexandre. Les gens l’apprécient, ça aide à nous faire connaître, mais c’est aussi un exutoire pour nous. On est très conscients d’être sur la corde raide, professionnellement; on ne sait pas si on va pouvoir chanter devant des salles pleines avant bien, bien longtemps. Alors, en attendant, on fait ce qu’on sait faire le mieux.»

«Et ça peut apporter du réconfort à certains. Les personnes âgées et d’autres qui vivent difficilement le confinement peuvent avoir du plaisir à regarder ce qu’on produit. Ça a son petit côté thérapeutique. De notre côté, ça montre que le groupe est solide et que nous sommes résilients, contre vents et marées. C’est certain que ça nous sort de notre zone de confort mais justement, ça nous force à nous renouveler.»

On n’allait pas se dézoomer sans parler de leur second album, un enfant de la pandémie. Comme la galette physique était prête et même livrée juste avant le début de l’isolement et que ceux qui ont contribué financièrement à sa réalisation via la plateforme Kickstarter piaffaient, le quatuor a décidé de le lancer officiellement le 12 juin prochain.

«On va créer un événement virtuel VIP sur Zoom le 11 juin, annonce le comptable. Les contributeurs vont pouvoir s’y greffer. On va raconter des anecdotes de studio, parler des chansons, etc. On va aussi en profiter pour lancer officiellement un vidéoclip. On veut que ce soit original et trippant.»

Dès le 12 juin, Shkabedabedweebeshoobop (eh oui! désolé, ils n’ont rien trouvé de mieux) sera disponible sur les plateformes de téléchargements, le site web du groupe et sur les présentoirs des marchands qui auront ouvert leurs portes.

Et comme ils ne sont pas suffisamment occupés, ils planchent sur le prochain spectacle en collaboration avec Serge Postigo. En fait, ils ont très hâte que cesse le confinement pour enfin ralentir le rythme. Un peu.