Gilles Vandal, spécialiste de la politique américaine, professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke et collaborateur de La Tribune.

Élections de mi-mandat : « Le meilleur des scénarios »

La vague démocrate n’a peut-être pas déferlé, mardi, avec toute la puissance qu’on annonçait, n’empêche qu’elle a suffisamment modifié le rapport de force à Washington pour mettre le président Donald Trump sous contrôle.

« C’est le meilleur des scénarios », n’hésite pas à trancher le spécialiste de la politique américaine Gilles Vandal, professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke et collaborateur de La Tribune.

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L’Amérique selon Gilles Vandal

Car ces élections de mi-mandat, que Donald Trump a lui-même qualifiées de référendum sur ses deux premières années de présidence, viennent de rétablir l’équilibre du pouvoir entre la Chambre des représentants et le Sénat.

En prenant le contrôle de la Chambre, avec une majorité d’une vingtaine de sièges, les démocrates obtiennent les coudées franches pour surveiller l’administration Trump, freiner ses réformes, lancer des enquêtes parlementaires sur certaines décisions, voire déposer des projets de loi sur les soins de santé ou l’imposition de la classe moyenne, par exemple, même si on peut supposer qu’ils seront renversés par le Sénat à majorité républicaine.

« En étant majoritaires, ils pourront jouer pleinement leur rôle d’opposition. Ils devront toutefois faire attention à ne pas faire obstruction, car ils risquent de voir l’opinion publique se retourner contre eux. Il faudra qu’ils soient une opposition constructive », fait valoir M. Vandal. 

Leur majorité est aussi jugée suffisamment confortable pour naviguer jusqu’aux élections de 2020, estime Gilles Vandal. « Même s’il y a des démissions ou que des gens se font battre, ça ne fragilisera pas la Chambre des représentants. »

En gardant le contrôle de l’autre partie du pouvoir législatif, le Sénat, les républicains de Donald Trump peuvent clamer la victoire. Peut-être que ça ne changera rien à l’attitude du président en façade, dit Gilles Vandal, peut-être qu’il continuera à faire des sorties intempestives, « mais il y a bien des choses qu’il ne pourra plus faire. (...) S’il veut obtenir des réussites, il va devoir composer avec les démocrates ».

Cette nouvelle dynamique annonce donc deux années plus tempérées au Congrès.

« C’est une douche froide pour les deux partis, analyse Gilles Vandal. Si les démocrates avaient pris le contrôle des deux chambres, ils auraient pu devenir arrogants. Ç’aurait même été dangereux pour eux pour 2020. Il faut au contraire qu’ils restent modestes eux aussi et conscients qu’ils ont du travail à faire » pour regagner la faveur des Américains.

Les élections de mi-mandat ont par ailleurs apporté de belles surprises selon le politologue.

Notamment l’émergence de nouveaux — et jeunes — leaders chez les démocrates. Gilles Vandal pointe entre autres Beto O’Rourke qui a été à deux doigts de l’emporter contre le républicain Ted Cruz. Cela laisse penser qu’il pourrait se présenter comme colistier de Joe Biden à la présidentielle de 2020.

Espoir

M. Vandal dit aussi sa satisfaction d’avoir vu plusieurs femmes et membres des minorités culturelles l’emporter sous la bannière démocrate. Cela laisse entrevoir de belles perspectives pour l’avenir des bleus. « Les républicains devront faire attention à ce phénomène, car ils risquent d’être perçus comme le parti d’arrière-garde. »

Le verdict des élections de mi-mandat donne donc l’espoir de voir le parti républicain réaligner le tir.

Car si la victoire des démocrates n’a pas été aussi éclatante que prédit, « c’est que le système est trafiqué », explique M. Vandal. Et cela va changer. Par exemple en Floride, les électeurs ont aussi voté mardi en faveur d’un amendement constitutionnel qui rétablit le droit de vote d’un million et demi d’anciens prisonniers qui étaient privés de ce droit pendant cinq ans après voir fini de purger leur peine.

Or cette clientèle, à forte majorité noire, est généralement réceptive aux idéaux démocrates. 

« Contrairement à ce qu’on croit, le trumpisme n’est pas né avec Trump, rappelle Gilles Vandal. Cela a commencé quelques années avant. Les Blancs s’aperçoivent qu’ils sont en train de perdre le contrôle des États-Unis — en 2042, ils seront minoritaires — et ils essaient de pallier ce phénomène en réduisant le droit de vote des minorités, mais ça ne marchera pas toujours. Dans 10 ou 20 ans, avec la montée des latinos notamment, la société américaine sera multiraciale. L’erreur des trumpistes, dans ce contexte, sera d’avoir réduit le parti républicain à un parti de Blancs. »