Au Québec, 1 milliard de bouteilles d’eau en plastique sont mises en circulation chaque année.

Eau embouteillée: trop tôt pour la consigne

Le gouvernement du Québec n’aura finalement pas élargi le programme de consigne aux bouteilles d’eau au cours du présent mandat, tel qu’il le souhaitait dès 2015. Les groupes de pression parlent d’un recul, alors qu’on prétexte au ministère de l’Environnement vouloir faire les choses «dans le bon ordre».

Alors titulaire de l’Environnement, David Heurtel envisageait dès 2015 d’élargir le programme de consigne québécois, notamment aux bouteilles d’eau. Un article de La Presse en mai détaillait même l’échéancier: adoption envisagée du nouveau système de consigne au «printemps 2017». 

Depuis? Rien, ou très peu. Le programme est le même depuis 1984. La position au ministère de l’Environnement n’a pourtant pas changé par rapport à il y a trois ans. Dans un échange de courriels avec Le Soleil cette semaine, on reconnaît à nouveau que la bouteille d’eau est un réel un problème et qu’elles sont trop nombreuses — 700 millions par année — à ne pas être recyclées.   

«Au Québec, 1 milliard de bouteilles d’eau en plastique sont mises en circulation chaque année. […] Ces bouteilles ne sont recyclées qu’à 30 %, car elles sont principalement consommées [ailleurs qu’à la maison], contribuant donc à la pollution par le plastique, un problème environnemental mondial», a écrit une porte-parole du cabinet de la ministre Isabelle Melançon.

Appui populaire 

La population est également en faveur d’une telle mesure, selon des données du gouvernement. Un sondage SOM réalisé en 2017 indique que la consigne sur la bouteille d’eau est une idée «acceptée par 86 % de la population québécoise». Le ministère de l’Environnement convient enfin que «notre système de consigne a plus de 30 ans et mérite une modernisation».

Il a fallu attendre juin 2017 pour qu’un groupe de travail soit créé pour se pencher sur cette modernisation, qui inclut un paquet de mesures et pas seulement l’eau embouteillée.

L’opposition à l’imposition d’une consigne sur les bouteilles d’eau vient en bonne partie des détaillants. Julien Marcotte, attaché de presse de la ministre Melançon, a expliqué vendredi que l’arrivée des bouteilles d’eau dans le programme de consigne pourrait signifier, «d’un seul coup», une augmentation de 30% du volume de contenants consignés à gérer par les commerçants. «C’est un défi de logistique important.»

Pas rendu là

M. Marcotte a laissé entendre que la vision du gouvernement demeurait la même, mais que le chemin pour y arriver serait de toute évidence plus long. «On essaie de faire les choses dans le bon ordre, de mettre tous les éléments en place [avant d’élargir la consigne]. […] On n’était pas rendu là.»

Le ministère manquera de temps pour ajouter certains de ces éléments dans le présent mandat. La fin de session parlementaire approche à grands pas et, ensuite, ce sera la campagne électorale.

Mme Melançon aura eu le temps d’annoncer, plus tôt cette semaine, une enveloppe de 15 millions $ pour les détaillants. L’objectif est de moderniser leurs équipements récupérant les contenants consignés — les gobeuses — d’ici 2021. Chaque commerçant peut obtenir jusqu’à 7500 $ par appareil.

«Les nouveaux équipements permettront des ratios de compaction supérieurs, au moins 30 %, versus les anciens équipements et finalement les équipements pourront offrir le paiement électronique ou le don à des organismes de charité.» De quoi les «aider dans leur gestion quotidienne». 

Les machines modernes peuvent être programmées pour accueillir d’autres contenants, comme les bouteilles d’eau. Mais il ne faut pas y voir un signe, a-t-on pris soin de souligner au Soleil

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«ON RÉGRESSE», DIT LE FRONT POUR UNE GESTION ÉCOLOGIQUE

Pour Karel Ménard, du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, le gouvernement a fait un pas de recul dans le dossier de la consigne.

«C’est très décevant, parce qu’on n’était jamais allé aussi loin dans l’intention de vouloir moderniser et élargir la consigne [en 2015]», a-t-il déploré. «Là, avec Mme Melançon, on fait du surplace, même qu’on régresse.»

M. Ménard a rappelé que le projet présenté par David Heurtel était d’imposer une consigne sur les bouteilles d’eau en plastique, les bouteilles de vin, les bouteilles d’eau minérale et même les contenants de boissons énergisantes. «Le projet de modernisation de la consigne s’est rétréci comme une peau de chagrin.»

Pour lui, il est clair que les grandes compagnies qui mettent en circulation les bouteilles d’eau à usage unique ont de l’influence, tout comme les commerçants. 

«La politique, c’est de faire des choix pour la majorité. Là, les choix ne sont pas fait en fonction de la majorité, les choix sont faits en fonction de quelques gros groupes d’opposants, de lobbys puissants, très riches, et non pas en fonction de la volonté de la population.»

Outre la bouteille d’eau, la pression pour réclamer la consigne des bouteilles de vin est bien présente. La charge est menée par des groupes syndicaux, dont la CSN. Encore la semaine dernière, des militants étaient sur le terrain à l’entrée de certaines succursales de la Société des alcools du Québec partout en province pour faire signer une pétition.