En plus du viol collectif, Blessing Dugbeh a été trouvé coupable de contact sexuel sur une mineure, d’incitation à des contacts sexuels sur une mineure pour les événements du 12 février 2017 ainsi que de menaces de mort et de harcèlement criminel entre février et avril 2018.

Dugbeh coupable de viol collectif sur une ado

Blessing Dugbeh a été reconnu coupable de viol collectif sur une adolescente de 15 ans à Sherbrooke en février 2017.

« Le contexte dans lequel se sont produits ces événements est très troublant. Qu’une bande de garçons peu importe leur nationalité, leur couleur, leur âge, leur affiliation ou leur religion puissent avoir pensé, à notre époque, que deux jeunes filles de 15 ans, dont l’une qui se rendait pour la première fois dans un logement où se trouvaient des jeunes qu’elle connaissait à peine, puissent vouloir participer à ce type d’orgie collective sans que la chose ne soit préalablement discutée ni qu’elle ne consente de façon formelle, expresse et non ambiguë est extrêmement préoccupant », soutient la juge Claire Desgens de la Cour du Québec dans sa décision étoffée rendue, mercredi, au palais de justice de Sherbrooke.

Détenu depuis son arrestation en avril 2018, Dugbeh se verra imposer au minimum une peine de prison de cinq ans étant donné qu’il a été reconnu coupable d’une agression sexuelle en groupe d’une personne de moins de 16 ans.

« Le ministère public va demander plus que l’impositon de la peine minimale compte tenu de la menace subséquente sur les réseaux sociaux », affirme la procureure aux poursuites criminelles, Me Marie-Ève Phaneuf.

En plus du viol collectif, l’homme de 21 ans a été trouvé coupable de contact sexuel sur une mineure, d’incitation à des contacts sexuels sur une mineure pour les événements du 12 février 2017 ainsi que de menaces de mort et de harcèlement criminel entre février et avril 2018.

Debout dans le box des détenus, Blessing Dugbeh a accueilli le verdict sans broncher.

Le débat au procès, qui s’est déroulé en mars, était basé sur la crédibilité de deux témoins, la victime et un adolescent présent dans la chambre, et la fiabilité de leurs dires concernant les agir des six garçons et deux filles présents dans la chambre où se sont déroulés les gestes en février 2017.

Les gestes

C’est à la suite de l’invitation d’une amie pour un chilling que la victime s’est rendue au logement où sont survenus les gestes. La juge souligne que ni alcool ni drogue n’ont été consommés lors de cette soirée.

La plaignante a manifesté qu’elle ne voulait pas faire d’orgie lors du visionnement d’images pornographiques.

La plaignante et le témoin entendu lors du procès se sont d’abord isolés du reste du groupe pour avoir des rapports sexuels.

La juge mentionne que les adolescents, en plus de Dugbeh, sont ensuite arrivés « comme un troupeau » dans la chambre où sont survenus les gestes.

« On comprend l’analogie de la plaignante concernant un troupeau de bêtes incontrôlables », mentionne la juge Desgens.

Les deux témoins confirment que Dugbeh était présent dans la chambre où sont survenus les gestes en cause. Leurs versions confirment que les adolescents et Dugbeh se sont livrés à plusieurs activités sexuelles où plusieurs mains baladaient sur le corps de la victime.

« Certaines de vos actions ressortent clairement », soutient la juge.

La victime a expliqué au procès que tous les adolescents « s’essayaient sur elle » en tentant de la toucher aux seins et à la région vaginale.

« La victime ne se trompe pas sur l’essentiel de ce qu’elle a vécu. Le casse-tête permet de saisir le portait de la situation. La participation de l’accusé est accablante », conclut la juge Desgens.

La juge mentionne que ce qui se dégage de la version des témoins, c’est que la victime répétait qu’elle ne consentait pas aux gestes sexuels.

« Les activités sexuelles semblaient souhaitées par les garçons, mais il en était tout autrement de la plaignante. Rien ne remet en cause que la plaignante a refusé que des activités sexuelles en groupe se déroulent » signale la juge Desgens.

La juge retient que la victime a témoigné que deux gars lui prenaient les mains et que Dugbeh lui prenait la tête en l’obligeant à lui faire une fellation.

« Aucune preuve ne vient contredire que vous étiez celui qui tentait d’arracher les pantalons de la plaignante », mentionne la juge Desgens.

Menaces

Dugbeh a aussi été reconnu coupable de menaces de mort pour avoir mis sur sa story Snapchat un message avec un pistolet et le message « We don’ t call 911, we use » avec deux émoticônes de fusils.

La juge a rappelé que le destinataire de la menace n’avait pas besoin d’en être informé ou que la menace s’adresse à une personne en particulier.

« Personne n’était visé par cette courte vidéo, mais elle a été publiée après l’arrestation de certains de vos amis impliqués dans le dossier pour une affaire similaire. Lorsque la plaignante a visionné ces vidéos, elle s’est sentie visée par ce message qu’elle a perçu comme une menace dirigée vers elle ou un avertissement qu’elle ne devait pas collaborer avec les autorités judiciaires », mentionne la juge Desgens.

Dugbeh n’avait pas témoigné lors de son procès.

L’avocat de la défense Me Guy Plourde et la procureure aux poursuites criminelles Me Marie-Ève Phaneuf vont fixer les observations sur la peine le 27 mai prochain.

L’avocat de la défense Me Guy Plourde

Il risque 15 ans de plus

Ces accusations concernant trois adolescentes de moins de 16 ans comportent des peines minimales de cinq ans pour chacune des victimes alléguées.

« Étant donné qu’il s’agit de victimes différentes, je ne verrais pas pourquoi ce serait des peines concurrentes qui seraient imposées si jamais il est reconnu coupable de ces accusations », signale la procureure aux poursuites criminelles, Me Marie-Ève Phaneuf.

La preuve au procès de l’homme de 21 ans, qui s’est déroulé en mars, a révélé qu’il était porteur du VIH, de là les accusations d’avoir mis la vie en danger des victimes alléguées. 

À la suite du verdict de culpabilité rendu contre lui, Dugbeh a été accusé de sept nouvelles accusations concernant trois plaignantes.

L’une des victimes alléguées aurait été agressée sexuellement entre septembre 2016 et septembre 2017.

Les deux autres plaignantes auraient été victimes d’agressions sexuelles de Dugbeh où il aurait mis leur vie en danger entre juillet 2016 et février 2017 pour l’une et entre mai 2016 et mai 2017 pour l’autre.

Il n’aurait pas informé les adolescentes qu’il était porteur du VIH lors de relations sexuelles, ce qui fait en sorte que le consentement était vicié.

« Ces événements sont survenus avant, pendant et après la période des événements pour lesquels il vient d’être reconnu coupable », signale Me Marie-Ève Phaneuf qui a reporté le dossier au 27 mai en consentement avec l’avocat de la défense Me Guy Plourde.

La procureure aux poursuites criminelles Me Marie-Ève Phaneuf

Victime fiable et crédible

Ni la fiabilité ni la crédibilité de la victime de Blessing Dugbeh n’a été remise en cause par la juge Claire Desgens de la Cour du Québec dans le verdict rendu mercredi sur cinq chefs d’accusation, dont une agression sexuelle en groupe sur une mineure.

« Malgré certaines failles dans son témoignage, il est clair qu’elle ne se trompe pas sur l’essentiel de ce qu’elle a vécu. Le Tribunal ne croit pas la thèse qu’elle a pu inventer des souvenirs en reconstituant sa mémoire (...) Il apparaîtrait farfelu de prétendre que cette adolescente ait pu, sous quelque forme que ce soit, consentir à ce qui s’est passé », estime la juge.

La juge souligne que le témoignage que l’adolescente de 15 ans a rendu au procès de Dugbeh était percutant de candeur.

« Elle n’a jamais cherché à se donner le beau rôle. Elle a admis toutes les difficultés qu’elle avait à cette époque. Elle a mentionné tout ce qu’elle avait fait lors de cette soirée sans détour, mais en regrettant de s’être placée dans une telle situation. Elle devra apprendre à se pardonner à ce sujet », mentionne la juge Claire Desgens.

La juge rappelle qu’à la lumière de la preuve, il apparaît clair que les adolescents présents lors de cette soirée ont été incapables de contrôler leurs pulsions sexuelles. 

« Elle a réussi à bien expliquer la honte qu’elle a ressentie en étant traitée comme un objet lorsqu’elle s’est sentie attaquée par ces garçons qu’elle connaissait à peine », indique la juge Desgens dans sa décision.

Pour ces événements de viol collectif du 12 février 2017 pour lesquels Dugbeh a été reconnu coupable, un accusé mineur a été condamné à une peine de garde fermée, alors qu’un autre adolescent doit subir son procès en chambre de la jeunesse de la Cour du Québec.

Responsabilité d’adulte

Dans sa décision concernant Blesing Dugbeh, la juge a souligné qu’à un certain moment, les adolescents étaient nus et en érection dans la chambre « en sautant comme des enfants dans un magasin de bonbons ».

Le juge Desgens reproche à Dugbeh, comme seul adulte présent, de ne pas avoir pris les mesures pour s’assurer du consentement et de l’âge de la victime dans ce que la juge a décrit comme une véritable débauche.

« Le fait que vous étiez, à 19 ans, l’un des seuls adultes présents dans cette pièce augmente votre degré de responsabilité morale face à ce qui s’est déroulé. Vous n’avez pris aucune mesure ou aucune démarche raisonnable pour vous assurer du consentement de la victime, mais également de son âge. Dans le contexte où une orgie était envisagée, ce qui n’est pas une activité illégale en soi, votre devoir en tant qu’adulte était de pousser encore plus loin l’investigation concernant l’âge des personnes présentes et de vous assurer de leur consentement », croit la juge Desgens.

« À partir du moment où elle a manifesté son refus et qu’elle a répété son refus à plusieurs reprises, elle est crue lorsqu’elle répète avoir dit non tellement souvent qu’il ne se peut pas que vous ne l’ayez pas entendue », ajoute la juge Claire Desgens.