Luc Robichaud et Émile Garneau sont devenus réparateurs de jouets à temps perdu. Ils en ont donné une centaine à des jeunes de l’école primaire l’Assomption, grâce à une collaboration de Kim, enseignante au sein de cet établissement.

Deux retraités se font lutins

Ils n’ont pas les oreilles pointues, ne sont pas de petite taille et ne vivent pas au pôle Nord, mais Luc et Émile sont de véritables lutins. Plutôt que de fabriquer des joujoux pour le père Noël, ils réparent de vieux jouets pour faire briller les yeux des enfants. Et comme les lutins du pôle Nord, ils commencent déjà à préparer Noël prochain.

Amis depuis l’université, les deux retraités Luc Robichaud et Émile Garneau cherchaient un projet de bénévolat. Ayant travaillé auprès des enfants toute leur carrière — le premier comme psychologue à J-H-Leclerc, le deuxième comme enseignant et intervenant au même endroit —, l’idée de réparer des jouets pour les petits leur a plu. 

La bonté attire la bonté, si bien que les deux joyeux lutins ont reçu plus d’une centaine de jouets qui avaient besoin d’amour. Le curé Serge Pelletier et le séminariste Guy Pelletier leur ont offert l’accès à l’atelier situé dans le sous-sol du presbytère de l’église Saint-Eugène ; les Chevaliers de Colomb ont financé l’achat du nécessaire pour réparer les jouets, comme de la colle, de la peinture ou encore les articles manquant à leur bon fonctionnement.

Est alors né l’Atelier du bras droit de Saint-Eugène. Le nom provient de la première statue de Saint-Eugène qui trônait sur l’église du même nom. Celle-ci a un jour été frappée par la foudre et a pris feu. N’en reste aujourd’hui que le bras droit, entreposé dans la salle voisine de l’atelier.

Depuis le printemps, le duo se donne rendez-vous dans l’atelier le mercredi pour réparer des jouets. Parfois, ils rapportent du travail à la maison. Et ils ne comptent pas les heures.

Deuxième vie

Ils ont permis à des voitures de rouler à nouveau. À des toutous de retrouver leur voix. À des jeux d’adresse de redevenir complets. Ils ont vérifié chaque page des livres reçus et ont assemblé des casse-têtes pour s’assurer qu’il ne manquait pas de pièces.

« S’ils sont réparables, on va les rafistoler et les donner à des enfants, explique Émile Garneau. On a réparé des jouets mécaniques. Des jouets électroniques, quand c’est un fil qui est coupé ça peut aller. Mais si c’est la carte maîtresse, on n’a pas les compétences pour ça. »

Ce fut le cas, par exemple, d’un petit ordinateur portable pour enfant. « Ce sont des jouets destinés à des enfants, mais quand on les ouvre, c’est de la haute technologie », renchérit Luc Robichaud.

Une boîte est déjà dans l’atelier pour l’an prochain, mais douze autres bacs les attendent dans le sous-sol de l’église. M. Garneau prend un ourson blanc, le dos ouvert, avec un boîtier noir qui pendouille. « Tu vois ici, on lui a fait une autopsie, mais le boîtier, on ne l’a pas ouvert encore. Est-ce qu’il est réparable ? Je ne sais pas. Mais s’il ne l’est pas, on va couper la boîte, on va remplir l’ourson avec une matière quelconque et ça va faire un toutou normal. »

Une table pleine de jouets réparés attendait des enfants de quatrième année de l’école l’Assomption. Ils les ont emballés puis ont donné ces cadeaux aux enfants de la prématernelle et de la maternelle, le 12 décembre.

Faire exploser le projet

Une centaine de jouets ont ainsi été réparés. Les grands lutins cherchaient toujours quoi en faire lorsqu’une enseignante de l’école primaire l’Assomption, Kim, a embarqué dans le projet. Sa classe combinée de quatrième et cinquième année s’est rendue dans l’atelier pour choisir et emballer des cadeaux qu’ils allaient ensuite offrir à tous les enfants de la prématernelle et de la maternelle de l’école.

« C’est elle qui met en place tout le scénario. C’est ça, la beauté de la chose. Les jeunes étaient fiers de donner leur cadeau et ceux qui recevaient étaient contents de le recevoir, constate M. Robichaud. Notre affaire, c’était en circuit fermé. Ces deux occasions-là, ça a fait exploser le projet. C’était pas juste des jouets qu’on réparait : on a permis à des jeunes de faire plaisir à d’autres. »

Les casse-têtes ont été particulièrement populaires. 

L’enseignante et l’animatrice de vie spirituelle et d’engagement communautaire ont expliqué aux plus vieux le sens de la générosité, indiquent les deux hommes. Ils ont été préparés à penser aux autres, à des garçons et des fillettes plus jeunes qu’eux. Les enfants ont aussi emballé les cadeaux qu’ils avaient choisi de donner. 

Ça se poursuit

« L’animatrice a fait un petit sommaire en disant que c’est beau, le cadeau à l’intérieur de l’emballage, c’est super, mais ce n’est pas ça qui est important. Ce qui est important, c’est l’emballage que vous venez de faire, le temps que vous avez mis là-dessus. On était contents d’en donner, les jeunes étaient contents d’en emballer et les enfants étaient heureux d’en recevoir. Honnêtement, l’intervention de l’école l’Assomption a été un point marquant de ma carrière de réparateur de jouets », lance Luc Robichaud.

Le travail se poursuit: pas de repos pour les lutins qui préparent déjà leur prochain Noël ! Le duo de bénévoles est d’ailleurs prêt à agrandir les rangs du personnel bénévole de l’atelier. Ils recherchent particulièrement un spécialiste du sablage à jet pour quelques jouets de métal qui nécessitent un tel traitement de beauté. Ils montrent plusieurs tonkas de métal, mais aussi une voiturette rouge qui roule très bien (mais qui rouille tout aussi bien !) Un coup de pinceau ne fera pas de tort, laissent-ils tomber.