Gabriel Filippi descendant vers le camp de base du mont Everest, et laissant derrière lui le camp no 1, à 6050 m.

Deux nouveaux exploits pour l’alpiniste Gabriel Filippi

Quand toutes les étoiles sont alignées, pourquoi se contenter de réaliser un seul exploit quand un deuxième peut être réalisé ? Dans une chorégraphie exécutée à la perfection, l’ex-Cowansvillois Gabriel Filippi annonce être devenu le premier Canadien à atteindre le toit du monde pour une troisième fois et devient le premier Québécois à réussir un deuxième sommet de plus de 8000 m en moins de 24 h.

En 24 heures, l’alpiniste d’expérience a mis le pied au sommet de l’Everest, le 15 mai, avant de redescendre au camp no 4 le temps de se reposer un peu. Quelques heures plus tard, il est redescendu au troisième camp pour ensuite affronter le sommet du Lhotse, dont l’altitude culmine à 8516 mètres.

M. Filippi demeure le seul Québécois à avoir fait l’Everest sur ses deux versants, soit par le Népal et par le Tibet. 

« Cette année, je ne voulais pas amener de clients », confie-t-il en entrevue. Il voulait faire l’ascension pour lui, alors qu’il s’occupe de la logistique pour que des clients atteignent le plus haut sommet du monde chaque année.

Il était tout de même accompagné d’un ami. Malheureusement, ce dernier a dû abandonner au camp no 2 en raison d’un problème de santé. C’est donc seul avec son sherpa que M. Filippi a accompli l’exploit en exécutant un plan réglé au quart de tour. Avec quelques heures de retard, toutefois, en raison du besoin de sommeil du sherpa, ajoute-t-il en riant. Malgré le retard, ils ont rattrapé et dépassé un groupe de Chinois partis plusieurs heures avant eux.

« Ça s’est super bien passé. De mes trois sommets de l’Everest, ça a été mon plus beau ! »

Le camp no 3 est l’endroit où se séparent les sentiers pour l’Everest et le Lhotse. Ils sont redescendus du camp no 4 la nuit suivante pour entamer une deuxième ascension en moins de 24 heures. Il avait rêvé du Lhotse en 2015, mais il avait dû laisser tomber en raison du tremblement de terre qui avait causé la mort de 18 personnes sur l’Everest.

« Faire deux sommets de 8000 mètres en dedans de 24 h est considéré comme un exploit dans le milieu. Il y a un Canadien qui l’a fait l’année dernière, mais je suis le premier Québécois. »

Gabriel Filippi, en noir, au sommet du mont Lhotse avec son sherpa Sonam

L’alpiniste ne s’est pas tout de suite rendu compte tout de suite l’ampleur de son exploit. « Je ne l’ai pas réalisé sur le coup. Je l’ai plus réalisé lorsque j’ai eu des messages qui m’ont été envoyés par des amis qui ont de l’expérience en altitude et qui m’ont fait comprendre qu’on venait de réaliser quelque chose de gros. On était beaucoup plus focus sur l’exécution que le reste. C’est sûr que c’était l’fun d’arriver au sommet, mais réaliser qu’on avait réussi ce doublé-là s’est plus faite quand ça a été fini, avec les messages de grimpeurs que j’ai reçus. La chorégraphie a été exécutée à la perfection. Je pense qu’on peut se donner un 10 sur 10 ! »

Il avait déjà atteint le sommet de l’Everest en 2010 et en 2015. Deux autres tentatives avaient aussi avorté en raison de la météo défavorable.

Congestion sur l’Everest

Une belle météo est un facteur primordial pour la conquête de l’Everest. Sachant que 381 permis avaient été vendus par le Népal pour atteindre l’Everest, M. Filippi s’attendait à une congestion sur la montagne. Il n’a pas eu tort. 

Avec l’aide d’un ami météorologue, Garry Hartlin, il a su trouver une fenêtre météorologique favorable pour commencer la montée avant la majorité des alpinistes. Par conséquent, il n’y avait pratiquement personne d’autre sur la route vers le toit du monde.

Il y a un minimum d’un sherpa par alpiniste, ce qui double le nombre d’alpinistes en expédition. Il faut aussi compter ceux voulant atteindre le Lhotse, qui fréquentent les trois premiers camps de l’Everest. Il a voulu éviter la cohue. Une sage décision.

« Je me suis dit que, si je décède sur la montagne, ce sera par ma faute, pas par celle de gens qui n’ont pas les compétences pour faire l’Everest. C’était clair pour moi que je ne voulais pas me retrouver dans une foule de monde. On savait tous qu’il allait y avoir de la congestion. On a changé les plans, la stratégie, on a fait nos devoirs. »

Le Népal délivre les permis pour le sommet du monde sans se limiter. Il suffit de payer les 11 000 $ US pour pouvoir tenter le coup. Il s’agissait d’ailleurs d’une année record. 

Le gouvernement ne pose pas de question sur l’expérience et la condition physique des gens, reproche M. Filippi. 

« Une question que je me pose encore, c’est pourquoi les équipes d’expéditions qui le font depuis des années ont décidé de partir en même temps que tout le monde plutôt que de profiter d’autres fenêtres et minimiser l’impact ? Les clients montaient et voyaient des gens mourir. Et personne n’a levé la main pour faire demi-tour. Les gens veulent le sommet à tout prix. Quand tu pars du camp de base pour la poussée du sommet, tu vas au camp 2, puis au camp 3, puis au camp 4. Tu le vois qu’il y a 300 personnes. Mais personne n’a bronché. »

Il faut savoir qu’il y avait une autre fenêtre météorologique favorable le 27 mai, mais peu en ont profité. Résultat, onze alpinistes sont morts depuis le début de la saison, faisant de celle-ci la plus meurtrière depuis 2015.

M. Filippi croit qu’il faudrait règlementer l’émission de permis en demandant, par exemple, une expérience préalable sur un autre sommet imposant du Népal. Le gouvernement ne serait pas nécessairement perdant puisque les aventuriers paieraient à deux reprises un permis pour réaliser leur rêve. Et une telle façon de faire pourrait éviter ce genre de tragédie.