Deux motocyclistes perdent la vie sur l'autoroute 55

TROIS-RIVIÈRES — Deux motocyclistes ont perdu la vie de façon tragique mardi soir sur l’autoroute 55, à la hauteur du secteur Grand-Mère. Denis Lesieur, 60 ans de Shawinigan, ainsi qu’une jeune femme de 16 ans, dont on ne peut dévoiler l’identité étant donné qu’elle est mineure, n’ont eu aucune chance lorsque leur moto a traversé le terre-plein avant de se retrouver dans la voie inverse de l’autoroute.

Selon les premières constatations, les deux personnes circulaient sur l’autoroute 55 en direction sud sur une moto de style sport. Pour une raison qui demeure encore à être expliquée, la moto aurait frôlé la glissière de sécurité provoquant une perte de contrôle, puis aurait traversé le terre-plein avant de se retrouver sur l’autre voie, en direction nord. C’est à ce moment que les deux motocyclistes ont été éjectés.

Les deux victimes ont été prises en charge par des paramédics et transportées à l’hôpital, où leur décès fut malheureusement constaté.

Une enquête a été ouverte afin de déterminer les circonstances exactes ayant mené à cet accident. Selon la sergente Éloïse Cossette de la Sûreté du Québec, plusieurs hypothèses devront être vérifiées. «C’est certain qu’il y aura une expertise mécanique sur le véhicule, mais nous allons aussi faire une analyse toxicologique sur le conducteur afin de vérifier la présence d’alcool ou de drogues. Est-ce qu’il aurait pu y avoir un bris mécanique sur la moto? Est-ce que la vitesse est en cause? Le conducteur a-t-il subi un malaise? Ce sont toutes des hypothèses qui devront être vérifiées», explique Mme Cossette.

L’autoroute 55 a été fermée dans les deux directions pendant de longues heures, le temps que les spécialistes en reconstitution puissent terminer leur travail d’expertise de la scène. Les automobilistes ont dû effectuer un détour par le secteur Grand-Mère afin de pouvoir rejoindre l’autoroute. 

Vers 8 h 30 mercredi matin, l’autoroute 55 en direction sud a été complètement rouverte à la circulation et les voitures arrivant en direction nord ont pu circuler sur la voie d’accotement qui avait été ouverte également. Peu avant l’heure du dîner, la circulation a pu reprendre complètement dans les deux directions.


Lourd bilan

Les deux décès survenus mardi soir font ainsi grimper à 23 le nombre de décès à moto sur les routes du territoire de la Sûreté du Québec depuis le début de la saison 2018. Ce sont en tout 20 collisions qui auront causé 23 décès à moto. 

Dimanche dernier, un jeune couple trouvait également la mort dans des circonstances similaires à Chertsey, dans Lanaudière.

En 2016, 50 personnes avaient péri à moto sur les routes desservies par la Sûreté du Québec. Ce nombre était passé à 54 en 2017. 

Par ailleurs, en 2016, 2014 motocyclistes avaient été victimes d’un accident à moto, entraînant des blessures dans la très grande majorité des cas, soit une augmentation de 7,6 % par rapport à 2015 et de 9,9 % par rapport à la moyenne de 2011 à 2015.

À Trois-Rivières, où ce genre d’accident se fait un peu plus rare, un seul décès à moto est survenu depuis 2014. Les collisions et pertes de contrôles sont tout de même courantes sur le territoire de la Sécurité publique.

Yves Marcouiller, propriétaire de l'école de moto Techni-pro.

UN LOURD BILAN QUI INCITE À LA PRUDENCE

Le bilan déjà lourd sur les routes du Québec en ce qui concerne les accidents de moto ne laisse personne indifférent, à commencer par Yves Marcouiller. Cet ancien policier à moto et aujourd’hui instructeur rappelle à quel point les motocyclistes sont beaucoup plus vulnérables lorsque survient un accident, un accrochage ou une perte de contrôle.

Motocycliste depuis 44 ans, Yves Marcouiller a fondé l’école de conduite Moto École Techni-Pro à Trois-Rivières, où il enseigne aux apprentis motocyclistes les rudiments de la conduite, mais également les comportements sécuritaires et responsables à adopter sur la route.

«Il faut prendre les moyens pour être sécuritaire, être prévoyant et ce, en tout temps. Il y a une foule de choses qui sont enseignées dans les écoles. Maintenant, une fois que nos élèves nous quittent, nous n’avons pas de contrôle sur les comportements. On espère toujours qu’ils suivent les conseils enseignés», indique M. Marcouiller.

En entendant les circonstances entourant l’accident survenu sur l’autoroute 55, Yves Marcouiller s’est également questionné sur une autre piste de réponse: la possibilité qu’un animal ait subitement surgi de la forêt devant le motocycliste, entraînant la perte de contrôle.

«Lorsque l’on roule la nuit, la visibilité est grandement réduite à moto. On suggère toujours de diminuer notre vitesse de 10 à 15 km/h lorsqu’on roule la nuit que la vitesse où l’on aurait roulé sur cette même route de jour», rappelle-t-il. Les distances de freinage sécuritaires de nuit sont également enseignées aux élèves qui, dans cette école, doivent suivre une formation théorique de 3 heures, suivi de 16h de circulation en circuit fermé et de 10h sur la route. 

D’ailleurs, M. Marcouiller déplore qu’une zone grise demeure encore et toujours avec les exigences de la SAAQ, un sujet sur lequel il avait d’ailleurs déposé un mémoire l’an dernier à l’attention du gouvernement. C’est qu’un conducteur ayant déjà possédé un permis de classe 6 A, donnant le droit de conduire une motocyclette, n’a pas à subir d’examen de conduite sur la route pour le renouveler et ce, peu importe la période durant laquelle il a été inactif à moto.

«Autrement dit, une personne qui n’a pas fait de moto depuis 25 ans ou 30 ans peut ravoir un permis juste avec un examen théorique et un examen de quelques minutes en circuit fermé. Mais il y a trente ans, les motos étaient beaucoup moins performantes qu’aujourd’hui. C’est aberrant qu’une personne qui passe 20 ans sans conduire n’ait besoin que d’un examen en circuit fermé pour reprendre la route», constate-t-il.