Des victimes de Beaudoin se font entendre

Amitié brisée, confiance des parents ébranlée, anxiété envers les étrangers, fin abrupte de parcours scolaire, la vie d’au moins trois adolescentes a été fortement ébranlée par le comportement criminel de Frédéric Beaudoin de Magog.

Reconnu coupable de leurre informatique auprès de 25 adolescentes ainsi que de contact sexuel, trafic de cannabis et possession de cannabis entre janvier 2015 et mai 2016 au début du mois de décembre 2017, Beaudoin subissait, lundi, les observations sur la peine dans son dossier.

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D'autres accusations sont portées contre Frédéric Beaudoin

Frédéric Beaudoin conteste sa déclaration

Beaudoin a utilisé la messagerie privée Messenger de Facebook pour solliciter les victimes. Il a attiré les adolescentes à son logement de Magog par divers subterfuges de sollicitation de services de gardiennes, pour faire du ménage ou vendre des cellulaires.

Trois victimes de Beaudoin ont tenu à se faire entendre devant le tribunal et une quatrième a déposé une lettre.

Deux plaignantes, qui étaient venues témoigner lors du procès avoir passé une soirée chez Beaudoin en attente d’un enfant qu’elles devaient justement garder se sont présentées, lundi, devant la juge Hélène Fabi de la Cour du Québec. 

Assise sur le divan, l’une d’elles avait subi les contacts sexuels de l’accusé qui l’avait touché à un pli de fesse.

L’autre victime avait fumé du cannabis avec lui avant de réaliser qu’elle s’est fait piéger. Elle avait quitté à la course vers un commerce situé à proximité du logement de Beaudoin. 

Leur amitié a été brisée à la suite de ces événements.

Une première victime de 17 ans a lu une lettre au tribunal avant de parler de la méfiance qu’elle avait développée envers les inconnus. Ces événements ont eu des répercussions pour la victime que Beaudoin a touché à une fesse.

« J’ai vécu et ressenti un énorme malaise lors de mes heures chez lui. J’ai eu une crainte de ce qui a pu se passer. J’ai eu peur. Toute ma jeunesse mes parents m’ont mis en garde de ne pas faire confiance à tout le monde. J’ai senti que j’avais perdu la confiance de mes parents. Ça crée des inquiétudes après avoir accepté d’aller garder chez un inconnu. Je reste stressé et méfiante envers les inconnus. J’ai perdu beaucoup de confiance de la part de mes parents. Ils sont encore plus surprotecteurs », a exprimé l’une des victimes de Beaudoin qui a eu peine à retenir ses sanglots.

L’autre adolescente victime de Beaudoin avait eu des conversations électroniques avec lui.

« Je ne réalisais pas l’ampleur que ça pouvait avoir. Une fois sur les lieux, ça prit du temps avant de me rendre compte que quelque chose n’allait pas. Je me sentais mal d’avoir embarqué ma meilleure amie là-dedans. Je réalise que quelque chose de beaucoup plus grave aurait pu se passer. J’ai été prise au piège. Je m’en voulais. J’aurais pu partir avant. Il y a plein de choses que j’aurais pu faire.

Mon père est plus protecteur. Je ne veux pas que ça arrive aux autres membres de ma famille. Je suis plus anxieuse et je vis de l’insécurité. J’ai peur qu’il arrive quelque chose comme ça », indique la victime.

Cette dernière n’a plus jamais été garder d’enfants.

« J’ai eu trop peur. Je reste marquée, mais le plus gros impact est d’avoir brisé mon amitié. Je m’en voulais de l’avoir embarquée là-dedans », signale l’adolescente.

En croisant son amie perdue dans la salle d’audience, l’adolescente a éclaté en sanglots.

Une autre victime de Beaudoin a quitté l’école à la suite de ces événements.

« Il y a eu des changements dramatiques sur sa vie. Elle n’était pas capable de fermer son dépanneur toute seule. Elle paniquait à la vue de clients en fin de soirée. Elle devenait anxieuse. Elle avait peur que tout le monde s’attaque à elle. Elle s’est renfermée. Je lui rappelle qu’elle peut obtenir de l’aide »

Contestation constitutionnelle

La contestation de la peine minimale qui doit être imposée à Frédéric Beaudoin a été reportée. La Cour suprême du Canada doit rendre une décision qui aura une influence sur les représentations des parties au dossier.

L’avocat de Frédéric Beaudoin, Me Guy Plourde, avait annoncé dès le verdict qu’il contesterait les peines minimales qui doivent lui être imposées dans ses divers dossiers à caractère sexuel.

Selon le Code criminel, le leurre informatique est passible d’une peine minimale d’une année de prison pour chacune des victimes.

Ces requêtes seront débattues au même moment que la suite des observations sur la peine auxquelles participera le procureur général.

Le dossier a été reporté au 31 octobre prochain pour fixer la suite des observations sur la peine.

C’est Me Joanny Saint-Pierre qui représente le ministère public dans cette affaire.