«Des excuses sans des changements ne sont qu’une manipulation. “Le chef” peut présenter des excuses, mais cela ne se répercute pas au sein des rangs et dans la rue. C’est là qu’on va constater s’il y a du changement: dans les interactions individuelles des policiers avec un membre de la communauté», a déclaré l'ancien policier Calvin Lawrence.

Des excuses ne suffisent pas pour diminuer le racisme, dit un ex-policier

OTTAWA — Un policier noir à la retraite, qui a écrit sur le racisme au sein des forces policières au Canada, estime que les excuses formulées par le chef de police de Halifax ne seront pas suffisantes pour améliorer les relations entre les forces de l’ordre et la communauté noire de la Nouvelle-Écosse.

Calvin Lawrence reconnaît que ce repenti manifesté par les autorités est un bon début, mais les agents de police patrouillant dans les rues devront changer d’attitude si on veut observer des changements réels. Selon lui, il faudra aussi recruter davantage de policiers noirs.

«Des excuses sans des changements ne sont qu’une manipulation, a-t-il déclaré. “Le chef” peut présenter des excuses, mais cela ne se répercute pas au sein des rangs et dans la rue. C’est là qu’on va constater s’il y a du changement: dans les interactions individuelles des policiers avec un membre de la communauté.»

M. Lawrence, un ancien policier de la police de Halifax et de la GRC, a écrit le livre Black Cop racontant ses 36 années de carrière. Il y relate aussi ses expériences avec le racisme.

Vendredi, le chef de la police de Halifax, Daniel Kinsella, a officiellement présenté des excuses à la communauté noire de la Nouvelle-Écosse pour la pratique des contrôles de routine, affirmant que la police regrettait les actes qui avaient causé de la souffrance, de mauvais traitements et de la victimisation.

Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a déjà annoncé qu’il interdirait définitivement cette pratique le mois dernier, après que le juge en chef à la retraite, Michael MacDonald, eut manifesté publiquement son avis que cette pratique était illégale telle qu’elle était mise en œuvre dans la province.

L’analyse de M. MacDonald a conclu que la pratique consistant à arrêter des citoyens — particulièrement des membres de la communauté noire — de manière aléatoire, à recueillir des informations, puis à les conserver dans des fichiers, contrevient aux droits des citoyens en vertu de la Constitution et de la common law.

«Pourquoi maintenant?»

M. Lawrence dit qu’il aimerait savoir pourquoi il a fallu si longtemps à la force pour reconnaitre le problème.

«Si on dit que cela pose un problème, pourquoi ne l’a-t-on pas dit dès le premier jour? Pourquoi maintenant? Conviennent-ils que c’est un problème uniquement parce qu’il a des blancs bandés de diplômes qui le disent? Si des noirs le disaient déjà, pourquoi ne les a-t-on pas entendus?», s’interroge l’ancien policier.

M. Lawrence a quitté la police de Halifax en 1978 pour se joindre à la GRC.

Dans son livre, l’auteur dit avoir eu à subir des comportements racistes à Halifax et au sein de la GRC. Des efforts ont notamment été entrepris pour bloquer ses promotions.