Plusieurs parents travaillant dans la fonction publique se retrouvent dans le dilemme d'envoyer leur enfant à l'école, quitte à écoper financièrement. 
Plusieurs parents travaillant dans la fonction publique se retrouvent dans le dilemme d'envoyer leur enfant à l'école, quitte à écoper financièrement. 

Des employés de l’État sans salaire s’ils n'envoient pas leur enfant à l’école

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
Le premier ministre et son ministre de l’Éducation le répètent : les parents ne sont pas obligés d’envoyer leurs enfants à l’école ou à la garderie, malgré les réouvertures postconfinement. Sauf que plusieurs employés de l’État se retrouveront sans salaire s’ils font ce «choix».

La Société des traversiers du Québec offre l’exemple parfait des limites de la proposition gouvernementale. Une note interne, transmise au Soleil, indique clairement que «les employés qui choisissent de ne pas envoyer leur enfant à l’école, au service de garde ou à la garderie» devront vider leurs banques de vacances et congés s’ils veulent recevoir un certain montant d’argent. Car leur salaire ne sera pas versé: «Le traitement ne sera pas maintenu.»

Ils ne perdront pas leur emploi. Mais ne seront plus payés.

Invitée à préciser, la directrice des communications et du marketing, Julie Drolet, explique que les travailleurs «opérationnels» des 13 traverses sont visés par cette directive, pas ceux de l’administration. Ainsi, plus de 80 % des employés de la STQ sont touchés.

Les quelque 17 % de cadres, techniciens et professionnels des bureaux sont en télétravail et pourraient le demeurer, incluant les papas et mamans s’ils réussissent à jumeler enseignement et boulot.

Mais le gros contingent — officiers de navigation, mécaniciens, autres membres d’équipages, bosseurs de quai et des ventes — se retrouve donc face au dilemme : envoyer les enfants à l’école et travailler ou garder les enfants à la maison et ne plus toucher de salaire.

Travailler après l’école

En fait, il y a une troisième option, ajoute Mme Drolet. 


« L’employé qui fait le choix de garder ses enfants à la maison peut offrir des disponibilités à la STQ en dehors des heures scolaires et en fonction des horaires de service. Il sera alors rémunéré pour le temps travaillé. »
Julie Drolet, directrice des communications et du marketing à la STQ

Il y a donc une ouverture à donner des heures à ces travailleurs, après l’école et la garderie. Pourvu qu’il y ait quelqu’un à la maison pour s’occuper des petits.

Julie Drolet assure, en outre, que la direction aura une oreille attentive pour ses soldats qui frapperont un mur : «L’employé qui n’a pas le choix, donc pour qui il est impossible de retourner ses enfants à l’école ou la garderie (condition médicale, manque de place à l’école ou garderie, etc.), peut offrir des disponibilités à la STQ en dehors des heures scolaires et en fonction des horaires de service. Dans ce cas, la STQ compensera son salaire jusqu’à concurrence de son salaire régulier.»

Bien sûr, puisque la Société des traversiers demande à ses troupes de reprendre le travail de terrain, c’est que le nombre de traverses est appelé à croître au fur et à mesure que le Québec reprend sa marche. «Effectivement, nous travaillons sur le plan de reprise graduelle des services de la STQ.»

Pour tous les fonctionnaires

La voie empruntée par la STQ pour gérer le retour des travailleurs, incluant le «choix» présenté aux parents de jeunes enfants, est en droite ligne avec la directive de l’État québécois.

«L’employé qui choisit de ne pas envoyer son enfant à l’école verra son traitement maintenu s’il fournit sa prestation de travail, en télétravail», énonce Le chef d’équipe aux affaires publiques du Conseil exécutif et du Conseil du trésor, Antoine Tousignant.

Il recevra aussi de l’argent «s’il demande à bénéficier d’un congé conformément aux dispositions prévues à ses conditions de travail».

Cependant, M. Tousignant ouvre toute grande la porte à une exception humanitaire : «À noter que si un employé — ou son enfant — fait partie d’une clientèle vulnérable, il pourra garder ses enfants à la maison et son traitement sera maintenu. Considérant que les facteurs de risque peuvent varier et se combiner entre eux, chaque situation particulière devra être évaluée au cas par cas.»

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DÉCONFINEMENT DES FONCTIONNAIRES: LIEUX TRANSFORMÉS, TÉLÉTRAVAIL FAVORISÉ 

L’État québécois n’est pas encore prêt à battre le rappel de l’ensemble des fonctionnaires. Mais il est déjà acquis que les lieux de travail seront transformés pour se plier aux directives d’hygiène et d’éloignement. Aussi, que le bureau à la maison sera «favorisé».

Malgré la reprise accélérée des activités après le confinement, le gouvernement n’a pas statué sur le retour de ses employés. «La décision de ramener l’ensemble du personnel dans les bureaux sera prise ultérieurement», nous écrit le chef d’équipe aux affaires publiques du Conseil exécutif et du Conseil du trésor, Antoine Tousignant.

Il se veut rassurant : «Le personnel de l’État est présentement au travail, soit physiquement dans les bureaux ou encore en télétravail.»

N’empêche, viendra bien le temps où les cadres voudront voir leurs soldats dans les lieux de travail habituels. M. Tousignant en convient : «Les dirigeants de chacun des ministères et organismes devront prévoir un plan de reprise graduelle des activités normales en milieu de travail.»

À leur arrivée, les fonctionnaires constateront cependant qu’il y a eu des changements. «Les environnements de travail seront appelés à être modifiés pour se conformer aux directives de santé publique.»

Et il y aura un ouverture nouvelle : «Le télétravail va continuer d’être favorisé». Baptiste Ricard-Châtelain