Le premier ministre Francois Legault lors de l'annonce des maternelles 4 ans

Des coûts six fois plus élevés que prévu pour les maternelles 4 ans

La construction de chaque nouvelle classe de maternelle 4 ans coûtera en moyenne 800 000 $. Malgré ce coût six fois plus élevé que l’estimation faite en campagne électorale, le gouvernement caquiste ne recule pas et souhaite toujours offrir ce service à toutes les familles québécoises qui le désirent.

Le premier ministre François Legault n’a pas voulu «blâmer les gens qui ont fait ces estimés» d’une promesse phare de son parti en campagne électorale. Il explique toutefois qu’il n’est pas facile de faire des prévisions «quand on regarde l’information dont on dispose dans l’opposition».

Maintenant qu’il a les bons chiffres en main, révélés d’abord par La Presse, le premier ministre explique que le coût de ces classes, similaire au coût de chaque nouvelle classe au primaire, sera amorti sur 40 ans. «On doit bien ça à nos enfants, 20 000 $ par année pour être capables de leur offrir ce qu’il y a de mieux», a-t-il justifié. 

Si l’objectif de la Coalition avenir Québec (CAQ) reste toujours de rendre accessibles les classes de maternelle 4 ans partout au Québec, le premier ministre croit qu’il faudra s’ajuster à la demande et au choix des parents. «Il y en a qui sont très satisfaits des services offerts dans les CPE [centres de la petite enfance] et qui vont rester dans les CPE.»

À l’étude des crédits, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a cherché à se faire rassurant en disant qu’aucun projet de construction ou d’agrandissement d’une école primaire ou secondaire ne serait pénalisé pour faire de la place aux maternelles 4 ans. «On va pas déployer la maternelle 4 ans au détriment d’autres services.»

Dans un sondage mené auprès des commissions scolaires et rendu public mardi, le ministère de l’Éducation constate qu’il faudrait 5198 classes pour accueillir tous les enfants de 4 ans dans les écoles. Le nombre de classes disponibles dans le réseau est de 1888 à l’heure actuelle, si bien que les autres devraient être construites. 

Locaux et profs disponibles

M. Roberge a confirmé que son gouvernement prévoit ouvrir environ 3000 classes de maternelle 4 ans d’ici 2023, en commençant par les commissions scolaires qui ont des locaux et des enseignants disponibles. 

La députée péquiste Véronique Hivon a déploré la façon de faire du gouvernement, qui base ses décisions sur les locaux disponibles, au lieu de baser sa réflexion «sur les besoins des enfants». 

La députée libérale Marwah Rizqy a quant à elle dénoncé le fait que le gouvernement force l’implantation des maternelles 4 ans mur-à-mur «à n’importe quel prix, même si c’est le gros prix». 

Mme Rizqy estime que les parents du Québec n’ont jamais demandé d’obtenir ce service. Ce à quoi le ministre Roberge réplique que les 250 nouvelles classes prévues pour la rentrée de septembre seront bel et bien toutes ouvertes, parce que les parents sont au rendez-vous et qu’il a de «l’appétit» du côté des commissions scolaires. Cet ajout portera le nombre total de classes de maternelle 4 ans à 644 au Québec. 

Avant de se lancer dans ces dépenses, la députée solidaire Christine Labrie a demandé au gouvernement, dans une motion, «de comparer les coûts du déploiement universel des maternelles 4 ans au coût du déploiement universel des CPE, ainsi que les retombées potentielles de ces deux options sur la réussite éducative, afin de s’assurer que les fonds publics sont investis de manière à favoriser la réussite d’un maximum d’élèves». Une demande que la CAQ a refusée.