Des ateliers sur la sensibilisation aux stéréotypes et à l’homosexualité ont été retirés dans des écoles de Sherbrooke à la suite de la plainte d’un parent.

Des ateliers de sensibilisation à l'homosexualité retirés de l'horaire

Des ateliers sur la sensibilisation aux stéréotypes et à l’homosexualité ont été retirés dans des écoles de Sherbrooke à la suite de la plainte d’un parent.

« C’est près de 100 jeunes qui seront privés de nos ateliers en raison de la ténacité d’un parent. Il faut se questionner sur le message qu’on envoie à ces jeunes en arrêtant promptement ce programme. Cet acte ne correspond en aucun cas aux valeurs que prône la société québécoise avec sa charte des droits et de libertés de la personne », déplore la directrice générale de Prima Danse, Katrina Journeau.

En novembre 2017, Prima Danse a entamé son programme de quatre ateliers sur la sensibilisation aux stéréotypes de genre dans les écoles primaires et secondaires des régions de Lanaudière, Sherbrooke et Québec. Ce programme de sensibilisation à travers la danse est soutenu financièrement par le ministère de la Justice.

Une école primaire de Sherbrooke a fait avorter le programme, le 16 novembre dernier, à la suite d’une plainte d’un père. La plainte aurait eu lieu le soir même du deuxième atelier, soit celui où Prima Danse montre des photos du projet Les couples imaginaires d’Olivier Ciappa. Les photos exposent plusieurs célébrités en situation de couple. Étienne Boulay, David Testo, Guy Lepage et Dany Turcotte ont notamment participé au projet.

« Selon les propos du parent, les enfants de cette classe de 6e année se seraient sentis humiliés par le visionnement de ces images. La présentation de cette photo s’insère dans le cadre d’une sensibilisation encadrée avec des animateurs formés pour répondre aux interrogations des jeunes. Ces photographies présentent pourtant des couples amoureux et ne contiennent aucune trace de vulgarité. L’objectif d’Olivier Ciappa était justement d’éduquer la rétine de ceux qui ont la tête pleine de clichés face à l’homosexualité, pour que ces images effacent leurs idées mensongères. Au final, les gens ne gardent que l’essentiel des photos : l’amour », note Mme Journeau en citant le photographe.

Le soir même de l’atelier, le père en question aurait appelé d’autres parents, puis aurait ensuite contacté la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS) et exprimé sa plainte directement à l’enseignante de la classe concernée le lendemain.

Le 22 novembre, Prima Danse était censé offrir ce même programme à une école secondaire de Sherbrooke. La veille, après avoir entendu parler de la plainte du père, la directrice adjointe de l’école a signifié à l’organisme qu’elle suspendait le programme.

Traitement différent à Sherbrooke et Montréal?

Selon les faits rapportés par Prima Danse, le parent en question considère également que l’homosexualité ne peut être traitée de la même façon à Sherbrooke qu’à Montréal. « On considère cela préoccupant sachant que les jeunes homosexuels en contexte régional sont confrontés à une réalité différente, mais ont des besoins identiques. Dans l’ouvrage Homosexualités : Variations régionales, il est mentionné que l’impact de vivre dans de plus petites communautés, que le manque de modèles ainsi que l’absence de ressources et de réseau social peuvent avoir comme conséquence l’isolement des personnes homosexuelles.  ».

« Parmi cette classe de 6e année, il est possible que certains jeunes se posent déjà des questions en ce qui concerne leur orientation sexuelle ou s’en poseront d’ici quelques années. Que retiennent donc ces enfants face à l’annulation d’un atelier sur l’homosexualité? Sûrement le sentiment et l’impression qu’être homosexuel est négatif et mal perçu en société », mentionne Mme Journeau.

À la suite des événements, Prima Danse a tenté de contacter par écrit et par téléphone la direction de l’école primaire afin de proposer d’adapter l’atelier ou d’offrir une séance de sensibilisation parents-enfants afin de bien saisir l’enjeu qui se présentait dans ce contexte. La CSRS a aussi été contactée. Prima Danse n’a eu aucun retour d’appel.

Depuis 2010, Prima Danse offre ses ateliers de sensibilisation à travers la danse en traitant de divers enjeux sociaux tels que l’intimidation, l’affirmation de soi, l’hypersexualisation sociale, l’intimidation et l’homophobie. C’est la première foisque l’organisme reçoit une plainte concernant ses ateliers.

Plus de 20 000 jeunes ont été touchés dans plus de 30 pour cent des commissions scolaires de la province équivalent plus de 1000 ateliers donnés depuis maintenant 7 ans. Environ 20 pour cent de ces ateliers traitaient d’homophobie.

La CSRS réévaluera sa collaboration avec Prima Danse

«À la suite d’un atelier de sensibilisation sur l’homophobie animé par Prima Danse dans l’une de nos écoles primaires, des préoccupations ont été soulevées quant à certains éléments d’animation qui ont questionné des membres du personnel et plusieurs parents», selon la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke.

Face à cette situation, la CSRS a recommandé à ses écoles de prendre le temps de voir à mieux concilier les objectifs pédagogiques de l’atelier offert par Prima Danse et les préoccupations des parents.

«La CSRS a déjà identifié un conseiller pédagogique pour travailler en collaboration avec l’organisme», ajoute l’organisation, précisant que la pertinence de cette collaboration sera réévaluée, considérant tous les autres organismes prônant la tolérance, l’inclusion et la bienveillance qu’elle choisit d’accueillir dans ses écoles.