Le ministre des Transports du Québec, François Bonnardel, a rencontré les maires de Bolton-­Ouest (Jacques Drolet, à droite) et de Bromont (Louis Villeneuve, à gauche) sur les lieux du déraillement survenu samedi.

Déraillement de train à Bolton-Ouest: le ministre des Transports se rend sur les lieux [VIDÉO]

Alors que l’identité du prochain ministre des Transports du Canada ne sera connue que mercredi, celui du Québec, François Bonnardel, a visité les lieux du déraillement de six wagons de marchandises, survenu samedi à Bolton-Ouest. Lundi en après-midi, le ministre responsable de l’Estrie y a rencontré Jacques Drolet, maire de Bolton-Ouest, et Louis Villeneuve, maire de Bromont et président de l’Alliance du corridor ferroviaire Estrie-Montérégie (ACFEM), tandis que des employés de Central Maine & Quebec Railway (CMQR) étaient sur place pour réparer la voie ferrée.

La machinerie était à l’œuvre pour remplacer les rails et les traverses de ce tronçon abimé par le déraillement. Six wagons en queue de train se sont renversés tout près du chemin de Brill, fermé depuis, et du chemin Mizener. Un septième wagon est quant à lui demeuré sur les rails et a été récupéré par un convoi lundi.

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M. Bonnardel a observé les travailleurs à l’œuvre avant de s’adresser aux médias sur place. Il s’est dit inquiet de l’état du réseau ferroviaire entre Farnham et Lac-Mégantic.

« J’ai toujours eu l’impression qu’on faisait le strict minimum pour s’assurer que le réseau était viable, sinon on réduisait la vitesse des wagons, commente le ministre et député de Granby. [...] Et un déraillement comme celui-ci, qui ne fait pas de dommages comme tels à l’environnement, amène les maires à être inquiets de la situation. »

Selon lui, il faut plus que des réparations en surface pour rendre la voie ferrée sécuritaire. Des investissements importants sont nécessaires et il espère que Transports Canada fera son possible pour que ces travaux soient réalisés, d’autant plus qu’un important projet, consistant à du transport de marchandises et de passagers, concerne la ligne Montréal-Sherbrooke.

Travaux imposés

Transports Canada a par ailleurs émis un arrêté ministériel, en septembre, pour imposer des travaux et des inspections plus régulières à CMQR, qui est toutefois à vendre depuis quelques semaines.

Une première inspection a été réalisée par ultrasons en octobre. Le rapport, remis à Transport Canada, est toujours en analyse, mais tout porte à croire que les correctifs ont été apportés là où il le fallait, entre Farnham et Lac-Mégantic, par l’entreprise américaine, nous assure-t-on du côté de Transports Canada.

« Encore une fois, c’est le minimum, croit le ministre des Transports du Québec. On le sait, il y a énormément d’argent à investir sur le réseau pour la suite des choses, surtout si on veut amener un réseau de transport de passagers. Je sais très bien que les futurs propriétaires vont nous dire qu’ils veulent faire du transport de marchandises. C’est ce que les villes veulent aussi, on n’a pas de problème à joindre les deux. Mais à la fin, il faut peut-être hausser les normes de sécurité, s’assurer que ce n’est pas le strict minimum qu’on fait sur ce réseau pour sécuriser les gens. »

Des millions à investir

Selon un rapport sur l’actualisation et la bonification des infrastructures logistiques ferroviaires entre Sherbrooke et Montréal, produit en avril dernier par Bluejay Advisors, un investissement de 91 M $ serait nécessaire pour mettre à niveau le chemin de fer. Depuis que CMQR a racheté le réseau à MMA il y a cinq ans, 20 M $ ont été investis pour remettre les rails en états, selon Radio-Canada.

« On les voit à l’occasion sur le réseau. Est-ce qu’ils font des corrections ou juste des sondages ? C’est difficile à dire parce que, lorsqu’on leur parle, on n’a aucune réponse, expose le maire Jacques Drolet, qui déplore ne jamais réussir à obtenir de réponses à ses questions chez CMQR. C’est toujours bouche cousue. On leur demande que ce soit sécuritaire. On a un ruisseau qui est juste à côté du site du déraillement. Si un wagon avec des produits chimiques tombe dedans, Bromont n’a plus d’eau pour des semaines, voire des mois. C’est une très grande préoccupation qu’on a. »

Un représentant de CMQR est à la table de discussion de l’ACFEM. Est-ce que le président de l’alliance s’attend à le voir à la prochaine rencontre, jeudi prochain ? 

« Je ne sais pas ! Je vous dirai ça jeudi. »

Nouveau ministre

Le gouvernement minoritaire libéral nommera son conseil des ministres mercredi, après l’assermentation des députés. L’identité du ministre des Transports du Canada sera alors connue.

« Quand je vais rencontrer le ou la ministre des Transports, ça fera partie des sujets de discussion. C’est prioritaire. [...] Le transport de marchandises, c’est important. Ça réduit les GES. On veut réhabiliter le réseau pour avoir du transport de passagers entre Sherbrooke et Montréal. C’est une demande des élus, encore une fois, pour réduire les gaz à effet de serre et les camions sur nos routes. Mais il faut que Transports Canada soit capable de mettre son poing sur la table et d’insister, encore une fois, pour que la société investisse plus. »

Il souhaite de plus que l’arrêté ministériel du ministre Marc Garneau­ soit transmis à la société qui se portera acquéreuse du réseau de la CMQR. 

« J’ose espérer que Transports Canada va s’assurer que la société qui deviendra propriétaire de ce réseau fera tout pour investir le maximum pour sécuriser le réseau. »

Des subventions sont disponibles, souligne Louis Villeneuve­, mais la demande doit être faite par le propriétaire de la voie ferrée, et non par les maires des municipalités où passent les trains. Une collaboration est attendue entre les différentes parties pour faire avancer le projet de l’ACFEM.

Marc Garneau, ministre sortant de Transports Canada, suit la situation de près, fait-il savoir via le service des communications. 

« Je réitère que la sécurité ferroviaire demeure ma priorité absolue et je continuerai de faire tout en mon pouvoir pour l’améliorer, fait savoir M. Garneau. Transports Canada a envoyé deux inspecteurs sur le site du déraillement à Bolton-Ouest. Aucun compromis ne peut être fait lorsqu’il est question de sécurité ferroviaire. »

Les inspecteurs étaient sur place, dimanche, et un enquêteur du Bureau de la sécurité des transports se penche aussi sur la situation.

Le chemin de Brill et le chemin de fer devraient être rouverts mercredi, selon les informations obtenues par M. Drolet. Le rapport du BST est pour sa part attendu d’ici 200 jours.