L’usine de cannabis que le président d’Exflora, Dany Leclerc, souhaite bâtir serait située dans le parc industriel de Pintendre.

Déjà des clients pour la future usine de cannabis de Lévis

Une première usine de cannabis dans la région devrait pousser cette année à Lévis, si Santé Canada donne son feu vert. L’entreprise Exflora dit d’ailleurs avoir déjà trouvé des clients intéressés à acheter la presque totalité de sa production, soit 8 à 10 millions de grammes de marijuana thérapeutique par an.

La première pelletée de terre du bâtiment de 48 000 pi ca pourrait avoir lieu dès mars ou avril, si Santé Canada accorde la licence. L’achat à la Ville de Lévis du terrain de la rue Ferblantier, dans le parc industriel de Pintendre, est conditionnel à l’approbation de l’agence fédérale.

Le président d’Exflora, Dany Leclerc, explique que la demande a été déposée il y a plus de cinq mois. Le dossier est complet, mais encore à l’étude. Il faut entre autres vérifier les antécédents judiciaires des demandeurs.

Le processus complet peut durer plus d’un an, indique une porte-parole de Santé Canada, tout en précisant que les délais dépendent de plusieurs facteurs, dont la complexité de la demande.

L’usine coûtera environ 18 millions $ à construire. L’entreprise emploiera entre 20 et 30 personnes. Le montage financier reste à compléter, mais M. Leclerc est confiant que l’argent sera au rendez-vous lorsque Santé Canada donnera son aval. Les investisseurs locaux qui sont dans la mire apporteraient «une expertise», et non seulement des deniers.

Marché à prendre

Dany Leclerc est aussi l’homme d’affaires derrière SansZo, des produits nettoyants sans eau pour les voitures. Pourquoi le cannabis? «Je suis passionné d’affaires, peu importe les projets», note-t-il. Il avait observé, il y a environ deux ans, que le Québec traînait de la patte alors que l’Ontario avait déjà plus d’une trentaine de producteurs licenciés et la province seulement un. «Il y avait une opportunité d’affaire évidente qui était là.»

Même si la marijuana sera légalisée dans les prochains mois, Exflora ne vendra au départ que du cannabis thérapeutique, sous forme d’huile, de fleur ou de gélules. «Actuellement, on est en pourparlers avec de futurs clients qui achèteraient pratiquement déjà toutes nos productions. Alors on n’a pas besoin d’aller dans le récréatif à ce stade-ci», explique M. Leclerc. Le père de famille admet d’ailleurs qu’il a déjà eu des réticences avec la légalisation du pot. Mais à force de lire sur les bienfaits, il a changé tranquillement son fusil d’épaule.

«Travailler dans un secteur d’activités qui va soulager et faire du bien aux gens, c’est ce qui me passionne. C’est ce qui crée l’âme du projet. Mais j’ai quand même une certaine ouverture d’esprit depuis ce temps-là, et je pense qu’il vaut mieux éduquer les gens que les empêcher de faire quelque chose.»

Exflora veut produire un cannabis de niche, avec des plantes génétiquement choisies pour des traitements précis et non faire de la production de masse pour vendre au plus bas prix.

Expansion et produits dérivés

L’entreprise n’a pas encore sa licence en poche que Dany Leclerc parle déjà d’expansion. 

Le bâtiment projeté dans le parc industriel de Pintendre permettra une production de 20 000 pi ca, mais il sera possible d’augmenter la production au besoin. L’entreprise a aussi une option d’achat sur le terrain voisin.

À plus long terme, M. Leclerc vise aussi à concevoir des produits dérivés, comme des crèmes pour l’arthrose ou l’acné. «Il y a une montagne d’avenues possibles», entrevoit M. Leclerc. Encore là, il faudra attendre l’approbation de Santé Canada, qui ne permet pas les produits dérivés au pays pour l’instant. 

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DES RECHERCHES À POURSUIVRE

Les bénéfices attribués au cannabis, notamment ses effets sur la douleur chronique, restent critiqués et peu documentés. 

En décembre, des associations médicales faisaient valoir que les preuves scientifiques qui étayent les bienfaits présumés de la marijuana thérapeutique sont minces, et que les preuves qui existent permettent même de penser qu’elle pourrait faire plus de tort que de bien. 

Le président d’Exflora croit dur comme fer à l’efficacité de la plante. Il estime en outre que la fin de la prohibition du cannabis donnera des ailes au volet médical. «Ça va permettre d’accélérer le processus des recherches au niveau thérapeutique et d’amener de nouvelles molécules performantes», estime Dany Leclerc. Il a d’ailleurs entamé des pourparlers avec l’Université Laval. 

Jean-Claude Dufour, doyen de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation, confirme qu’il y a des discussions pour des projets de recherche afin de mieux connaître les différentes variétés de la plante et ses caractéristiques. 

«On veut regarder aussi avec la Faculté de médecine, du côté thérapeutique. Parce que les recherches qui ont été faites jusqu’à maintenant semblent peu concluantes sur l’ensemble des effets connus et inconnus», note M. Dufour.