Françoise Benard et son fils Julien ont perdu la vie dans un accident de motoneige, le 24 février dernier, à Saint-Alexis-des-Monts.

Décès tragique de Françoise Benard et son fils Julien à Saint-Alexis-des-Monts: «On se reconstruit petit à petit»

TROIS-RIVIÈRES — Le voyage s’annonçait idyllique, mais il s’est terminé de la pire façon imaginable. Lors d’une balade en motoneige à Saint-Alexis-des-Monts, le 24 février dernier, au cœur de la quiétude et de la splendeur d’un paysage hivernal, l’horreur attendait une famille de touristes français au détour d’un virage. Gilles Benard a perdu son épouse, Françoise, et un de ses fils jumeaux, Julien. Comme son père, Thomas, 11 ans, a été témoin de toute la scène.

Depuis, ils tentent d’oublier les images du terrible accident qui a décimé leur famille. «On se reconstruit petit à petit», confie M. Benard. «Thomas est comme moi, il essaie de se débarrasser des images de la nuit de l’accident, puisqu’on l’a vu en direct devant nous. Il a tout vu. Il a vu beaucoup de choses qu’il n’aurait pas dû voir à son âge. Il a été extrêmement courageux. C’est un petit garçon très courageux.»

La motoneige conduite par Françoise Benard, 55 ans, et sur laquelle Julien était passager a plongé dans la rivière du Loup, dans la réserve Mastigouche. La mère et son fils ont été emportés sous les glaces.

M. Bénard s’est évidemment demandé: pourquoi? Il n’a pas cherché de coupable. Il pointe du doigt le destin et une succession de malchances.

Julien Benard, 11 ans, le matin du drame, alors qu’il s’amusait dans la neige.

Le sexagénaire raconte qu’avant de partir, ils ont d’abord suivi une formation à l’Auberge du Lac-à-l’Eau-Claire où ils étaient hébergés. Ils se sont ensuite entraînés à manœuvrer les motoneiges. Ils sont partis faire leur randonnée précédés par une guide. Mme Benard et son fils étaient au centre alors que son mari et Thomas fermaient la marche sur une troisième motoneige. «Nous avons évolué environ 1 h 30 dans les bois et sur un terrain accidenté sans aucun problème, avec de la neige en quantité moyenne en début de parcours, puis de moins en moins. Nous évoluions à une vitesse raisonnable de 25 à 30 km/h», raconte M. Benard. Le seul inconvénient: de la glace qui se formait à l’intérieur de leur visière. Alors qu’ils étaient sur le chemin du retour vers l’auberge, la guide qui se trouvait à environ une vingtaine de mètres d’eux a tourné à gauche sur le pont. Mme Benard a réagi tardivement et a entrepris trop largement son virage. En réaction, elle a braqué brusquement son guidon vers la gauche, mentionne son mari. «(...) malheureusement, en faisant cela, elle a appuyé à fond avec son pouce sur le levier d’accélérateur. En accélérant, la motoneige a encore élargi le virage. Il y avait une accumulation de neige contre le petit parapet, et ça a fait un tremplin.» Ils ont fait un plongeon d’environ six mètres de haut dans la tumultueuse rivière du Loup.

Selon M. Benard, son épouse a probablement eu un moment de distraction ou de fatigue qui, jumelé avec une visière embuée, la neige le long du parapet et son erreur de pilotage, a mené vers cette conclusion effroyable. «Il y avait une chance sur un million pour que cet enchaînement de malchances arrive, mais on appelle cela aussi le destin», laisse tomber le résident de la région parisienne. «Elle aurait pu faire une erreur dans un autre endroit, il aurait pu ne pas y avoir de neige sur le parapet. Ça aurait pu être un accident idiot, bête et sans conséquence dans un virage plein de neige. Quand je les ai vus partir en l’air, je m’attendais à les trouver dans deux mètres de neige derrière, mais en fait, il y avait la rivière...»

Julien a rapidement été emporté par les eaux, sa mère a suivi. M. Benard préfère ne pas s’étendre sur la suite des événements. «La suite est trop dramatique et personnelle pour être racontée.» Ils ont tenté de contacter les secours, mais le réseau cellulaire n’est pas accessible à cet endroit. «Il n’y avait pas de couverture téléphonique. Il n’y avait absolument rien. C’est la guide qui a eu le réflexe d’aller tout de suite trouver quelqu’un pour nous aider.» Des gens sont venus leur prêter main-forte. Ils ont tout tenté. «Moi-même, j’ai traversé la glace et je m’en suis sorti de justesse», raconte-t-il.

Tout était fini lorsque les secours sont parvenus sur les lieux. «Ils sont arrivés 5 ou 10 minutes trop tard. Le temps que les pompiers, la police arrivent, c’était trop tard. Le problème, c’est qu’il n’y avait pas de cellulaire dans le secteur alors c’était impossible de contacter qui que ce soit.»

Françoise Benard et ses deux fils jumeaux, Thomas et Julien.

Le reste de l’histoire est une longue suite de moments particulièrement éprouvants. Le corps de Julien a été retrouvé le lendemain matin. Son père a eu la difficile tâche d’aller l’identifier au centre hospitalier de Louiseville. «Ça a été extrêmement douloureux de reconnaître le corps de mon fils qui avait été sorti de l’eau une heure auparavant. C’est une image difficile à oublier.» Après, ce fut la longue attente pour retrouver sa femme. La Sûreté du Québec les a soutenus durant ces heures interminables. «On a vraiment eu le soutien de la Sûreté du Québec avec un enquêteur vraiment extraordinaire qui venait le matin et le soir nous faire un compte rendu. Il venait avec les sauveteurs le soir nous faire un rapport. Il nous tenait au courant de tout ce qu’ils faisaient heure par heure. On a eu affaire à des gens extrêmement compétents, très gentils. Ils voulaient absolument retrouver le corps.»

M. Benard et son fils Thomas sont retournés en France une semaine après la tragédie. Mme Benard a été retrouvée un peu plus d’un mois plus tard.

Encore une fois, le sexagénaire pointe le destin lorsqu’il parle du départ de ses deux êtres chers. «Elle n’aurait pas survécu à la perte de son fils. C’est une forme de destin que les deux soient partis en même temps.»

Il ne croit pas qu’il y a lieu d’intenter des poursuites à la suite de ces événements tragiques. «(...) nous avons été incités à le faire par nos assurances, mais nous ne souhaitons pas le faire. Cela ne pourrait que blesser davantage les intervenants qui ont assez souffert avec nous», précise-t-il.

Françoise Benard à Saint-Alexis-des-Monts à quelques heures de l’accident qui lui a coûté la vie.

D’ailleurs, il est très reconnaissant envers tous ceux qui les ont soutenus durant cette terrible épreuve. «Je tiens à en profiter pour remercier toutes les personnes qui nous ont entourés sur place ainsi que les autorités canadiennes qui, au-delà d’un professionnalisme exemplaire, ont fait preuve de qualités humaines extraordinaires.»

M. Benard a vécu longtemps aux États-Unis, mais il n’était jamais venu au Canada. «J’avais envie de faire connaître à mes enfants cette partie du monde.»

Depuis, lui et Thomas se raccrochent aux souvenirs heureux. Il décrit son épouse comme une mère exemplaire qui venait de réorienter sa carrière pour lancer sa propre entreprise. Elle était passionnée par la musique classique et participait régulièrement à des concerts en tant que mezzo-soprano. Ses deux fils ont été diagnostiqués à très haut potentiel intellectuel. «Julien venait d’entrer par concours dans un lycée franco-allemand de très haut niveau, ce qui était son rêve. Il aimait beaucoup la musique, c’était quelqu’un de très artistique, de très pétillant. Il était un peu le lutin de la famille. Je pense qu’il aurait fait des choses intéressantes dans la vie.»