Lorsque son mandat à l’église Saint-Charles-Garnier s’est terminé, Robert Jolicoeur a commencé à animer l’émission «Le pari du cœur», sur les ondes de CHLT 630. Il a eu la piqûre des médias, et a beaucoup plu à son public.

Décès de l'abbé Jolicoeur: un curé qui faisait jaser

Au fil des années qu’il a passées dans la région, Robert Jolicoeur a été un curé hautement médiatisé. Retour sur certains points saillants de la vie de celui qui a été nommé Mérite estrien en 2001 et a fait partie de la série Point de mire de La Tribune en 2006.

Né à Montréal, ordonné en Estrie
Robert Jolicoeur est né à Montréal le 28 septembre 1948. Cependant, sa carrière ecclésiastique se sera toute déroulée en Estrie. Il a été moine à l’abbaye Saint-Benoît-du-Lac pendant deux ans, puis ordonné prêtre le 25 avril 1976 à l’église Saint-Esprit de Sherbrooke. Il a ensuite enseigné l’éducation religieuse au Séminaire Salésien de 1981 à 1987, avant de devenir curé de la paroisse Saint-Charles-Garnier de Sherbrooke en 1987. À partir de là, sa renommée a pris de plus en plus d’ampleur.

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Ses paroisses
Après avoir été nommé responsable de la paroisse Saint-Charles-Garnier dans le nord de Sherbrooke, le curé Jolicoeur a charmé ses paroissiens avec son ton direct, son ouverture et sa capacité à aborder dans les sermons des événements de la vie de tous les jours. Un nombre impressionnant de fidèles assistaient à ses messes, qu’il a données là-bas de 1987 à 1999.

« C’était un bon comédien, un personnage unique avec ses cheveux longs et sa façon de s’exprimer. Il avait la larme facile, et sa vulnérabilité le rendait tellement sympathique. Les gens buvaient ses paroles », se souvient l’ex-journaliste à La Tribune Mario Goupil. Le curé Jolicoeur a demandé une reconduction de son mandat, mais l’Église ne lui a pas accordé, malgré une pétition de ses paroissiens. Se retrouvant sans paroisse, Robert Jolicoeur a animé des retraites en Estrie, continuant de gagner le cœur de nombreuses personnes. En 2002, il a obtenu la paroisse Saint-Roch à Rock Forest; en huit mois, le nombre de fidèles qui assistaient aux messes pendant la fin de semaine est passé de 300 à 1500. Le curé a d’ailleurs dû ajouter une messe supplémentaire le dimanche pour pouvoir recevoir tout le monde à l’église. Ses messes de Noël étaient si populaires que des gens devaient être refoulés à la porte, et ce, même s’il lui arrivait de célébrer sept messes en 24 heures. Son mandat s’est terminé en 2014, et il a laissé la place à son successeur Mario Boivin.

Des émissions, un livre
Lorsque son mandat à Saint-Charles-Garnier s’est terminé, Robert Jolicoeur a commencé à animer l’émission Le pari du cœur, sur les ondes de CHLT 630. Il a eu la piqûre des médias, et a beaucoup plu à son public. À preuve, il a par après été prêtre pour l’émission Évangélisation 2000, et après sa retraite, il a collaboré à l’émission La Victoire de l’Amour à TVA. Son livre Le pari du cœur est pour sa part paru en 2007, chez l’éditeur français Les Presses de la Renaissance. Dans ce récit biographique, il a livré un manifeste non conformiste de ce que pourrait être le christianisme au 21e siècle.

Un amateur de sport
Le curé Jolicoeur était un grand amateur de sport, tout particulièrement de baseball. Il profitait fréquemment de ses vacances pour aller voir quelques matchs de balle au Canada ou aux États-Unis, et il s’est impliqué dans le sport à l’échelle locale, en étant notamment président d’honneur du match d’ouverture des Expos de Sherbrooke en 2006. Il a aussi été coach spirituel pour le Vert & Or de l’Université de Sherbrooke.

Controverses
Robert Jolicoeur n’a jamais eu la langue dans sa poche. Il a attiré l’attention à de nombreuses reprises, notamment en affirmant que les hommes mariés et les femmes devraient pouvoir être ordonnés prêtres. Il a dénoncé la surcharge des prêtres en 2005, se mettant à dos quelques collègues, et défendu sa décision de marier un membre des Hells Angels qui s’affichait comme tel, tout en restant opposé au mariage entre deux personnes du même sexe même s’il affirmait que les gens de toutes les orientations sexuelles étaient les bienvenus dans son église.

Cette propension à exprimer son opinion, même lorsqu’elle était contraire à celle de l’Église, a d’ailleurs rendu sa carrière de curé plus difficile. « L’Église catholique en arrache tellement que je ne comprends pas qu’on se soit permis de tasser un prêtre de cette qualité-là au niveau charismatique », souligne Mario Goupil, faisant référence à la décision qui avait été prise de ne pas reconduire son mandat à Saint-Charles-Garnier. « Ce n’est pas étonnant qu’on vende les églises aujourd’hui, il attirait les foules, et on l’a volontairement tassé. »

Une santé fragile
Robert Jolicoeur avait une santé fragile depuis plusieurs années, et il ne s’en cachait pas. Il a été opéré pour des problèmes au côlon en 2003 et en 2015, et il avait dit lors de sa retraite en 2014 que c’était notamment pour des raisons de santé qu’il n’avait pas sollicité de nouveau mandat à Saint-Roch. Il croyait aussi qu’il était important qu’un curé puisse connecter avec ses ouailles, et il était ainsi très transparent sur ce qu’il vivait. Ces épreuves avaient modifié la façon qu’il avait d’aborder la souffrance avec ses paroissiens, a-t-il déjà dit.

Impliqué dans la communauté
Au fil des ans, Robert Jolicoeur s’est associé à diverses causes. Il a notamment participé pendant plusieurs années à la campagne de jouets des pompiers, à des campagnes de financement pour des organismes comme Estrie Aide et il a même fait partie d’une coalition pour sauver la boulangerie Demers en 2004. « Il était impliqué un peu partout. La société, c’était sa famille », résume Mario Goupil.

Mario Goupil