Luc Arpin est mort enseveli au moment où il travaillait avec sa pelle hydraulique, le 9 décembre 2016.

Décès à La Romaine-4: sept moyens de contrôle inadéquats

BAIE-COMEAU – Des études géotechniques insuffisantes et des moyens de contrôle du danger d’effondrement du même ordre ont mené au décès de Luc Arpin le 9 décembre 2016 sur le chantier hydroélectrique de la rivière Romaine, a identifié la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

M. Arpin, à l’emploi de la firme EBC, est aux commandes cette journée-là de sa pelle hydraulique dans le canal d’amenée de la dérivation temporaire de la centrale Romaine-4, pour charger du roc à bord de camions. Une roche se décroche alors de la paroi et tombe pas très loin de lui.

Quand la victime s’en approche avec son engin, une partie de la paroi rocheuse s’effondre comme une avalanche et l’ensevelit. La CNESST évalue qu’il a été écrasé par 4300 tonnes métriques de roc. Sa dépouille ne sera sortie de là que deux semaines plus tard, en raison des risques d’un autre décrochage de roches.

Cette section du mégachantier a d’ailleurs été fermée durant six mois après l’accident, soit jusqu’au 29 juin 2017, «pour vraiment s’assurer de tout mettre en œuvre pour ne pas que ça se reproduise», a souligné Alain Otis, chef d’équipe en prévention-inspection à la CNESST Côte-Nord. Des modifications au programme de prévention concernant les travaux d’excavation ont bien sûr été apportées.

Dans son enquête, l’organisme a relevé sept moyens de contrôle manquants ou insuffisants la journée de l’accident. Soulignons entre autres que depuis le début  de l’excavation de ce canal d’amenée, aucun ingénieur n’avait confirmé la stabilité de la paroi avec le soutènement réalisé et le fait que les instruments de surveillance de la paroi n’étaient pas encore tous installés.

Recul nécessaire

La CNESST soutient aussi que les études géotechniques du secteur n’avaient pas été révisées, même si un volume de 8000 mètres cubes de roc de plus que les estimations avait été enlevé. «Il aurait fallu prendre du recul et analyser ce qui se passait», a ajouté M. Otis.

Luc Arpin

Luc Arpin, originaire des Escoumins, sur la Côte-Nord, est la quatrième personne à décéder d’un accident de travail sur ce chantier depuis 2009, une statistique qui a amené Hydro-Québec à revoir les règles de sécurité sur le chantier de près de 7 G$.

L’organisme a délivré un constat d’infraction à EBC et à Hydro-Québec, dont le montant peut varier entre 16 000 et 65 000 $. Ce sera un tribunal de déterminer le montant, advenant un aveu de culpabilité des contrevenants ou s’ils sont reconnus coupables au terme d’un éventuel procès. Si le tribunal estime qu’il s’agit d’une récidive, l’amende peut grimper à plus de 325 000 $.

La CNESST a transmis son rapport d’enquête à l’Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec ainsi qu’au ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports.