Soumeya Djagkdjagk, une Algérienne installée à Sherbrooke depuis trois ans, espère que le gouvernement interviendra dans son dossier pour régulariser sa situation. Pour l’instant, son statut est flou, et elle est à bout de ressources pour s’occuper de ses deux filles.

De «la vie en rose» à l'enfer pour une Algérienne installée à Sherbrooke

Soumeya Djagkdjagk n’en peut plus et lance un appel à l’aide. Cette Algérienne installée à Sherbrooke depuis trois ans dit être en instance de divorce avec un Canadien, et doit désespérément régulariser son statut au Canada pour travailler, avoir accès au régime de soins de santé et percevoir des prestations pour ses deux enfants, dont une petite fille de 18 mois née au pays.

Le parcours que raconte Mme Djagkdjagk est un véritable enfer. Après avoir réussi à se sortir d’un mariage forcé en Algérie, elle a rencontré sur internet un Canadien, qui a promis de lui offrir une vie meilleure. Elle s’est donc installée avec lui à Sherbrooke en 2014. « J’ai toujours été ouverte d’esprit. J’avais consulté des psychologues et des prêtres en Algérie et ils m’avaient dit : ‘‘ allez vivre dans un pays plus avancé, votre place n’est pas ici ’’ », dit-elle.

La rencontre était donc un rêve devenu réalité pour elle. « Il m’offrait une vie en rose, je l’aimais, c’était le paradis sur terre. »

La jeune femme croyait qu’elle obtiendrait rapidement un statut de résidente permanente en venant au Canada, puisque son conjoint la parrainerait. Or, il aurait à plusieurs reprises retiré sa demande de parrainage auprès du gouvernement avant que celle-ci soit acceptée. « Il jouait avec le parrainage comme chantage », affirme Mme Djagkdjagk.

C’est que la relation s’est détériorée rapidement après son arrivée au pays. La jeune femme est tombée enceinte une première fois, et elle affirme que l’homme qu’elle aimait est devenu violent avec elle physiquement et psychologiquement – au point où elle a dû faire appel à la police à plusieurs reprises, et se rendre dans deux centres pour femmes victimes de violence à Sherbrooke. « Les intervenantes veulent m’aider, mais partout où je frappe, c’est compliqué : comme je n’ai pas de carte d’assurance maladie et que je ne suis pas résidente canadienne, on ne peut pas m’aider. C’est la même chose pour les demandes pour vivre en HLM », dit-elle.

Son bébé n’a pas survécu à l’accouchement. Sa deuxième grossesse en sol canadien lui a donné une fille, mais sa situation conjugale n’allait toujours pas mieux.

Sans ressources

Mme Djagkdjagk est maintenant en processus de divorce. La jeune femme habite actuellement avec ses enfants dans le condo de son mari, qui aurait arrêté de faire les paiements. Elle ne pourra donc pas rester là éternellement; le temps presse. Elle a fait des demandes d’aide aux députés Pierre-Luc Dusseault et Luc Fortin, et si elle souligne avoir eu une bonne écoute de leur part, il faudra que les affaires bougent vite. La jeune mère a eu accès à l’aide sociale grâce à l’intervention du député Dusseault, mais les versements ont été coupés en raison des allocations parentales que le gouvernement verse pour ses filles; elle affirme cependant que son mari ne lui fait pas parvenir les sommes.

« Les Chevaliers de Colomb sont venus me porter une épicerie, et ça faisait 10 jours que ma fille n’avait pas mangé », dit-elle.

Mme Djagkdjagk a fait une demande de résidence permanente avec motifs humanitaires, mais affirme que le délai de traitement est de 28 mois. « Ça fait trois ans que je suis au Canada, je me suis mariée ici, j’ai une enfant canadienne, je parle trois langues, je suis éduquée, je sais travailler... je fais partie de la société québécoise », résume celle qui a travaillé dans des consulats en Algérie.

Si elle retournait en Algérie avec ses deux filles, elle se verrait accusée d’enlèvement de sa fille canadienne. L’avenir de sa famille dépend donc d’une décision gouvernementale, souligne-t-elle.