Après avoir quitté l’équipe en 2019 avant le début du camp d’entraînement, Victoria Lachance est de retour chez les Aigles juniors de Trois-Rivières.
Après avoir quitté l’équipe en 2019 avant le début du camp d’entraînement, Victoria Lachance est de retour chez les Aigles juniors de Trois-Rivières.

De Danick à Victoria, en s'accrochant au baseball

Louis-Simon Gauthier
Louis-Simon Gauthier
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Vingt entrevues médiatiques en 24 heures. À 19 ans, c’était beaucoup demander pour une jeune femme qui deviendrait la première joueuse transgenre à évoluer dans la Ligue de baseball junior élite du Québec. Dans les circonstances, pas étonnant que Victoria Lachance ait préféré prendre une pause de son sport favori. Un an plus tard, elle est de retour avec les Aigles juniors de Trois-Rivières.

Victoria a hésité avant d’accepter la demande du Nouvelliste. «Je n’aime pas avoir l’attention sur moi», concède-t-elle, avec un sourire en coin.

«Je ne m’attendais pas à passer à la télé, à la radio et dans tous les journaux. Je me disais que si ça devait être comme ça après mes matchs, ça ne pourrait pas fonctionner...»

Elle s’est donc éloignée du baseball, avant d’annoncer aux Aigles, au printemps 2019, qu’elle tirait un trait sur sa carrière junior.

«J’avais besoin de prendre du recul, les choses étaient allées trop vite. J’ignore pourquoi, mais la flamme du baseball est disparue. C’est certain que la prise d’hormones, ce sont des montagnes russes. Un jour tu te sens bien, le lendemain, ça ne va pas du tout. Il y a des hauts et des bas.»

Son histoire a fait la une de plusieurs médias québécois en 2019. Passer de Danick à Victoria tout en s’accrochant à son rêve de performer dans son sport attirait l’attention. Dans une ligue réservée à l’élite comme l’est la LBJEQ, il s’agissait d’une première au Québec.

«Des amis me le rappelaient, mais je ne réalisais pas nécessairement l’impact que je pouvais avoir sur certaines personnes. Pour être honnête, je n’ai pas reçu une tonne de messages. Mais un ado m’a écrit pour me dire qu’il était content de lire mon histoire. Il passait par le même processus que moi.»

Le confinement a aidé

Qui ne s’est pas découvert un nouveau passe-temps pendant le confinement? Victoria, elle, a retrouvé le plaisir de lancer et frapper des balles. Le terrain de Saint-Étienne-des-Grès est devenu son repère pour chasser l’ennuyante routine qui s’installait.

«Ça me manquait, finalement! Durant la période d’isolement, j’avais juste ça à faire, réfléchir. J’imagine que je ne suis pas la seule! J’ai donc écrit un long message à Steeve Ager, un des entraîneurs des Aigles juniors, pour lui dire que je voulais revenir avec eux cet été.»

Pas de raillerie

Depuis le début de la saison écourtée dans la LBJEQ, Victoria Lachance est utilisée comme réserviste par son entraîneur-chef Rémi Doucet. Elle se sent à sa place, même qu’elle a eu un certain succès en relève au monticule, la semaine dernière, contre les puissants Diamants de Québec.

«Je me suis intégrée, annonce-t-elle fièrement. J’ai joué au baseball toute ma vie, alors il y a plein de gars que je connais à travers la ligue et surtout dans mon équipe.»

Surtout, aucun commentaire désobligeant n’avait encore été entendu en date de mercredi. «Ça ne me fait pas peur, parce que je ne crains pas la réponse des joueurs ou du public. Jusqu’à présent, ça se passe vraiment bien.»

Et le baseball? «Comme lorsque j’étais plus jeune: je peux jouer partout. Je lance, je patrouille l’arrêt-court: comme j’ai dit à Rémi, utilise-moi où tu veux! Tant que je suis sur le terrain, je suis heureuse.»

Elle remercie d’ailleurs le personnel d’entraîneurs pour son appui dans ce retour à la compétition. Pour elle, c’est plus valorisant qu’un circuit ou une séquence en défensive menant à un double-jeu.

«Ils ont organisé une rencontre d’équipe avant un match, en début de saison. Pendant qu’ils parlaient aux joueurs, j’étais sur le terrain avec notre lanceur partant, j’étais sa receveuse. Après le discours des coachs, j’ai senti un changement d’attitude envers moi de la part de plusieurs joueurs, que je connaissais moins avant d’arriver. C’est comme si le malaise s’était dissipé. C’est la dernière chose que je veux créer, des malaises.»

«Appelle-moi Vic»

Danick a annoncé à ses parents qu’il voulait devenir Victoria en décembre 2017. Le 8 juillet commençait la prise d’hormones. Avant la fin de l’année, Victoria se confiait sur son changement de genre aux entraîneurs des Aigles.

«Je n’ai jamais senti que mes proches avaient changé leur façon d’être avec moi. J’avoue que dans le sport par contre, ça peut paraître moins évident. C’est drôle parce que des fois, les gars se trompent de nom. Moi, j’en ris. Je leur dis de m’appeler Vic, que c’est correct.»

Victoria attend un appel, d’ici la fin de l’été, pour son opération de changement de sexe. «Possible que ça se fasse au courant de l’hiver.»

Elle serait alors au repos forcé pour deux mois. «Ça me laisserait du temps pour bien récupérer en vue de la saison de baseball de 2021. Il me resterait alors deux belles années de baseball dans le junior élite.»

La suite? «Je suis ouverte à tout! J’ai fini mes études, mais je ne sais pas qu’est-ce que je veux faire encore comme métier. Pour l’instant, je me concentre sur le baseball. Et le plus important, c’est que la vie est belle. Je suis plus heureuse qu’avant, c’est sûr.»