David Jacques accorde sa guitare théorbée datant de la fin du XVIIIe siècle.
David Jacques accorde sa guitare théorbée datant de la fin du XVIIIe siècle.

Dans le iPod de Louis XIV

Dimanche matin, David Jacques déposait dans le coffre de sa voiture plus de 350 ans d’Histoire avant de prendre l’autoroute 20 en direction du centre culturel St-John de Bromont. Une cinquantaine de personnes l’y attendaient pour un voyage dans l’univers de la guitare avec la présentation du spectacle Histoires de guitares.

David Jacques porte plusieurs chapeaux, lui qui est à la fois musicien, luthier, entrepreneur et professeur. Peut-être devrions-nous lui ajouter celui de voyageur dans le temps, puisqu’à travers son spectacle, il redonne vie aux œuvres du passé en interprétant des pièces dont les guitares de son impressionnante collection ont été les témoins à leur époque. Guitare-lyre, baroque, théorbée et chitarra battante n’en sont que quelques exemples.

Les pièces qui sont présentées proviennent de vieux manuscrits que David déniche dans les archives lors de ses recherches quotidiennes ou qui lui sont proposés par des musicologues. « Il faut apprendre à déchiffrer ces vieilles tablatures, sinon je ne peux pas vous les faire entendre et ça reste que de l’encre et du papier », explique-t-il.

Romances et suzettes des quatre coins de l’Europe du XVIIe au XXe siècle ont donc raisonné à Bromont dimanche.

« Au-delà du matériel »

« Il y a quelque chose dans ces instruments qui va au-delà des choses, au-delà du matériel. Pour moi, ça raconte des histoires, c’est pour cela que j’ai intitulé le spectacle Histoires de guitares. Ce n’est pas juste moi qui raconte l’histoire, mais la guitare aussi », explique David Jacques.

Le spectacle est donc ponctué d’anecdotes propres aux instruments de sa collection.

Une guitare théorbée, l’ancêtre de la harpe-guitare, assemblée en 1791, est un instrument « extrêmement rare, a indiqué David à la foule dimanche. Il en existe juste cinq sur la planète et les quatre autres sont dans des musées et ne sont pas jouables, donc c’est la seule au monde qui joue et ce matin, c’est à Bromont ».

David Jacques tout sourire avec sa guitare-lyre lors de son spectacle Histoires de guitares présenté le dimanche 26 janvier à Bromont.

Une guitare du renommé luthier français René-François Lacôte (début du XIXe siècle) a été retrouvée en 2015 à l’occasion d’une succession en Corse, pratiquement neuve dans son étui. « Imaginez, on vide un vieux château et on trouve un vieil étui en bois, mais qui semble n’avoir jamais servi, on l’ouvre et on trouve une guitare René Lacôte flambant neuve », a raconté le collectionneur. David Jacques est donc le premier propriétaire de cet instrument assemblé il y a 200 ans.

La plus vieille pièce de sa collection est une guitare baroque à cinq doubles cordes datant de 1665. Des études dendrologiques ont été réalisées sur le singulier instrument et elles ont permis de savoir que le bois provient d’un arbre ayant poussé en 1522 et qui a été coupé 125 ans plus tard, en 1657.

En 1665, alors que Alexandre Voboam assemblait cette guitare à Paris, Jean-Talon devenait intendant de la Nouvelle-France et la Grande Peste de Londres faisait sa première victime.

David Jacques a interprété une musette en rondeau qui a maintes fois été interprétée sur ces cordes alors qu’elles accompagnaient Louis XIV dans le sommeil. Les Bromontois qui étaient présents pourront se targuer d’avoir entendu la chanson sur laquelle le Roi-Soleil allait rejoindre Morphée.

Né en Beauce, titulaire d’un doctorat en interprétation de la musique ancienne de l’Université de Montréal et ayant poursuivi des études en guitare classique au Cégep de Sainte-Foy, à l’Université Laval et au Conservatoire de musique de Québec, David Jacques est la personne le mieux placée pour raconter l’histoire de la guitare, puisqu’il est aussi professeur de guitare classique et de luth au département de musique du Cégep de Sainte-Foy et à la Faculté de musique de l’Université Laval. Son expérience transparaît dans la pédagogie qui accompagne ses interprétations.

Financement

« Comment je fais pour financer tout ça ? a-t-il lancé à la foule. Je suis un musicien-entrepreneur. Alors c’est avec les concerts et les ventes de disques. » C’est la version courte, avec sept instruments, qui a été présentée à Bromont dimanche. Mais une version longue est aussi sur pied, proposant un spectacle qui met en scène 14 de ses instruments à cordes.

Son plus récent album, 14 Histoires de guitare, est disponible depuis le vendredi 24 janvier.

Ce que propose David Jacques, c’est plus qu’un spectacle de musique : c’est un regard sur l’Histoire.