Comme plusieurs jeunes manifestants du 22 avril, Hydro-Québec se dit aussi très «préoccupée» par les changements climatiques.

Dame Nature coûte cher à Hydro

Les écologistes ne sont pas les seuls à être préoccupés par les changements climatiques. Le président-directeur général d’Hydro-Québec, Éric Martel, l’est tout autant.

Dans une entrevue récente accordée à La Presse canadienne, il s’est dit «beaucoup préoccupé par les changements climatiques, pour être honnête». C’est que Dame Nature coûte cher à la société d’État.

La facture d’heures supplémentaires chez Hydro-Québec a atteint 165 millions $ l’an dernier, les intempéries ayant été plus sévères qu’à l’habitude. Le géant de l’énergie a fait face à 4500 pannes de plus, pour un total de 24 478, et 16 journées d’événements majeurs par rapport à huit en 2017. C’est quatre fois plus que dans les années 1980.

«C’est clair que les changements climatiques ont un impact sur notre business», a résumé Éric Martel.

L’intervention du grand patron d’Hydro-Québec survient au moment où la question climatique prend de plus en plus d’importance dans l’espace public. De jour en jour, la pression s’accroît sur le gouvernement Legault pour qu’il en fasse davantage afin de lutter contre les gaz à effet de serre.

M. Martel suggère que les coûts pour la société liés aux changements climatiques ne feront qu’augmenter. Il donne l’exemple des coûts d’émondage pour Hydro-Québec: étant donné que les arbres poussent plus vite, ces dépenses ont grimpé de 65 à 73 millions $ depuis l’année dernière, un bond d’environ 15 pour cent.

«Un arbre à Montréal, depuis 2000, pousse de cinq pouces de plus par année, donc la végétation croît plus vite, a-t-il expliqué. Ces changements-là avant se faisaient sur des millénaires, là ça s’est fait en 18-19 ans. C’est pour ça qu’on a demandé des augmentations de budget à la Régie de l’énergie.»

Anticiper les risques

La société d’État se dit «en action». Outre les demandes pour hausser ses budgets, elle a mandaté son équipe d’une douzaine de météorologues d’étudier divers phénomènes tels que la pluie verglaçante, qui paralyse certaines régions du Québec.

«C’est quoi les précipitations qu’on va avoir dans les 20, 30, 40, 50 prochaines années? Est-ce qu’on va en avoir plus ou moins?» s’interroge M. Martel, qui dit ne pas savoir quel impact cela aura à la longue sur les équipements d’Hydro-Québec.

«Notre transformateur par exemple, est-ce qu’il va durer aussi longtemps, est-ce que les équipements qui sont dans nos postes vont devenir plus vulnérables parce qu’il y a plus souvent du verglas?»

Il évoque aussi les inondations qui donnent du fil à retordre à ses employés, qui doivent surveiller de très près la fonte des neiges et le niveau de l’eau de chaque rivière. Hydro-Québec remplit ses réservoirs au besoin, afin qu’ils servent de bassins et réduisent le flux de l’eau dans les rivières.

Sans ce travail d’Hydro-Québec, les inondations printanières de 2017 auraient été bien pires, évalue M. Martel. Des sinistrés dans le sud de la province auraient eu «facilement un mètre d’eau de plus». «Imaginez quand vous avez un mètre d’eau de plus, il y aurait eu pas mal plus de gens qui auraient été inondés.»