Madjeh Halawleh et ses fils Rami et Yazn Aiesh à leur sortie du palais de justice de Granby, en juillet 2019, après leur remise en liberté.
Madjeh Halawleh et ses fils Rami et Yazn Aiesh à leur sortie du palais de justice de Granby, en juillet 2019, après leur remise en liberté.

Crime d’honneur: des accusés devront apprendre les valeurs canadiennes

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
Les trois membres d’une famille de Granby d’origine syrienne accusés de menaces de mort parce qu’ils voulaient marier de force une femme de leur entourage ont accepté une entente mettant un terme aux procédures judiciaires.

En échange de leur plaidoyer de culpabilité, la cour a accepté que le temps qu’ont passé Yazn Aiesh, 19 ans, et sa mère Madjeh Halawleh, 40 ans, en détention préventive à la suite de leur arrestation, à l’été 2019, constitue leur sentence.

Rami Aiesh, frère de Yazn, avait lui aussi passé 24 jours en prison. Vu sa moindre implication, il a toutefois été acquitté à la faveur d’une ordonnance de restriction, communément appelé «810».

La plaignante et son ex-conjoint dans ce dossier sont aujourd’hui sains et saufs, indique Me Valérie Simard-Croteau, du ministère public. La principale victime avait été maintenue en centre d’hébergement pendant plusieurs mois afin de la protéger.

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Aujourd’hui, tous deux sont protégés par les conditions de la probation de trois ans imposée à Yazn Aiesh et Madjeh Halawleh, le 6 août, par la juge de la Cour du Québec Claire Desgens.

Ceux-ci se sont également engagés à se soumettre à un suivi visant leur intégration communautaire ainsi que leur apprentissage et leur respect des valeurs canadiennes. Un agent de probation décidera de la forme que prendra cet enseignement.

Pas de mariage arrangé

Une autre condition spécifique à leur probation stipule qu’il leur est interdit de faire un mariage arrangé, ce qui était leur intention puisque la plaignante avait eu des relations sexuelles avec son ex-conjoint.

«Rien ne peut être accompli dans le but de marier quelqu’un contre son gré», dit Me Simard-Croteau, précisant qu’«aucun autre incident n’a été porté à notre connaissance depuis les accusations».

Les accusés, qui sont résidants permanents depuis 2016, étaient défendus par Me Mireille Leblanc.

«Il s’agit d’un dossier tout à fait particulier, ajoute Me Valérie Simard-Croteau. Avec la défense, on a examiné beaucoup d’avenues et de possibilités pour en arriver à cette conclusion.»

Lors de l’audience sur la remise en liberté des accusés, en juillet 2019, un témoin avait laissé entendre que les paroles prononcées par les membres de la famille Aiesh — «le sang va couler», «tu ne connais pas la famille Aiesh» et «on peut agir dans la terreur» — ne devaient pas être prises au pied de la lettre.