Jean Boulet

Congés parentaux: le ministre Boulet se fait reprocher une annonce dans son comté, plutôt qu’au parlement

QUÉBEC - Le ministre du Travail, Jean Boulet, s’est fait reprocher par l’opposition de commettre un geste partisan et de manquer de respect envers l’institution qu’est l’Assemblée nationale, jeudi, en choisissant de rendre public un projet de loi dans sa circonscription, à Trois-Rivières, plutôt que dans l’enceinte du parlement à Québec, comme le veut la tradition.

La Tribune de la presse a elle aussi contesté son choix, jugeant qu’il portait ainsi préjudice aux correspondants parlementaires chargés de rendre compte des projets de loi dans leurs reportages.

Normalement, lorsqu’un ministre souhaite légiférer dans un domaine de sa compétence il dépose son projet de loi à l’Assemblée nationale, puis, dans les heures qui suivent, tient une conférence de presse sur place, au parlement, précédée ou non d’un breffage technique et destinée à la presse parlementaire.

Or, jeudi matin, M. Boulet a déposé à l’Assemblée nationale son projet de loi visant à bonifier les congés parentaux, bien décidé à filer aussitôt sur l’autoroute 40 pour rencontrer les médias locaux, à Trois-Rivières, et ce, même si la future loi vise les parents de tout le Québec.

Questionné à son arrivée au parlement, le ministre Boulet a soutenu que la décision était la sienne et que c’était important pour lui de faire l’annonce du projet de loi dans sa circonscription et dans sa région. «J’y tenais», a-t-il dit.

Interrogé plus tard à savoir s’il approuvait cette façon de faire, le premier ministre François Legault n’y a trouvé rien à redire.

«J’aime beaucoup Trois-Rivières, c’est une belle ville», a répondu le premier ministre, en mêlée de presse.

«Je pense que c’est normal que certaines annonces ne soient pas toujours faites à Québec. Je vois pas de problème», a-t-il ajouté.

Interpellé, le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, s’est refusé à tout commentaire.

Qualifiant la situation de «spectaculaire», la députée péquiste Véronique Hivon n’a quant à elle aucun doute que le ministre Boulet a commis «un geste partisan», en procédant ainsi.

Sa décision constitue à ses yeux «un manque de respect et d’égard pour les parlementaires et pour les journalistes de la presse parlementaire».

Elle a expliqué en conférence de presse qu’on parle ici d’un geste de nature législative, «duquel on doit répondre à l’Assemblée nationale», d’où l’importance que l’annonce soit effectuée au parlement devant la presse nationale, d’autant plus qu’il s’agit d’un programme social de portée nationale et non régionale.

De son côté, le président de la Tribune de la presse, le journaliste Marc-André Gagnon, a dû intervenir pour rappeler à l’ordre le ministre Boulet et lui demander de revoir sa décision.

Le ministre s’est finalement amendé, au moins en partie, en acceptant de répondre aux questions des journalistes de la presse nationale, avant de prendre la route vers Trois-Rivières pour la conférence de presse officielle.

Le ministre Boulet a aussi contrarié l’opposition officielle. Au moment du dépôt du projet de loi en Chambre, le leader parlementaire de l’opposition officielle, le libéral Marc Tanguay, s’est levé pour faire valoir que les parlementaires devaient prendre connaissance en priorité de toute pièce législative, alors que celle-ci avait fait l’objet d’une fuite dans un média.

«On aimerait ça être les premiers à en être informés, comme il se doit», a rappelé M. Tanguay.